De précieuses et envoûtantes orchidées sur le sol belge

268
Ph. S. Pirotte

Eh non, les orchidées ne poussent pas que sur les appuis de fenêtre! Les espèces wallonnes sont certes discrètes, mais il s’agit de trésors d’ingénierie végétale. Surtout, il s’agit d’espèces bioindicatrices de premier ordre, au centre de toutes les attentions de Natagora.

Parlez d’orchidées à un naturaliste, vous verrez ses yeux se mettre à briller. Parlez-en à un promoteur immobilier, la réaction risque d’être un brin différente. On considère qu’il existe, sur le territoire wallon, 44 espèces d’orchidées. Un chiffre impressionnant, quand on sait qu’une majorité de nos concitoyens n’en ont jamais vu. Ou sans le savoir. Ces plantes sont pourtant de véritables merveilles d’évolution. Le plus souvent dépendantes des insectes (voir ci-dessous), elles ont développé d’étonnantes structures florales pour les attirer.

D’incomparables structures végétales

Les orchidées possèdent ainsi trois pétales. Mais un des pétales, au fil de l’évolution, s’est tellement transformé que les botanistes lui ont donné le nom de labelle. Il s’agit d’une pièce florale étonnante, aux formes et couleurs très variées, le plus souvent destinée à séduire les insectes. Il possède souvent un éperon, rempli de nectar, plus ou moins long en fonction de la bête à attirer. Les papillons aux longues trompes se dirigent ainsi volontiers vers les platanthères, à l’éperon filiforme. Les fourmis ou les guêpes leur préfèrent les épipactis, proposant, elles, le nectar à même le labelle. Ajoutons, à cette étonnante structure, des organes reproducteurs aux formes particulièrement biscornus, ainsi que trois tépales qui entourent le tout, et vous obtenez les fleurs les plus envoûtantes pour bien des botanistes.

 

Si les promoteurs sont un peu moins portés sur l’orchidophilie, c’est que ces fleurs sont toutes protégées sur le territoire wallon. Des dérogations existent, bien sûr, certainement un peu trop largement distribuées, mais les différents statuts de protection témoignent de l’importance des milieux que dévoile la présence d’orchidées. Particulièrement ancrées dans un environnement précis et des associations végétales particulières, elles sont d’excellentes bioindicatrices. On parle ainsi de l’orchidée comme d’une espèce parapluie: en protéger une espèce revient à protéger tout un biotope et les nombreuses espèces associées.

La grande richesse des milieux pauvres

L’homme a cependant hélas détruit ou quasiment fait disparaître de nombreux biotopes ingrats, pauvres en nutriments et donc peu appropriés aux cultures, ou trop humides pour une quelconque utilisation. Or, les orchidaceae sont mal armées pour faire face à la concurrence des graminées volontaires poussant sur des sols plus riches. L’urbanisation galopante n’a fait que rajouter une couche à la banalisation des milieux et des paysages. Ajoutons à cela le vol d’orchidées, coutume du 19e siècle encore pratiquée par quelques inconscients. D’autant plus destructrice que les graines des plants déplacés n’ont quasiment aucune chance de trouver ensuite un sol adéquat pour germer. Et on comprendra l’intérêt d’étudier et protéger ces bijoux botaniques.

Et c’est là qu’intervient Natagora en accordant une attention toute particulière aux milieux menacés qui les accueillent. L’asbl multiplie les actions sur des milieux intéressants tels que les tourbières, les bas-marais, les prairies alluviales, les pelouses sèches ou les landes qui, abandonnés ou drainés, ont pratiquement disparu au fil des ans.

Voilà donc pourquoi les amoureux de nature continueront à chérir les orchidées et à les faire découvrir au plus grand nombre. Vous voulez faire partie des convaincus? Les plus belles floraisons ont lieu en mai-juin. Alors, ouvrez l’agenda de Natagora et partez sur les pas des guides naturalistes à la découverte des plus belles réserves naturelles.

Des plantes manipulatrices

Certaines orchidées, notamment du genre Ophrys, représentent admirablement la complexité de l’évolution. Leurs noms parlent d’eux-mêmes : ophrys mouche, ophrys frelon… Leurs inflorescences ressemblent en effet à des femelles de certains insectes spécifiques. Tout y est : la forme générale, les couleurs, la texture, parfois jusqu’à la pilosité et même l’odeur qui s’apparente à des phéromones sexuels. Les mâles, trompés par ces leurres, se ruent sur la plante qu’ils considèrent comme un partenaire sexuel, et se lance dans ce qu’on appelle une pseudocopulation. Le botaniste Francis Hallé fait cependant remarquer que, du point de vue de l’insecte, la copulation est bien réelle. Pour l’orchidée encore plus vu que l’insecte, gorgé de pollen lors de ses ébats, le transporte sur d’autres orchidées, menant à bien leur fécondation. Il va ainsi jusqu’à parler de manipulation de l’animal par la plante.

Benjamin Legrain