ODD: La pauvreté recule, mais reste une réalité

Ph. D.R

Eradiquer la misère reste un des grands défis de l’humanité. Si l’extrême pauvreté n’est qu’un phénomène marginal en Belgique, on y compte tout de même 20,7% d’habitants en risque de pauvreté.

Eradication de la faim dans le monde, accès à une énergie propre, préservation de la biodiversité… L’Onu a adopté en 2015 un ensemble de 17 objectifs de développement durable (ODD). D’ici 2030, ils doivent mettre le monde sur la voie du développement durable, en se préoccupant des problèmes économique, social, et écologique. Chaque semaine, Metro green se penche sur l’un de ces objectifs.

Le nombre de personnes vivant dans l’extrême pauvreté a diminué au cours des dernières décennies. On comptait en 2015 quelques 836 millions de personnes vivant avec moins de 1,25 $ par jour, contre 1,9 milliard en 1990. L’Onu souhaite en finir avec cette extrême pauvreté d’ici 2030. « La croissance économique rapide dans des pays tels que la Chine et l’Inde a sorti des millions de personnes de la pauvreté », se félicite le Pnud (Programme des Nations unies pour le développement). « Mais ce progrès est aussi réparti de façon inégale. Et les femmes sont proportionnellement davantage exposées à la pauvreté que les hommes, en ayant moins accès qu’eux au travail rémunéré, à l’éducation et à la propriété. »

Outre l’extrême pauvreté, la communauté internationale s’est donnée pour objectif de réduire de moitié au moins le nombre d’individus vivant dans toutes les formes de pauvreté, selon sa définition dans chaque pays. En Belgique, le seuil de pauvreté s’établit à 1.083 € par mois pour une personne vivant seule et à 2.274 € pour un ménage composé de deux adultes et de deux enfants. Selon le SPF Sécurité sociale, 14,9% des habitants du pays vivent en dessous de ce seuil.

Les pistes de l’Onu

Pour sortir de cette situation, les Nations unies recommandent de mettre en place des systèmes et mesures de protection sociale pour tous. D’ici 2030, « une part importante des pauvres et personnes vulnérables » devra en profiter. Elles insistent également sur le besoin de « garantir l’accès aux services de base, à la propriété, aux nouvelles technologies, et à des services financiers adéquat, y compris la microfinance ».

Tant la garantie de l’accès à des aides financières que le développement d’un socle de protection social coutera cher. L’Onu recommande donc de recourir à des sources de financement « multiples », alors que les Etats disent ne disposer que de capacités budgétaires limitées. Le secrétaire général de l’Organisation de Coopération et de

Développement Economique (OCDE), Angel Gurria, estime ainsi que « nous n’atteindrons pas nos objectifs sans le secteur privé, car chaque pays a ses contraintes budgétaires ». Les ONG recommandent toutefois d’être prudent avec ce genre de partenariat. Le CNCD 11.11.11 rappelle ainsi que « la privatisation de services et d’infrastructures publiques et induisent des coûts disproportionnés pour le secteur public et les personnes affectées. »

 

 

« Un quart des Européens est en risque de pauvreté »

L’Europe a encore beaucoup à faire pour réduire le risque de pauvreté. « On y arrivera pas sans une réelle volonté politique », remarque Leo Williams, du réseau européen de lutte contre la pauvreté.

L’Europe a aussi été appelée à agir pour réduire la pauvreté…

« C’est un des aspects intéressants des Objectif de développement durable : il s’agit d’un cadre global, qui demande à tous les pays du monde de faire des efforts. En Belgique, plus de 150.000 personnes se sont tournés vers une banque alimentaire en 2017. C’est 30% de plus qu’en 2012 ! 20,7% de la population vit dans un risque de pauvreté (un indicateur légèrement différent du seuil de pauvreté, ndlr). »

Qu’est-ce que la pauvreté en Europe ?

« Vivre dans le risque de pauvreté signifie disposer d’un revenu disponible inférieur à 60% du revenu médian, être en situation de privation matérielle sévère ou vivre dans un ménage à faible intensité de travail. Au niveau européen, ce chiffre est de 23,5%. Le fait qu’un continent riche comme le nôtre permette à un près d’un quart de sa population de vivre dans cette situation est inacceptable. »

L’Europe est-elle en bonne voie pour réduire ce chiffre ?

« Il faudra faire mieux. Depuis 2008, le nombre de personnes à risque de pauvreté est passé de 116 à 117 millions, même si cela signifie une très légère baisse en proportion, de 24 à 23,5%. Mais en 2008, l’UE s’était fixé pour objectif de réduire ce chiffre de 20 millions. »

Comment faire ?

« La pauvreté est la conséquence de choix politiques. Pour le moment, la priorité est donnée au progrès économique plutôt qu’au progrès social. Il faudra une véritable volonté politique pour inverser la tendance. On entend parfois de belles paroles à ce sujet. Cela doit se traduire par une stratégie claire, qui concerne tous les secteurs de la société, de l’éducation à la formation en passant par le marché de l’emploi. Pour prendre un exemple concret, une amélioration de la situation peut, par exemple, passer pas un revenu minimum garanti. Il doit être un socle de protection social dont on assure l’accessibilité à tous. »

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