Une électricité si verte que cela ?

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AFP PHOTO / CHARLY TRIBALLEAU

Peut-on vendre en toute légalité une énergie verte qui, en fait, ne l’est pas tant que çà ? Tout à fait !, conteste Test-Achats. Les Hollandais appellent d’ailleurs cela « l’électricité de la triche » (‘sjoemelstroom’). Mais comment cela se peut-il ?

L’an dernier, de très nombreux Belges ont résilié leur contrat d’énergie grise (nucléaire, gaz, charbon) pour passer chez un fournisseur vert (éolien, solaire, etc.). Mais le problème est plus complexe que cela. En effet, à moins d’être complètement autonome grâce à des panneaux solaires, l’utilisateur est raccordé -comme tout le monde- au réseau électrique, et cette électricité est la même pour tous. Que cette électricité soit produite par des centrales nucléaires, au gaz, au charbon, solaires ou à l’énergie éolienne, elle emprunte la même route. Au final, le client consomme donc une sorte de cocktail d’électricité verte et grise, remarque l’association de consommateurs.

L’énergie verte à laquelle a souscrit le consommateur est tout de même bien produite quelque part. En tout cas, en Europe, puisque les régulateurs doivent veiller aux «garanties d’origine» (GO). Pour chaque mégawatt d’électricité verte injecté sur le réseau, le producteur reçoit des GO qu’il peut ensuite revendre aux fournisseurs.

Du vert clair au vert foncé

Mais cette énergie peut avoir 50 nuances de vert. Par exemple, l’énergie solaire ou éolienne est verte à 100%. Celle produite à partir de biomasse, par contre, l’est beaucoup moins, quand elle provoque le déboisement des forêts au Canada, par exemple. En Belgique, 17% de l’énergie verte provient de cette biomasse, 25% de l’éolien, et surtout 52% de l’hydraulique, qui arrive pour une bonne part de centrales en Norvège. Ce dernier système intéresse particulièrement les fournisseurs européens parce qu’il produit des GO à moindre prix. Il est donc très tentant d’en acheter pour «verdir» une électricité locale plutôt grise. Et ce, en toute légalité.

Malheureusement, les prix très attractifs de ces GO norvégiens et leur abondance ne poussent pas les fournisseurs à investir dans des capacités propres. Se fournir en énergie verte ne booste donc pas l’investissement dans ce type d’énergie.

Test-Achats a classé les fournisseurs en fonction de leur mix énergétique, mais aussi de l’origine de l’électricité, en mettant en avant la production locale. Et à ce petit jeu, six fournisseurs -surtout des coopératives- ont reçu cinq étoiles : Ecopower, Elegant, Energie 2030, Poweo, Wase Wind et Watz. En bas du classement, trois sociétés n’obtiennent qu’une étoile pour leur mix énergétique bien peu vert : EDF Luminus, Engie Electrabel et Klinkenberg.

Un système à revoir

Mais, si ce système de garanties d’origine peut servir à « verdir » de l’énergie grise, ne faudrait-il pas le revoir entièrement ? Pour les régulateurs d’énergie, c’est non. Ils estiment que même s’il n’est pas parfait, il assure avec fiabilité la traçabilité de l’origine de l’électricité.

Test-Achats demande toutefois plus de transparence pour le consommateur qui pense acheter ‘vert’ alors qu’il ne reçoit que du ‘gris-vert’. Il pourrait en effet penser de bonne foi qu’opter pour une énergie qui respecte l’environnement boosterait les investissements dans d’autres centrales de production d’énergie renouvelable. Mais ce n’est pas encore vraiment le cas pour l’instant.

www.test-achats.be