L’énergie renouvelable et accessible, essentielle pour le développement durable

516
AFP

Confronté au réchauffement climatique, à la raréfaction des ressources naturelles et à une explosion démographique, l’Homme voit les énergies renouvelables comme une solution d’avenir. Mais de nombreux pays à la recherche de croissance immédiate restent frileux à l’idée d’investir massivement dans cette technologie, pourtant cruciale, pour réduire la précarité énergétique et décarboniser la société.

Plusieurs millions d’êtres humains n’ont toujours pas accès à certaines ressources vitales dont l’énergie fait partie. On estime qu’une personne sur cinq n’a toujours pas accès à l’électricité alors qu’environ 3 milliards d’individus dépendent encore du bois, du charbon ou des déchets animaux pour cuire leur nourriture ou se chauffer.

Face aux conséquences désastreuses du réchauffement climatique et alors que la demande énergétique ne cesse de progresser, les pouvoirs publics s’engagent à réduire drastiquement l’empreinte écologique des différentes sources d’énergies, responsables d’environ 60% des émissions de gaz à effet de serre. Aux quatre coins du globe, cette transition vers des systèmes éco-responsables fait la part belle aux énergies renouvelables afin d’augmenter l’efficacité énergétique et de soutenir la croissance tout en préservant l’environnement.

Trop peu d’ambition

Toutefois, les progrès réalisés restent trop lents car ils impliquent des investissements massifs et immédiats dans des infrastructures pour obtenir des objectifs à long terme. Une vision aux antipodes des besoins de certains pays en voie de développement désireux de rattraper leur retard sur l’échiquier dans la course économique mondiale. Et dans les pays riches, les avancées patinent. Pour atteindre leur objectif et fournir à chaque foyer de l’électricité à un coût abordable d’ici 2030, les gouvernements doivent donner un coup d’accélérateur aux alternatives renouvelables. Une étude réalisée par l’Agence internationale des énergies renouvelables (IRENA) pointait récemment leur trop faible déploiement en Europe où elles occupaient 17% de la consommation totale d’énergie en 2016.

 

La Belgique n’est pas non plus assez ambitieuse. Tous secteurs confondus, seulement 8,7% de l’énergie consommée provient du secteur renouvelable. Au sein de l’UE, seuls les Pays-Bas (6%), Malte (6%) et le Luxembourg (5,4%) enregistrent de plus mauvaises performances.

À l’heure où la précarité énergétique concernait encore un ménage belge sur cinq en 2016, de nombreux efforts restent à fournir. La volonté de la Belgique à sortir du nucléaire d’ici 2025 devra s’accompagner de mesures qui faciliteront cette transition durable si elle veut à la fois diminuer son empreinte écologique tout en assurant un accès à l’énergie à tous ses citoyens. Pour rappel, le pays entend atteindre la barre des 13% d’énergies renouvelables dans sa consommation globale d’ici 2020. Malgré certains progrès, le pays accuse encore un sérieux retard.

« Il faut un usage combiné de l’énergie »

Greenpeace fusillait récemment la pollution générée par le web en raison de sa gloutonnerie énergétique. Alors que la tendance s’accélère, un usage combiné de cette énergie au quotidien pourrait amortir ce phénomène, d’après le professeur spécialiste de l’énergie à l’Université de Liège Damien Ernst.

Nos politiques prennent-ils cette pollution spécifique en compte?

«Pas du tout. Dans les scénarios de décarbonisation de la société, on parle toujours de réduire la consommation grâce à l’augmentation de l’efficacité énergétique. Mais ils ne prennent absolument pas en compte que des nouvelles charges arrivent. Ils sous-estiment totalement les immenses charges du secteur ICT (information and communication technologies) qui seront comparables sinon supérieures à celles du transport aérien!»

Le privé doit-il du coup prendre la relève?

«Ils ne savent faire que très peu de choses. Certaines stratégies pourraient être efficaces comme faire tourner des petites fermes de serveurs dans les caves des immeubles d’habitations. Ça permettrait par exemple de récupérer la chaleur produite par l’énergie électrique. Donc une piste intéressante serait un usage combiné de la puissance électrique pour faire exister cette industrie digitale et d’en récupérer la chaleur. On pourrait très bien imaginer que nous ayons chez nous des serveurs à la place de chauffages électriques. On parle aussi des grosses charges issues des systèmes qui créent des crypto-monnaies. Donc on pourrait aussi imaginer qu’à la place de chauffages électriques, nous ayons à domicile des ordinateurs qui réalisent du ‘mining’ de crypto-monnaies.»

Que peut faire un citoyen lambda pour réduire l’empreinte écologique de son empreinte numérique?

«C’est vrai que tout le monde consomme énormément d’énergie au quotidien pour envoyer des mails et leur navigation web mais ce sont les photos, les réseaux sociaux et les vidéos qui sont les plus énergivores. À côté de ça, le comportement le plus évident consiste à ne pas changer de smartphone régulièrement parce que sa fabrication nécessite quasi 40 fois plus d’énergie que son utilisation. Et cette remarque s’applique aussi aux autres objets technologiques. C’est un peu la face cachée de cette industrie.»

Gaëtan Gras