Metro était avec l’équipe belge au championnat européen de Splatoon

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Ph. Thomas Wallemacq

Ils sont quatre, un francophone et trois néerlandophones, âgés entre 15 et 20 ans. Après avoir remporté le championnat de Belgique du jeu Splatoon 2 en octobre dernier, les joueurs de la team Overtime représentaient notre plat pays lors du Splatoon European Championship, organisé à Montreux, en Suisse. Metro y était et a suivi l’équipe belge dans ce tournoi d’eSport pas comme les autres.

Avec la Switch, Nintendo est entré sur le tard sur la scène du sport électronique. Splatoon 2 est d’ailleurs le premier jeu Nintendo à avoir rejoint l’ESL (Electronic Sports League) et le Splatoon European Championship est l’une des premières grandes compétitions officielles d’eSport pour Nintendo.

Ph. Nintendo

 

64 joueurs de dix pays

Pour y assister, direction la Suisse et plus particulièrement la convention Polymanga, à Montreux. C’est dans les allées de ce salon dédié aux jeux vidéo et à la culture nippone que 64 joueurs et joueuses venus de dix pays se sont affrontés. Tous, dont certains pas encore majeurs sont accompagnés par leurs parents, sont logés à quelques dizaines de mètres de là, dans le prestigieux Montreux Palace. Rassemblés par leur passion pour Splatoon, ils font avant tout partie d’une communauté et ça se voit. Pour la plupart de ces joueurs venus des quatre coins de l’Europe, cet événement est l’occasion de se rencontrer dans la vraie vie, après des mois de jeu en ligne. Arrivés sur place la veille, nos joueurs belges ont dévoilé sur Twitter des images étonnantes de leur «préparation»: une dizaine de joueurs installés dans une chambre d’hôtel avec des câbles et des consoles dans tous les côtés pour une LAN party improvisée.

Parcours compliqué pour les Belges

Vendredi 30 mars. Aux alentours de 15h, après les derniers tests et réglages, la compétition commence. Un présentateur officiel de l’ESL a fait le déplacement pour commenter les parties. Le tirage au sort n’a pas été clément pour les Belges. Ils sont chargés d’ouvrir la compétition face aux Polderlantis, les champions des Pays-Bas. Les parties se déroulent en deux manches gagnantes (BO3). Les joueurs n’ont pas le droit à l’erreur puisqu’une défaite signerait déjà la fin de leur parcours dans la compétition. Après une partie gagnée de chaque côté, les Pays-Bas remportent la troisième et dernière manche. Les Belges sont déjà éliminés du championnat après seulement 15 petites minutes de jeu.

Ph. Nintendo

À la fin du match, les joueurs se serrent la main. Déception et tristesse peuvent se lire sur le visage de certains. Loïc, 20 ans, alias Loulo dans le jeu, essaie de relativiser et de rester optimiste. «On a pris un match, c’est déjà ça. On est contents, on est venus en Suisse, on a joué, on a perdu, c’est le jeu. On fera mieux la prochaine fois», nous confie le joueur belge quelques instants après la défaite. Dans les allées de Polymanga, le public semble peu se soucier du sort de notre équipe nationale. Les visiteurs déguisés en Pikachu, en personnages de Dragon Ball ou en d’autres créatures nippones plus méconnues, passent à côté d’eux comme si de rien n’était, tandis qu’à quelques mètres de là, des dizaines de jeunes reproduisent la chorégraphie de «Daddy Cool» sur le stand de Just Dance.

«C’est plus une réunion de famille»

Durant la soirée, la délégation du Benelux, composée de tous les joueurs, des représentants de Nintendo et de quelques journalistes, s’est retrouvée autour de la même table. L’occasion pour Loïc de revenir sur son parcours. «On connaît tout le monde ici, sauf les Russes. C’est plus une réunion de famille qu’une compétition», explique l’étudiant qui veut devenir professeur de langue. L’état d’esprit des joueurs est d’ailleurs à des années-lumière des joueurs professionnels d’eSport qui s’entraînent pendant des heures chaque jour. «On commence à jouer ensemble une semaine avant une compétition, mais sinon on joue chacun dans des teams différentes», nous raconte Loïc. À l’origine, l’équipe belge était composée de deux francophones et de deux néerlandophones. Mais l’un des membres, originaire du sud du pays, n’a pas pu se libérer pour la compétition et a dû être remplacé au pied levé. Qu’importe, la barrière linguistique n’a jamais été un problème pour ces jeunes joueurs devenus amis puisqu’ils communiquent tous en anglais.

Ph. Thomas Wallemacq

Le lendemain matin, la compétition s’est poursuivie avec la fin des matchs de qualification. L’occasion d’assister à l’entrée en piste des deux équipes françaises qui ont écrasé la concurrence. Vers midi, les joueurs et les visiteurs ont eu droit à un concert exceptionnel des Tenta-Cool, un duo issu de Splatoon 2. Sur scène, des hologrammes représentant les personnages du jeu sont projetés devant le public, tandis que des musiciens en chair et en os les accompagnent. Malgré la disposition assise dans la salle, le public suisse et les fans de Splatoon se sont montrés plutôt réceptifs à l’étrange musique électro-pop proposée par ces hologrammes. Une expérience… particulière, diffusée en live dans le monde entier.

 

Victoire allemande

Après le concert, la scène est démontée pour accueillir les demi-finales et la grande finale de la compétition. Les matchs sont retransmis en direct sur Twitch et sur YouTube. Dans la salle, deux présentateurs commentent les exploits des huit joueurs installés derrière leur écran sur le devant de la scène. Les Allemands de Gucci Gang ont finalement remporté ce championnat européen en s’imposant face aux Français d’El Firmament. Contrairement à d’autres compétitions d’eSport, ici, il n’y a pas de chèque de plusieurs dizaines de milliers de dollars à remporter. L’équipe gagnante repart avec une coupe, un maillot de champion européen et surtout, la chance de représenter l’Europe lors de la finale du championnat du monde qui se déroulera à l’E3, à Los Angeles, en juin prochain.

 

Une belle expérience

Dans les coulisses, les joueurs tirent le bilan de ce 1er championnat européen de Splatoon. Certains regrettent qu’il n’y ait pas eu un «loser bracket», c’est-à-dire un tournoi à double élimination où les perdants ont encore une chance de progresser dans la compétition. D’autres observateurs auraient préféré des BO5 (best of five) à partir des quarts de finale, c’est-à-dire des affrontements en trois manches gagnantes. C’est vrai que certaines parties ont été très vite expédiées, durant parfois à peine plus de cinq minutes.

Ph. Thomas Wallemacq

Il y a encore quelques points à améliorer. Néanmoins avec ce championnat européen, Nintendo a montré qu’on pouvait désormais compter sur lui sur la scène eSport, mais aussi qu’une autre manière de faire du sport électronique était possible où la complicité entre les compétiteurs l’emporte sur l’argent et le résultat final. Une chose est sûre, qu’ils soient Belges, Allemands ou Russes, les participants garderont un souvenir inoubliable de ce week-end de compétition en Suisse.