La sisterhood déferle sur Hollywood

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L’époque où les femmes ne jouaient que des rôles secondaires à Hollywood semble petit à petit en voie d’être révolue, pourtant les inégalités subsistent encore toujours. Heureusement, des stars comme Gal Gadot, Reese Witherspoon et Lupita Nyong’o font lentement mais sûrement bouger les choses!

2017 a été une année mouvementée, au cours de laquelle des scandales cachés ont éclaté un peu partout. Il est certain que #metoo a initié le mouvement et que les femmes ne sont plus disposées à jouer les seconds rôles, mais aussi que, dans la tête de nombreux hommes, un déclic s’est opéré.

C’est ainsi que pour la première fois en 90 ans d’existence des Oscars une femme a été nominée pour le prix de directeur de la photographie. C’est Rachel Morrison qui a eu cet honneur pour son travail sur le film «Mudbound». Elle n’a finalement pas remporté le prix, mais c’est d’ores et déjà un petit pas en avant.

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Women only

L’été dernier, une autre femme a inscrit un record à son palmarès. Patty Jenkins, la réalisatrice de «Wonder Woman» a été la première femme à rapporter beaucoup d’argent avec un film de super-héros. Elle a ainsi prouvé, avec son actrice principale, Gal Gadot, qu’un film dont la vedette est une femme n’est pas nécessairement un flop en ce qui concerne les rentrées financières. Et ce, pour un film réalisé par une femme!

 

«Wonder Woman» a aussi incité d’autres à passer à l’action. C’est ainsi que la chaîne de cinémas Alamo Drafthouse à Austin a décidé d’organiser des projections du film uniquement réservées aux femmes. Seules des femmes ou des personnes s’identifiant en tant que femmes étaient les bienvenues et seul du personnel féminin était de service. Une décision qui n’a pas fait l’unanimité et certains en ont même appelé aux lois fédérales. Et même si Patty Jenkins ne se retrouvait pas dans cette idée, le film a fait à nouveau pas mal parler de lui et a de nouveau rapporté pas mal d’argent!

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Sisters are doin it for themselves

Retour aux protagonistes féminines. Cela fait longtemps que l’on entend le reproche qu’il y a trop peu de rôles principaux intéressants. À nous d’y veiller, se sont dit Reese Witherspoon et Nicole Kidman. Sisters are doin it for themselves, chantait Eurythmics en 1985 déjà. C’est ainsi que ces deux stars ont sorti «Little Big Lies», dans lequel elles ne jouaient pas seulement les rôles principaux mais où elles tiraient aussi les ficelles en coulisses en tant que productrices. «Cela fait 25 ans que je suis la seule femme sur le tournage et que je n’ai personne à qui parler. On appelle ça le syndrome de la Schtroumpfette», a déclaré Reese Witherspoon lors de la présentation de la série. «Les talents féminins sont utilisés pour jouer encore et encore la femme ou la petite amie de quelqu’un, j’en ai eu mon compte! Je veux changer les choses! Je veux voir plus de films avec des femmes telles qu’elles sont vraiment, et avec des expériences que des femmes ont vraiment vécues!» Et cela a marché, car cette série encensée diffusée sur HBO a remporté pas moins de quatre Golden Globes. Et ce pour une série faite par des femmes!

Se sentir bien dans son corps

C’est encore plus difficile pour les femmes qui ne sont ni blondes ni blanches ni connues. Cette année, la remise des Oscars était placée sous le signe des femmes, mais #OscarsSoWhite est encore toujours frais dans les mémoires. Il est difficile de prouver si depuis quelque chose a changé ou pas dans l’industrie. Le succès de cet autre film de superhéros, «Black Panther», laisse entrevoir que oui. Jamais auparavant on n’avait vendu autant d’entrées à l’avance pour un film Marvel. Le film n’est pas seulement une réponse géniale à #HollywoodSoWhite, mais donne aussi aux femmes les rôles qu’elles méritent. Letitia Wright joue Shuri, la sœur de Black Panther, mais aussi la personne la plus intelligente au monde. Le guerrier le plus important est aussi une femme, Okoye, jouée par Danai Gurira. Enfin, la toujours impressionnante oscarisée Lupita Nyong’o se glisse dans la peau de l’espionne principale Nakia.

Cela fait déjà longtemps que Lupita Nyong’o plaide en faveur de plus de femmes noires dans l’industrie du cinéma. Elle remet aussi en question l’idéal de beauté. Dans le temps, elle avait même espéré avoir la peau moins foncée, surtout parce qu’il n’y avait aucun modèle qui lui ressemblait. Pour épargner aux petites filles ces pensées, l’actrice kenyane a écrit un livre pour les enfants. «’Sulwe’ parle d’une fille qui vit des aventures passionnantes et se réveille avec un sentiment retrouvé de beauté. Elle apprend des leçons, que nous avons apprises enfants mais que nous avons oubliées adultes. C’est en principe une histoire pour de jeunes enfants, mais j’espère que des personnes de tout âge s’en inspireront. Tout le monde doit pouvoir se sentir bien dans son corps et dans sa peau», a indiqué l’actrice à ce propos.

D’icône glamour à combattante humanitaire

Angelina Jolie utilise sa notoriété pour rendre le monde un peu meilleur. Elle est passée de symbole sexuel à combattante humanitaire. Dans son cas, cela va encore plus loin que de remplir de temps à autre une mission en tant qu’ambassadrice des nations unies. C’est ce qui est apparu dans des documents de la Cour Internationale de Justice de La Haye qui ont fuité et qui ont révélé qu’Angelina Jolie aurait été utilisée pour piéger le criminel de guerre Joseph Kony.

L’ancien procureur général Luis Moreno Ocampo avait demandé en 2012 à la star d’Hollywood de rencontrer le chef de guerre en Ouganda à l’occasion d’un dîner. Brad Pitt serait aussi de la partie, mais en tant que «mari de». Des unités spécialisées de l’armée américaine arrêteraient Joseph Kony par la suite et l’amèneraient devant la justice internationale. Finalement le projet n’a pas eu de suite parce que Luis Moreno Ocampo s’est montré un peu trop enthousiaste envers la superbe Angelina Jolie, mais c’est en tout cas révélateur de sa motivation. L’Argentin se serait aussi adressé à George Clooney et Sean Penn, qui n’auraient pas donné suite.

C’est aussi révélateur de la puissance de Hollywood, puisque même les grands méchants fléchissent devant les paillettes et le glamour. Et ce, avec une femme dans le rôle principal. C’est à espérer que cela soit aussi révélateur de la position de la femme, qui peut effectivement imprimer sa marque et doit être évaluée à sa vraie valeur.