MiNT : C’est la Saint-Valentin (et je ne connais même pas ces gens)

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Ph. D. R.

Cette semaine de trêve (où nous trichons sur le calendrier musical de nos propres habitudes de publication), double plongée au plus profond de l’Ouest américain avec deux auteurs-compositeurs-rêveurs qui ont quelques accords à régler avec la Saint-Valentin.

Greg Laswell – What Do I Know?

Je ne sais pas rien de ce qui m’attire chez Greg Laswell. Serait-ce la ville où il est né (San Diego), si chère à mémoire, où j’ai tant de fois juré que j’y installerais, si possible pas trop loin de La Jolla, pour côtoyer un jour Grace et Frankie dans les rayons de Trader Joe’s ? Ou est-ce cet espèce de crescendo lent et ces orchestrations amples qui continuent de me parler au fil des années ? Pourquoi cette absence de lassitude, après autant d’albums qui disent à peu près tous la même chose, mais avec d’autres mots, qui disent si bien l’indicible ? Est-ce de l’avoir un jour entendu chanter dans l’une ou l’autre série télé – Grey’s Anatomy, je crois – ? Ou vu sur (une toute petite) scène de San Francisco ? Un mélange infernal de tout cela.

Je ne sais pas non plus pourquoi la première écoute de son dernier single, What do I know?, m’a autant transporté. Le single est, il est vrai, arrivé sans avertissement, au petit bonheur l’absence, jeudi dernier (soit 24h avant l’avalanche des sorties programmées). Immédiatement garni d’un clip (l’œuvre de son amie Nicole Martin), qui explique mieux que jamais cette ambiguïté qui conduit un jour à croiser la musique de grand garçon de 44 ans : on est certain qu’il détient une vérité universelle, mais on ne saura pas laquelle. On lit les paroles qui défilent (sa marque de fabrique) dans les clips et on tente de comprendre. Et plus on tente de comprendre, plus la rationalité est sans issue. Comme ces images monochromes qui s’animent durant le clip (posté sur Youtube le 7 février), qui nous emmènent avant-hier, dans notre mémoire (ou peut-être celle de ceux qui nous ont précédé).

Avec sa voix grave de Leonard Cohen, Greg Laswell fait vibrer ceux et celles à l’intérieur desquels il fait sombre (une grande partie d’entre-nous, j’en conviens). Comme Kate Bush avant lui, dont il a métamorphosé This Woman’s Work, il n’en finit pas d’épaissir son propre mystère à mesure qu’il explore, un peu plus loin, les êtres humains, leurs fichues peines de cœur, avec les mots d’un dictionnaire qui aurait perdu son latin.

 

Vous avez mordu à l’hameçon ? Après This Woman’s Work, offrez-vous sa très haute définition de Girls Just Want To Have Fun, puis enfoncez-vous un peu plus dans son univers perdu avec Play That One Again (2016) pour ne jamais remonter à la surface de Come Back Down (avec Sara Bareilles en 2012). Gomette de la subtilité (dans une langue pourtant si objective) pour ces paroles qui disent : « All of your wallowing is unbecoming. »

Olde Wise – Where’s Your Heart At?

Le temps (les limites de cet exercice hebdomadaire) presse : de la Californie au Colorado, sans beaucoup changer la colorimétrie, avec Olde Wise, un projet qui se présente comme une « collection de chansons folk écrites par Tucker Neff Ewing », auteur-compositeur-interprète. Where’s your heart at?, demande le chanteur barbu. Des histoires de cœur, encore. Aurait-on finalement plutôt bien choisi notre semaine ?

Les découvertes musicales de MiNT, du lundi au vendredi à 11h30 et 18h30 sur MiNT.be et l’application MiNT.