Cosmétiques vegans: l’éthique au service du bien-être animal

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Ph. D.R

Miel, lait d’ânesse, kératine, squalane… ces produits sont souvent gages de vertus insoupçonnées, comme le revendiquent les marques de cosmétiques. Mais face à la demande mondiale, la production à outrance de ces ingrédients d’origine animale prend le dessus sur le bien-être des animaux. Labellisées véganes, certaines marques ont du coup décidé de faire un choix plus éthique. Outre le fait de garantir un processus de fabrication ’cruelty-free’, elles privilégient le végétal aux matières animales.

Violence dans les abattoirs, surproduction… le traitement consacré aux animaux ne passe plus inaperçu au sein de la société. Une prise de conscience qui amène de plus en plus les consommateurs à exclure les produits d’origine animale, comme en témoigne le cabinet de consultants new-yorkais Baum + Whiteman, spécialisé dans la restauration, selon qui l’année 2018 sera placée sous le régime végétalien. Cependant, la question du bien-être animal ne se pose pas uniquement dans le domaine de la nourriture mais également dans celui de la beauté.

Garanti sans test sur animaux

Dans le domaine du cosmétique, la question du bien-être animal commence aussi à trouver un retentissement. Alors que la Cour de justice de l’Union européenne a annoncé en 2016 l’interdiction de la vente de cosmétiques non ’’cruelty-free’’ importés sur le marché, environ 100 millions de tests restent pratiqués chaque année sur les animaux dans le monde. «Théoriquement les tests sont interdits en Europe. Mais il y a régulièrement des scandales de contournement car il y a des pays étrangers dans lesquels ce n’est pas interdit», rappelle Candice Barbé, fondatrice de la marque de soins belges et végans pour le visage et le corps IMWE. C’est le cas notamment en Chine où les tests sur les animaux sont obligatoires pour les produits vendus sur leur marché. En février dernier, un mouvement citoyen européen du nom de «Stop vivisection» (arrêter la dissection sur un animal vivant), rassemblait un million de signatures pour mettre définitivement fin à ces tests.

Candice Barbé de chez IMWE

Ces expérimentations sont d’ailleurs, à l’heure actuelle, remplaçables par de nouvelles méthodes, comme l’expliquait à ce moment-là Reha Hutin, présidente de la Fondation 30 Millions d’amis: «Les nouvelles technologies nous permettent de savoir tout ce dont on a besoin: on peut travailler sur des cellules-souches, des cellules humaines cultivées in vitro… Autant de techniques à notre portée qui devraient permettre d’éviter ce massacre».

Surexploitation des animaux

Outre l’absence de tests effectués sur les animaux, les cosmétiques végans sont également exempts de matières d’origine animale. Bien que la cire d’abeille et le lait d’ânesse soient appréciés pour leurs nombreuses vertus, leur utilisation pose question. La demande mondiale étant tellement importante qu’elle nécessite une surexploitation des animaux. «Si on creuse un peu, on se rend compte que les abeilles sont exploitées, elles ne sont pas maltraitées par la récolte mais on les nourrit au sucre pour fabriquer plus de miel», rajoute Candice Barbé. «Il y a beaucoup de produits avec du miel parce que tout le monde pense que c’est bon pour la santé et je suppose que les marques peuvent jouer là-dessus aussi», développe Fiona Closset, cofondatrice de la plateforme de vente de cosmétiques végans d’origine locale, Green Niche.

«Pour le lait aussi, la technique de récolte se fait plusieurs fois par jour par des machines. Des produits de types hormones leur sont administrés pour multiplier énormément la quantité obtenue. Donc ce sont des animaux qui sont vraiment maltraités», rajoute la Liégeoise. De son côté, le squalane, que l’on retrouve dans de nombreuses crèmes hydratantes, n’est autre qu’une compression d’huile obtenue à partir de foie de requin tandis que la kératine à l’état naturel provient des poils et de la peau d’animaux, comme le rappelle le site slow-cosmétique. Enfin, le carmin, qui produit la célèbre couleur utilisée pour les rouges à lèvres, est, en réalité, un «extrait du corps et des œufs de cochenilles» écrasées.

