Sophie Marceau: « J’avais envie d’une bulle, d’un truc léger »

332
Photo Thibault Grabherr

Onze ans après « La Disparue de Deauville », Sophie Marceau repasse derrière (et devant) la caméra pour « Mme Mills », un film léger… très très léger, dont elle signe également le scénario.

D’où vous est venue cette envie d’écrire et réaliser une comédie?

Sophie Marceau: « J’ai fait plein de comédies comme actrice, et j’en ai vu plein d’autres comme spectatrice. Et c’est venu tout naturellement. Le film est d’abord né de cette idée de déguiser un homme en femme. Comme quoi, parfois, il suffit de peu pour broder et partir sur des trucs fous. J’avais surtout envie d’un film optimiste, d’une bulle, d’un truc léger. J’avais envie de sortir de cette grisaille et que ça peut être possible d’imaginer la vie autrement. Je voulais donc trouver des personnages qui sortent d’un roman, et qui vont eux-mêmes vivre un roman. »

Votre précédent film en tant que réalisatrice date déjà d’il y a onze ans.

SM: « J’aurais aimé faire les choses plus vite mais c’était peut-être parfois par manque de confiance. Je me suis déjà demandé ‘pourquoi je lâche cette idée’. J’ai fait aussi des films comme actrice. Et l’écriture demande quand même une rigueur, une discipline et beaucoup de temps. Là, j’avais envie d’air, de légèreté, et je me suis consacrée à ça. »

Pierre Richard vous est directement venu à l’esprit?

SM: « Non. Je n’avais pensé à personne en particulier. J’imaginais juste un personnage. Mais Pierre est tellement rentré comme une main dans un gant dans ce personnage qu’il l’a vraiment fait vivre. »

Et quand Sophie Marceau vous contacte pour jouer une vieille Américaine excentrique, qu’en avez-vous pensé?

Pierre Richard: « Elle m’a d’abord envoyé le scénario. En tant qu’acteur, je me suis dit que j’allais vraiment m’amuser à faire cela, et je lui ai dit oui. Mais je n’avais pas vu du tout ce que cela allait impliquer. Mais alors, vraiment pas… »

SM: « Tu as quand compris qu’il fallait te raser, non (rires)? »

PR: « Même pas. Tout ce que je voulais, c’était de tourner avec Sophie Marceau. C’était une chose à laquelle je ne m’attendais pas, et qui était amplifiée à chaque fois que j’en parlais à mon entourage. On me disait: ‘Quoi Oh la vache! Oh le salaud! Tu vas vraiment tourner avec elle?’. Je me suis donc dit que ça devait être important. Et je répondais ‘Et oh! Je fais sa copine’ (rires). Un mois avant le tournage, on s’est vu tous les jours, on répétait. Être metteur en scène et acteur en même temps, c’est très difficile, c’est un double travail. On doit être objectif derrière la caméra, on doit voir tout. Et puis on redevient subjectif en repassant devant la caméra, et on s’oublie soi-même. Et tout cas, c’était vraiment amusant pour moi d’avoir, pour une fois, un metteur en scène qui était aussi actrice. »

On sent une rythmique dans la comédie entre vous deux. Il y a eu beaucoup de répétitions?

SM: « C’était important parce qu’on avait beaucoup de scènes dans un même décor, et Pierre avait beaucoup de choses à faire. Il fallait chorégraphier tout cela, et déjà pour que la mise en scène vienne des acteurs. C’est un peu une comédie burlesque. C’est important de filmer les actions, les silhouettes des acteurs. Les répétitions, c’est une façon d’apprendre à se connaître, à se faire confiance. On peut voir comment l’autre réagit. Mais Pierre a le rythme, le tempo. Tout a un rythme dans la vie. Même lent, mais il faut qu’il soit élastique pour être attractif. Ne jamais lâcher le spectateur. Avec Pierre, c’est formidable parce qu’il a un rythme insensé. »

Votre personne est éditrice de roman à l’eau de rose. Pourquoi ce métier et pas un autre?

SM: « Parce que, malgré sa vie un peu tristounette, c’est quelqu’un qui a la capacité de se projeter dans un autre monde, qui est celui de ses fantasmes. Elle est encline à l’imaginaire et à la rêverie. Je pouvais aussi en faire un personnage un peu plus triste dans sa vie, mais sans qu’elle ne soit que grise, et propice à ce qui va lui arriver. Tout ce qui va se passer avec Mme Mills lui arrive parce qu’elle est encline à l’aventure. Elle part dans son délire. Mais je pense qu’on a tous ça en nous. On a notre vie, parfois on l’a subi, et on a tous ces moments où l’on s’échappe. Heureusement, d’ailleurs. On a ce petit bout de rêve où tout est possible. Et finalement, tout va être possible dans ce film. »

On sent une part de vous-même dans ce personnage.

SM: « Ce que j’ai envie de dire, c’est que les gens qui lisent des ‘gossip’ aillent voir les films. Ils en apprendraient plus sur les gens. Parce qu’écrire un film, le jouer et le réaliser, c’est donner énormément de soi-même, même inconsciemment. Parce qu’on écrit avec sa sensibilité, et donc on dévoile une bonne dose de soi. »

Et il y a une part de vous-même dans Mme Mills?

PR: « Non parce que ce n’est pas moi qui l’ai écrit. Je ne suis que l’interprète. Ce qui m’amuse aussi, c’est que quand je ne suis pas Mme Mills, je suis aussi quelqu’un d’autre, un escroc, voire même carrément un enfoiré. Je suis quand même là pour lui piquer un truc et pas pour ses beaux yeux. Mais là où on se retrouve, c’est qu’elle rêve tous ses personnages, et moi j’arrive et je lui donne un sacré coup. Elle était un petit brasier qui ronronnait, et moi j’envoie une bouteille d’alcool. »

Y a comme un côte ‘Tootsie’ dans ce film.

SM: « Oui il y a un peu de çà, et d’autres films où les acteurs se déguisent en femme comme ‘Certains l’aiment chaud’. Mais j’avais surtout beaucoup aimé ‘Florence Foster Jenkins, avec Meryl Streep et Hugh Grant. Parce que le personnage croit en ses rêves. Elle est magnifique. Elle est mythomane, mais belle et généreuse. C’est ça qui l’aide à vivre. J’aime quand on s’autorise des choses. »

Pierre Jacobs

(Découvrez la vidéo sur mobile)