Andrew Garfield : « La vulnérabilité est une force »

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crédit : Cinemien

Londres – Propulsé superstar il y a quelques années en incarnant Spider-Man au ciné, Andrew Garfield n’a jamais caché son côté sensible. Il a même confié avoir versé une larme la première fois qu’il a enfilé le costume de l’homme-araignée ! Depuis la clôture de la saga, on l’a vu explorer la spiritualité dans ‘Silence’ de Scorsese, et la brutalité de la guerre dans ‘Hacksaw Ridge’ de Mel Gibson. Dans ‘Breathe’, il joue un homme paralysé qui reprend goût à la vie grâce à l’amour de sa femme. Rencontre avec un acteur qui aime défier les clichés sur la masculinité.

 

 

Ce rôle n’a rien à avoir avec Spider-Man, pourtant il y a un point commun en termes d’exigence physique, même si très opposées ! Dans le premier c’était beaucoup d’action, ici c’est le contraire : vous êtes paralysé…
Andrew Garfield : « Oui, ce rôle, c’était un défi fascinant à relever. Mais au-delà du challenge physique, c’est surtout l’histoire de Robert et Diana qui m’a énormément touché. Ce qui leur est arrivé aurait pu les détruire, mais ils ont décidé de défier la mort, tous les jours, pour vivre leur vie au maximum. Risquer de mourir à chaque fois que vous respirez, c’est sûr que ça vous fait voir la vie autrement. Ce qui était intéressant dans l’aspect physique du rôle, ce n’était pas tellement le physique, justement, mais le rapport avec les émotions : que faire quand vous voyez votre fils à deux doigts de se blesser, et que vous ne pouvez rien faire pour le protéger ? Que faire quand vous ne pouvez pas être le père que vous aviez imaginé pour vos enfants ? Comment réussir à sublimer cela, transformer cette frustration en action, en quelque chose qui vous satisfait ? Je crois que c’était la question centrale de la vie de Robin et Diana. »

Jonathan Cavendish, le fils de Robin et Diana, a coproduit le film. Vous a-t-il aidé ?
« Jonathan, Diana, tous leurs amis… ils se sont tous montrés très disponibles. Ils adoraient parler de Robin. Ils l’aimaient énormément, et ça se ressent. J’ai passé des mois avec eux avant le tournage, on a ressorti les vieux albums photo, j’ai même parlé aux docteurs… J’ai eu accès à énormément de choses, c’était très inspirant. »

Le vrai Robin Cavendish avec son fils Jonathan. (source : news.com.au)

Claire Foy joue votre épouse dans le film. Elle est devenue célèbre récemment grâce à la série ‘The Crown’. Vous qui êtes habitué depuis plus longtemps à la célébrité, lui avez-vous donné des conseils ?
« Oh non (rires). C’est peut-être juste moi, mais je ne vois pas ma carrière, ou la sienne, de cette façon. Sa célébrité est plus récente, mais elle est plus âgée que moi à l’époque où Spiderman est arrivé, donc elle est plus mature que je ne l’étais ! Elle sait mieux gérer tout l’aspect insensé du métier, ce qui n’était pas mon cas. J’avais 26 ans, je crois, et même si à cet âge-là on ressemble à un adulte, je n’en étais pas un. J’avais encore un côté enfantin, et c’était très difficile à concilier. Vous me direz, que penser de tous ces jeunes qui deviennent célèbres à 16 ans ? Personnellement je ne souhaiterais pas cela à mon pire ennemi. »

Comment avez-vous fait pour gérer ?
« Oh, mon Dieu… C’est dur de parler de ça, parce que c’est très compliqué, mais… c’est les amis, la famille, et être le plus honnête possible avec moi-même qui ont aidé, au fond. C’est important de ne pas rentrer dans le jeu des louanges ou des critiques. C’est un effort constant – particulièrement quand, comme ici, on démarre un cycle de promotion pour un film. Les interviews, les tapis rouges, tout ça, je crois que je ne m’y habituerai jamais vraiment. Et tant mieux. Je trouve que ce n’est pas un environnement très naturel pour un être humain. Pouvoir s’extraire de ça, réussir à ne pas le prendre au sérieux, c’est le but ultime. »

