Un champignon «dévoreur» de salamandres

Ph. Thierry Kinet

Une maladie virulente qui «dévore» les salamandres se répand en Wallonie. Une étude menée par l’Université de Gand, à laquelle Natagora est associée, dévoile les mécanismes de cette maladie et ses conséquences dramatiques.

Un champignon microscopique baptisé «Batrachochytrium salamandrivorans» (les scientifiques le nomment «Bsal») peut conduire à la disparition complète de populations de salamandres. En avril 2014, plusieurs dizaines de cadavres ont été signalés près du barrage de Robertville, en province de Liège. C’est à ce moment que l’Université de Gand s’est penchée sur la problématique.

Après deux ans d’étude, les résultats sont alarmants: en l’absence d’apparition de mécanismes de résistance au pathogène, aucun signe de rétablissement n’est observé dans la nature.

Ph. Stephane Viseur

En laboratoire, un traitement peut être appliqué aux salamandres mourantes, permettant de les sauver. Mais elles peuvent à nouveau être atteintes lors d’une nouvelle exposition. Il n’existe pour l’heure aucun moyen de leur faire développer une immunité.

Un champignon coriace

Le «Bsal» produit deux types de spores: des spores mobiles et immobiles. Les premières nagent activement vers leur hôte, les deuxièmes, encapsulées, sont très résistantes et ont une durée de vie de plusieurs semaines. Ces spores immobiles flottent à la surface de l’eau et adhèrent notamment aux pattes des oiseaux qui peuvent les disséminer sur de longues distances. Les promeneurs peuvent aussi propager la maladie, en transportant le champignon sur leurs chaussures et vêtements.

Des salamandres saines peuvent en outre être contaminées par d’autres espèces qui ont été en contact avec le pathogène mais qui sont, elles, plus résistantes. Les salamandres sont donc en particulier extrêmement vulnérables à la maladie.

Quelles solutions ?

La mesure principale pour tenter de réduire la propagation par les promeneurs du «Bsal» est de laisser les chaussures et vêtements une nuit sur le radiateur. À terme toutefois, les auteurs de l’étude craignent que la maladie, qui touche désormais les Pays-Bas, la Belgique et l’Allemagne, se répande en Europe. Ils préconisent le maintien en élevage des espèces européennes.

Pour tenter de trouver des réponses, l’Union européenne a chargé un consortium d’institutions de recherches de définir la répartition de «Bsal» en Europe, de proposer un système d’alerte dès les premiers signes d’arrivée de la maladie dans de nouvelles régions et de développer des plans d’actions d’urgence. En Belgique, un plan d’action a également été lancé dans les trois régions.

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