Développement durable : l’urgence face au dérèglement climatique

AFP

La planète se noie, suffoque et brûle à la fois. Aux quatre coins du globe, l’être humain subit, à échelle variable, les conséquences irréversibles du réchauffement climatique qui menace toutes les espèces végétales et animales. Tous les rapports sont sans équivoque: il faut d’urgence limiter les dégâts et élaborer des politiques ambitieuses.

La Planète Bleue encaisse les répercussions de l’augmentation constante des émissions de gaz à effet de serre depuis les années 90. Alors que la qualité de l’air se détériore et que l’azote et les particules très fines transforment l’atmosphère en tueur silencieux responsable des centaines de milliers de décès prématurés chaque année, le déclin de la faune et de la flore s’observe partout. D’après l’ONG WWF, la hausse des températures pourrait menacer jusqu’à la moitié des espèces végétales et animales au cours de ce siècle.

Outre le dérèglement de nombreux écosystèmes déjà fragiles, le réchauffement planétaire amplifie les catastrophes météorologiques. La fonte des glaciers, les changements de température des océans et la montée des eaux engloutissent des régions et provoquent d’importants déplacements de populations. Rien que pour 2017, 18,8 millions d’individus ont été délogés en raison de désastres naturels tels que des inondations, des séismes, des tsunamis, des tempêtes ou encore des cyclones. Malgré ces constats, l’activité humaine ne faiblit pas, ce qui pousse les scientifiques à prophétiser une accélération des effets dévastateurs.

Des ‘Accords’ qui traînent

Pour endiguer un fléau qui coûte aussi chaque année plusieurs milliards de dollars, 200 pays se sont engagés en 2015, via l’Accord de Paris, à contenir la hausse des températures sous le seuil critique de 2ºC par rapport à l’ère préindustrielle. Cet accord universel historique a fixé une ligne de route pour notamment réduire au plus vite les émissions de gaz à effet de serre. Problème: les promesses des pays signataires mènent le thermomètre mondial à une hausse de 3ºC.

À l’heure où les États-Unis de Donald Trump ont décidé de se retirer de cet accord, les négociations sur son cadre d’application patinent. Pourtant, différentes études ont démontré que les économies de santé publique réalisées en cas d’application d’une autre politique climatique seront substantielles. L’année 2018 s’annonce cruciale pour la lutte contre le dérèglement climatique. La 24e conférence climat de l’Onu en Pologne en décembre 2018 devra être plus ambitieuse et rendre l’Accord de Paris opérationnel. Et tous les signaux d’alarmes sont passés au rouge: il y a urgence.

«Les politiques doivent faire preuve de cohérence climatique»

Par manque d’ambition ou de collaboration entre les différents niveaux de pouvoirs, la Belgique a perdu son statut de bon élève européen en matière de lutte contre le réchauffement climatique. Noé Lecocq, expert climat auprès de la fédération Inter-Environnement Wallonie (IEW), somme les autorités à faire preuve de «cohérence climatique».

La Belgique est-elle un bon élève en matière de lutte contre le changement climatique?

«La Belgique était un élève ‘pas mauvais’, mais ce n’est plus tout à fait le cas. Après un minimum en 2014, les émissions de gaz à effet de serre sont reparties à la hausse en 2015 et en 2016 et selon les dernières projections européennes, la Belgique risque de manquer son objectif de 15% de réduction d’ici 2020.»

Comment expliquer cette hausse?

«On peut regretter le manque d’une véritable politique climatique en Belgique. Le pays s’est reposé sur un changement de tissu industriel avec notamment la fermeture de plusieurs activités sidérurgiques. Mais les émissions du secteur du transport, par exemple, n’ont jamais cessé de progresser. Il faut une politique structurelle pour diminuer les sources de polluants. Il faut aussi une cohérence climatique. Ne pas tenir de discours volontariste sur le climat et continuer à mettre en place des mesures qui stimulent toujours plus la voiture, le développement d’aéroports et le trafic aérien, etc. C’est une forme d’incohérence et de schizophrénie.»

La lourdeur administrative ralentit-elle la Belgique?

«Je dirais plutôt la lourdeur politique. L’accord sur la répartition des efforts entre le fédéral et les régions a traîné parce qu’il y avait un désaccord politique. Il faut se rendre compte que cet accord porte sur la réalisation des objectifs pour 2020, que l’on connaît depuis presque une décennie. Le monde politique doit sortir de cette culture de l’affrontement pour un enjeu aussi grave et transversal pour œuvrer de façon collaborative et coopérative. Les objectifs 2030, fixés au niveau européen, obligent la Belgique à réduire ses émissions de 35% par rapport à 2005. La clarification de la feuille de route peut désormais être réglée beaucoup plus rapidement!»

S’il n’y avait qu’une seule priorité belge, quelle serait-elle?

«Dans le cadre des différents plans nationaux énergie/climat que doivent élaborer les pays européens pour respecter les objectifs 2030, de nombreuses options sont possibles. S’il ne fallait choisir qu’une seule action à mettre en place au plus vite, je dirais travailler sur le bâti et l’aménagement du territoire. À la fois avoir des bâtiments plus efficaces qui consomment peu, et qui sont aussi localisés de manière à minimiser les déplacements. Il est fondamental de travailler sur la structure du territoire qui détermine notre façon de consommer l’énergie.»