Global Change Award: No time to waste!

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Photo D.R.

Mercredi dernier s’est déroulée à Stockholm la troisième édition du H&M Global Change Award. Ce prix soutient les nouvelles initiatives en faveur d’une industrie de la mode circulaire.

Cinq finalistes ont été choisis parmi une sélection de 2.600 idées en provenance de 151 pays. Metro s’est rendu dans la capitale de la Suède afin de supporter les finalistes belges Cédric Vanhoeck et Vanessa Counaert.

Avec une très honorable quatrième place, ils ont reçu 150.000 € pour poursuivre l’élaboration de leur innovation respectueuse de l’environnement: un fil soluble qui fait de la réparation et du recyclage un jeu d’enfant.

Global Change Award?

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Dans un monde de calottes polaires qui fondent, de matières premières qui se raréfient et de sources d’énergie qui disparaissent, notre modèle de production et de consommation linéaire est dépassé.

Pour évoluer vers une économie circulaire, il faut un changement de mentalité et de nouvelles technologies s’imposent. C’est surtout l’industrie de la mode, un des secteurs les plus polluants, qui doit se réinventer.

Mais le développement d’idées vertes coûte beaucoup d’argent. Pour soutenir les jeunes scientifiques et les jeunes entrepreneurs, la famille H&M, les Persson, a créé il y a quelques années la H&M Foundation. Cette fondation décerne chaque année 1 million € aux concepts les plus novateurs afin de donner un boost écologique à l’industrie de la mode.

En quoi consiste votre innovation?

Cédric: « Un fil qui fond à haute température. Mon costume du styliste gantois Jan Welvaert par exemple se compose de diverses matières comme de la viscose et de la laine. Si elles sont assemblées avec du fil normal, vous devez les séparer manuellement pour les recycler et pour les réparer. Avec ce fil, cette opération se fait très vite par application de chaleur. Le recyclage est alors bien moins cher. Les fermetures éclair et les boutons peuvent aussi être enlevés facilement de cette façon. La H&M foundation a appelé cette invention « Smart Stitch », mais nous avons appelé notre entreprise Resortecs. »

Comment cette idée vous est-elle venue?

Cédric: « Je faisais mes études d’ingénieur à la TU Delft et j’ai passé un an à l’académie de mode d’Anvers. C’est là que j’ai compris que le backstage de l’univers de la mode était moins glamour que le catwalk. J’ai remarqué qu’avec mes connaissances techniques je pouvais faire la différence. C’est ainsi que j’ai conçu cette nouvelle technique de couture. Par la suite, je me suis associé avec Vanessa, qui, avec sa formation en marketing, sait comment nous devons commercialiser ce produit. »

Où en êtes-vous?

Vanessa: « C’est un prototype, mais nous voulons évoluer vers un produit qui satisfait à des critères plus stricts. Nous devons encore travailler à la température et à la solidité du fil afin de pouvoir à terme nous engager avec des fabricants tant de matelas que de chaussures et même de banquettes de train. »

Qu’avez-vous gagné?

Vanessa: « Avec notre quatrième place, nous recevons 150.000 € pour poursuivre le développement de notre prototype et nous pouvons profiter d’un réseau d’experts et de futurs clients. Après une sorte d’innovation bootcamp à Stockholm, nous allons à New York et à Shangai pour être soutenus à la fois pour le commercial et pour le produit. Et cela va vite, car en deux jours nous avons déjà fait d’énormes pas. Un fabricant de chaussures français a déjà montré de l’intérêt et aussi une firme belge. »

Quelles idées avez-vous trouvées surprenantes?

Cédric: « Le gagnant Crop-A-Porter, nous le trouvons très complémentaire. Ils pensent circulaire tout comme nous et ils veulent produire du biotextile durable sur base de déchets de cannes à sucre, de bananes et d’ananas. Nous pourrions veiller à ce que ces matériaux soient travaillés de façon écologique. »

Au pays d’Abba, on serait enclin à penser que The winner takes it all, mais le montant total de 1 million € a été réparti entre les cinq finalistes.

Le top 5

1. USA 300.000 € Crop-A-Porter, du biotextile à base de déchets de récolte
2. Suède 250.000 € The Regenerator, une façon respectueuse de l’environnement de séparer les tissus mélangés polyester et coton
3. Israël 150.000 € Algae Apparel, une teinture bio écologique et respectueuse de la peau à base d’algues
4. Belgique 150.000 € Smart Stitch, un fil soluble afin de pouvoir recycler ou réparer vite
5. Pays-Bas 150.000 € Fungi Fashion, des vêtements à base de racines de champignons dégradables

Jusqu’à quel point votre fil est-il respectueux de l’environnement?

Cédric: « Notre fil est fabriqué avec des polymères recyclables. Le polyester gagne d’ailleurs en popularité. Cela n’arrive pas toujours que le matériel biologique soit mieux qu’une substance technique. Le coton, par exemple, est extrêmement polluant. »

Jusqu’à quel point l’industrie de la mode recycle-t-elle aujourd’hui?

Vanessa: « La majorité est malheureusement encore toujours incinérée, seuls 15% sont recyclés. L’industrie de la mode doit donc encore parcourir un long chemin, mais comme tout le monde en parle, nous avons une fonction d’exemple. »

Que peut faire le consommateur de son côté?

Cédric: « Acheter de façon responsable et à petite échelle chez des créateurs locaux ou dans des magasins de seconde main n’est pas l’unique solution. Ou déposer ses vieux vêtements et laver à plus basses températures. En raison de la forte croissance de la population, nous allons consommer toujours plus, nous devons donc veiller à ce que l’industrie soit prête. Et alors nous sommes ici à la bonne adresse. »

Vanessa: « Ce n’est pas le fruit du hasard que le prix soit décerné à Stockholm. La mode circulaire règne ici en maître et il existe une véritable communauté autour d’elle. C’est une technologie de premier ordre, l’écomode est tout simplement super sexy. »

Arne Rombouts