Ph. GreenNiche

Un coût plus important

Ces ingrédients d’origine animale continuent pourtant d’être utilisés par de grandes marques. Une situation qui s’explique notamment par son coût. Candice Barbé s’est elle-même lancée dans l’aventure, il y a trois ans, en créant son propre laboratoire à Schaerbeek. Elle avoue avoir réfléchi à son projet pendant plus de dix ans. «En général, le végan est beaucoup plus cher que l’alternative animale. C’est un marché plus limité et certains ingrédients issus du monde animal sont plus faciles à récolter.» Des coûts qui peuvent pousser à certaines tromperies de la part des fournisseurs, explique Fiona Closset: «Parfois, certains ingrédients comme le squalane peuvent être d’origine végétale, donc de l’huile d’olive, et animale, provenant du requin. Je sais bien que certaines marques disent que leur squalane est végétal alors qu’après analyse, il s’avère être d’origine animale. Le fournisseur ment mais la marque ne le sait pas.»

Pour éviter toutes tromperies, la plus grande organisation de défense des animaux, PETA (People for the Ethical of Animals), propose un label «Cruelty Free and vegan» auquel il est possible de se référer.

Ph. PETA

Une clientèle encore restreinte

Forte de ces constats, l’alternative végane commence à intéresser petit à petit le public, le plus souvent sensible à la cause du cruelty-free. Selon un sondage mené en ligne par l’application de beauté Perfect365, 36% de 15.000 de ses utilisatrices n’achètent que des marques non testées sur les animaux. 43% des sondées se disent prêtes à arrêter d’utiliser une marque si elle décidait de commencer à tester ses produits sur les animaux «Il y a beaucoup de magasins à Bruxelles et de sites web qui ont décidé de ne distribuer que des produits végans qui se sont créés», explique Candice Barbé.

Les deux entrepreneuses reconverties dans le domaine végan le confirment: le prix des cosmétiques végans joue néanmoins un rôle dans le profil des consommateurs touchés par la cause. «On est plutôt autour des 30-50 ans. Il s’agit de personnes qui travaillent et qui se rendent compte qu’il faut changer ses habitudes tout en payant un peu plus pour avoir de la qualité», détaille Fiona Closset, traductrice d’origine, qui a lancé son site il y a cinq mois seulement mais qui ne peut encore vivre complètement de son activité. Bien qu’elle avoue avoir du mal à trouver des marques de maquillage végan en Europe continentale, cette dernière reste positive sur le développement de ce style de cosmétiques: «Les marques éthiques sont meilleures pour tous. Que ce soit l’humain ou l’animal, tout le monde est bien traité.»

Mobilisation contre les tests sur les animaux

Comme chaque année, à la date du 24 avril, est célébrée la Journée Mondiale des Animaux dans les Laboratoires, reconnue officiellement par les Nations unies. L’occasion pour les militants de faire campagne pour l’abolition de tests et d’expériences sur les animaux. Un pari que s’est d’ailleurs mis en tête de réaliser à grande échelle Lush qui possède aujourd’hui 933 boutiques dans 49 pays.

La marque anglaise a souhaité offrir une alternative aux cosmétiques traditionnels en proposant des produits 100% végétariens dont 85 ont adaptés aux végans. En 2012, elle a d’ailleurs lancé le Lush Prize en partenariat avec l’association Ethical Consumer Research, un prix récompensant les groupes ou individus qui œuvrent dans la recherche pour remplacer les tests sur les animaux. Il s’agit à ce jour de la plus grosse récompense dans la lutte pour le bien-être animal, avec 287.000€ à la clé. Les candidatures pour participer à l’édition 2018 du Lush Prize sont ouvertes jusqu’au 4 juillet sur le site www.lushprize.org.

Ph. D.R