Vous avez dit que la force de ce personnage, c’est qu’il arrive à laisser quelqu’un s’occuper de lui… c’est un commentaire sur votre vision de la masculinité ?
« Je pense qu’il y a beaucoup de faux dans cette idée de la masculinité et de la force, notre idée de ce qu’est ‘un homme, un vrai’. Il y a cette phrase que je cite souvent : ‘Big boys don’t cry, but real men do’ (les grands garçons ne pleurent pas, mais les vrais hommes si, NDLR). La vulnérabilité est une force. L’autre jour j’ai vu cette vidéo incroyable de Jimmy Kimmel (présentateur américain, NDLR) en train de pleurer devant des millions de gens suite à ce qui s’est passé à Las Vegas (l’interview a eu lieu une semaine après la fusillade la plus mortelle des Etats-Unis à ce jour, le 1er octobre 2017, NDLR). C’était saisissant à voir, ce genre de courage et d’honnêteté à la télé. Et c’est dommage que ce soit saisissant, parce que je pense que c’est de ça qu’on a besoin : de l’honnêteté totale face à ce qui se passe dans le monde actuellement. Bombarder quelqu’un ne résoudra jamais rien, c’est un terrible manque d’imagination, c’est une réponse facile. La compassion et l’empathie sont les seules réponses, et c’est de là que l’action doit partir. Donc je suis ravi quand je vois des hommes redéfinir le sens de masculinité, comme Kimmel l’a fait. Et en ce qui concerne Robin, il avait la fausse impression que, parce qu’il était l’homme de la maison, il devait se montrer toujours fort, et ne jamais avoir besoin d’aide. Et ce qui lui arrive va détruire cette perception, et le libérer de cette fausse idée. Il a laissé cette femme forte s’occuper de lui. »

Vous avez aussi l’impression de ne pas coller aux stéréotypes masculins ?
« Je pense que j’ai toujours eu ce sentiment, oui. Peu importe si le monde vous dit qu’avoir besoin des autres est un signe de faiblesse, et que la faiblesse est perçue comme quelque chose de mauvais. Cette idée fausse que « être un mec c’est être tout le temps fort », c’est dangereux, ça crée une honte intériorisée, et ça conduit beaucoup d’hommes au suicide. »

En parlant de destruction des stéréotypes, le film aborde aussi cela en termes de sexualité, quand Robin fait comprendre à Diana qu’il comprend qu’elle aille voir ailleurs… »
« Eh bien oui, c’est un besoin naturel, et quand Robin ne peut plus satisfaire ce besoin pour Diana, la question est abordée. C’est quelque chose de très délicat, particulièrement pour les Anglais, avec nos siècles de répression sexuelle (rires). Je trouve que le film aborde cela avec pudeur et respect. Il y a une scène entre eux qui résume bien les choses (rires). Au final, c’est un acte d’amour, il voulait voir sa femme épanouie et heureuse, y compris sexuellement. Ça a dû être une grande leçon d’humilité pour lui. Tout ce qu’il a vécu avec la maladie aussi, bien sûr, mais ça aussi, particulièrement.

La dernière fois que vous avez pleuré devant un film ?
« Je n’ai pas vu de films récemment, mais ‘It’s a wonderful life (La vie est belle) » (Frank Capra, 1946, NDLR) me fait pleurer à chaque fois. »

 

Notre avis

En 1958, Robin Cavendish (Andrew Garfield) est un jeune homme sportif et aventureux de 28 ans, follement amoureux de sa jeune épouse Diana (Claire Foy). Les tourtereaux sont en voyage au Kenya quand ils sont frappés par une tragédie. Aujourd’hui pratiquement éradiquée, la polio faisait à l’époque des milliers de victimes. Incapables de respirer ou bouger sans machines, les patients vivaient à l’hôpital enfermés dans un poumon d’acier. Au début, Robin envisage le suicide, ne voulant pas condamner sa jeune épouse à une vie d’infirmière à ses côtés. Mais Diana ne veut rien savoir : elle l’aime, et elle l’aidera. Ensemble, ils trouveront un moyen de le faire sortir de l’hôpital, et grâce à une chaise roulante avec respirateur intégré, ils pourront même voyager. On lui avait prédit 3 mois à vivre, et Robin Cavendish a vécu 30 ans de plus. Pour son premier film derrière la caméra, le comédien Andy Serkis (oui, le méchant de ‘Black Panther’) a choisi de raconter cette incroyable histoire vraie. Biopic classique en termes de mise en scène, la force de ‘Breathe’ est dans la résilience et l’amour de ses (vrais) héros. Le fils de Robin et Diana, qu’on voit grandir à l’écran, a d’ailleurs coproduit le film. Respirez un grand coup, et préparez vos mouchoirs, vous en aurez besoin, pour vous ou votre voisin !

 

Elli Mastorou