Réduire les inégalités entre les sexes, essentiel pour le développement

AFP / A. Cowie

Le fossé entre les sexes se résorbe, mais ne disparaît pas. Malgré les progrès réalisés à de nombreux égards, les inégalités genrées perdurent, tous domaines et pays confondus. Bon élève en la matière, la Belgique peine pourtant à rectifier ses lacunes.

Il n’y a pas de sexe faible: tel est le message qu’entendent rappeler les Objectifs de développement durables (SDG). Entre autres objectifs, ils souhaitent voir s’accélérer l’autonomisation des femmes et la promotion de l’égalité. En pariant sur la sensibilisation aux discriminations envers les femmes et les filles et en luttant contre leur propagation de façon préventive, les SDG comptent faire comprendre que l’égalité entre les sexes constitue un droit humain fondamental, et que celui-ci aura des conséquences positives en matière de développement.

 

Depuis que le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud) a fait de cette égalité l’une de ses priorités dans les années 2000, des progrès significatifs ont été accomplis. Ils concernent tant dans l’éducation que le monde du travail. Alors que la scolarisation des filles a progressé et que la plupart des régions frôlent la parité filles-garçons dans l’enseignement primaire, quelque 41% des travailleurs rémunérés (hors agriculture) sont désormais des femmes. Un chiffre en hausse au regard des 35% en 1990.

Des inégalités persistantes

Malgré ces progrès, la discrimination entre les sexes perdure, dans plusieurs domaines et dans plusieurs pays. Exploitations et violences sexuelles, accès à l’enseignement ou au marché du travail, répartition inégale du travail domestique, espérance de vie, analphabétisme… Dans la sphère privée comme professionnelle, les femmes endurent encore des violences de toutes formes. Dès lors, garantir leurs droits sociaux, économiques ou institutionnels reste une condition sine qua non à l’amélioration de la condition des femmes aux quatre coins du globe.

 

Certes, la Belgique prend de nombreuses mesures pour éradiquer les différences. Mais le pays n’est pas exempt de tout reproche. Le fossé entre hommes et femmes ne se résorbe pas sous tous les prismes. La lutte contre la discrimination à l’emploi, et particulièrement à la rémunération, s’essouffle. La Belgique est sur la bonne voie, mais elle doit prendre plus de mesures pour assurer une égalité économique. Il lui revient également de maintenir ses efforts pour augmenter la représentation féminine dans les organes gouvernementaux ou dans des fonctions à haut pouvoir décisionnel. Rappelons qu’en Belgique, à fonction identique au sein la même entreprise, l’écart salarial annuel moyen entre les sexes oscille entre 22 et 20%, selon les sources.

 

«Un gros travail à fournir dans le socio-économique»

L’évolution positive dans la lutte contre la discrimination genrée dont se félicitent nos politiques doit être nuancée, d’après Véronique De Baets, experte de l’Institut pour l’Égalité des Femmes et des Hommes (IEFH). Notamment pour améliorer l’égalité socio-économique.

La lutte contre la discrimination en Belgique est-elle sur la bonne voie?

Ph. D.R.

«Nous jouissons d’un cadre législatif anti-discrimination très complet, même au sein de l’Union Européenne. Là où la Belgique a encore un gros travail à effectuer, c’est au niveau socio-économique. Dans ce domaine, le cadre légal est parfois limité, voire inefficace.»

 

Vous avez un exemple?

«L’exemple classique est l’emploi et, par extension, l’écart salarial. Certes, l’écart est en ‘faible diminution constante’. Mais deux types de calculs existent. Le premier se fait sur base horaire. Une femme gagne en moyenne, par heure de travail prestée, 7,6% en moins qu’un homme. Ce qui relève de la discrimination salariale pure peut être sanctionné par la loi. Mais les plaintes contre les employeurs ne suivent que très rarement. Le second calcul se fait sur base annuelle, en prenant davantage en compte l’emploi à temps partiel: cet écart salarial, dû à des pratiques de carrières, s’élève ici à environ 21%. Cette discrimination n’est pas sanctionnée par la loi, car elle est liée à des inégalités culturelles. La discrimination liée à la qualité de l’emploi n’est pas prise en compte par un cadre légal. Les temps partiels par exemple, plus précaires, augmentent en Belgique et les femmes y ont majoritairement recours. L’évolution est donc positive dans la lutte contre les discriminations salariales, mais la Belgique doit notamment fournir des efforts pour offrir des emplois de qualité.»

Quels leviers peuvent-ils encore être actionnés?

«Il y en a plusieurs. Travailler sur une meilleure répartition des tâches dans la sphère privée est une piste. Tant que le partage ne sera pas plus égal, le partage du travail rémunéré ne le sera pas non plus. Outre l’éducation, qui est la piste principale, les pouvoirs publics peuvent améliorer les congés parentaux. Plus ils peuvent être pris de façon flexible et morcelé en fonction des besoins, plus les hommes y ont recours. Il faudrait aussi idéalement doubler le congé de paternité (il est actuellement, de dix jours à prendre dans les quatre mois qui suivent la naissance de l’enfant) et le rendre en partie obligatoire, car 11% des hommes ont encore des difficultés à le prendre. À l’IEFH, nous sommes par contre opposés aux systèmes de transferts de congé entre les parents, comme cela existe ailleurs, car ils éloignent les femmes du marché du travail et les hommes de leurs enfants.»