Les femmes « prennent la clé des champs »

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AFP / Damien Meyens

Pour elles « le bonheur est dans le pré ». Cheffes d’exploitation, cogérantes ou salariées, les femmes, longtemps reléguées au second plan derrière leurs maris, s’affichent aujourd’hui sur le devant de la scène, donnant une image plus moderne du monde paysan.

Selon les chiffres du dernier rapport sur l’évolution de l’économie agricole et horticole de la Wallonie 2017, les femmes représentent aujourd’hui quasiment 30 % de la main-d’œuvre nationale dans le secteur. Bien qu’elles dominent toujours la catégorie des conjoints d’exploitants (91,8 % en Belgique et 90,1 % en Région Wallonne), elles sont quasiment un quart en Wallonie (contre 11,6 % en Belgique) à occuper la place d’exploitants à temps plein et 22,7 % à temps partiel (21,1 % sur l’ensemble de la Belgique). En France, l’avancée dans le domaine est encore plus significative avec la nomination il y a un an, de Christiane Lambert, éleveuse de porcs du Maine-et-Loire, à la tête de la Fédération nationale des syndicats des exploitants agricoles.

En réalité, les femmes ont toujours travaillé dans l’agriculture… mais dans l’ombre du mari. « Elles n’avaient pas de statut, elles n’étaient pas considérées comme des professionnelles », remarque le sociologue Ali Aït-Abdelmalek, spécialiste du monde rural. Selon lui le terme même d’ agricultrice » n’est apparu qu’en 1979 dans le dictionnaire. « On n’est plus la femme de… On a un statut et même de l’avance sur les femmes des commerçants et des artisans », insiste Mme Mehouas, ancienne ambulancière dans le Morbihan, aujourd’hui à la tête d’un élevage de porcs à Fréhel (Côtes-d’Armor). Pour elle « c’est un métier où l’on s’épanouit » et « on a envie d’attirer encore plus de femmes ».

Diplômées et formées

Qui sont les nouvelles agricultrices ? « Elles ne sont pas toutes issues du milieu agricole. Elles sont diplômées et formées, non seulement techniquement, comme les garçons, mais aussi en sciences sociales et humaines ou en sciences agronomiques », remarque le sociologue.

En majorité, « elles viennent de milieux para-agricoles, ont des parcours de formation plus élevés que les hommes et leur âge moyen est de 29 ans », selon Mme Even, présidente de la chambre d’Agriculture des Côtes-d’Armor. Dans les exploitations « il n’y a aucun poste qui les bloque : elles sont machinistes, inséminatrices… », relève Mme Gain Nabila Gain, chargée de la parité pour la chambre d’agriculture dans le même département français. « L’automatisation et la mécanisation ont rendu les métiers moins pénibles et donc plus accessibles aux femmes », selon elle.

« Le regard de la société concernant le rôle des femmes, et sur la place de l’agriculture a considérablement changé », estime M. Ait-Abdelmalek. En dehors de la ferme, « nous sommes habillées comme tout le monde, nos maisons sont comme celles de tout le monde, et dans une fête on ne distingue pas une agricultrice de n’importe quelle autre femme », note Mme Mehouas.