Des adieux en beauté: les 7 plus beaux rôles de Harry Dean Stanton

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Allo ciné / Magnolia Pictures

Le 15 septembre 2017, un des plus grands acteurs de composition américains de ces cinquante dernières années nous quittait. Harry Dean Stanton n’était en effet pas un acteur ordinaire. Le réalisateur qui faisait appel à lui savait qu’il mettait d’emblée aussi une bonne dose d’expérience de vie, de crédibilité et d’émotion pure dans son film. Stanton avait fait ses débuts au mitan des années 50 et, durant sa longue carrière, il n’a jamais déçu. Pas facile donc de faire une sélection de ses 7 plus beaux rôles — outre son excellent travail dans le nouveau film ‘Lucky’ (voir critique). Nous faisons quand-même une tentative.

Cool Hand Luke (1967) (Luke la main froide)

Harry Dean Stanton était autant chanteur qu’acteur dans l’âme, et il aimait le montrer. “A un moment donné, j’ai dû décider quelle carrière je voulais,” raconta-t-il un jour. “J’ai choisi d’être acteur, car je me suis dis que je pourrais alors faire les deux.” Dans ‘Cool Hand Luke’, le premier film où Stanton s’est vraiment fait remarquer, son vœu est déjà exaucé. On le voit à peine dans ce drame carcéral classique avec Paul Newman — il joue le codétenu à la guitare — mais on l’entend en permanence sur la bande originale. Sa voix de ténor prenante confère au film une tristesse qu’il n’aurait jamais eue autrement.

 

Alien (1979)

Fils d’un tabaculteur et d’une cuisinière du Kentucky, Stanton était un vrai ‘blue collar’. Cette attitude ‘no bullshit’, pas de baratin, il l’avait aussi à l’écran. Dans l’oppressant ‘Alien’ de Ridley Scott, bijou de la science-fiction, Stanton joue d’ailleurs un des mécaniciens chargé de veiller au bon fonctionnement du vaisseau spatial Nostromo. Il ne fait pas grand cas des officiers et se plaint facilement — avec un clin d’œil — des salaires et des primes. A nouveau, Stanton n’a pas besoin de beaucoup de dialogues pour construire un personnage cohérent et attachant. Si ‘Alien’ s’avère finalement une chasse au monstres si intense et terrifiante, c’est certainement grâce aussi à l’humanité qui émane de Stanton et ses partenaires.

UFD

Paris, Texas (1984)

Harry Dean Stanton a peu endossé de vrais premiers rôles, mais le tout premier est tout de suite devenu un classique. L’acteur avait alors déjà 58 ans (et 30 ans de métier), et cette expérience de la vie suinte par tous les pores du film de Wim Wenders. Stanton joue Travis, un homme mystérieux qui erre sans but dans le désert. Le film dure déjà depuis une demi-heure quand il se met à parler pour la première fois. Finalement, son frère le ramène à sa femme et son jeune fils, qu’il n’a plus vus depuis quatre ans. Nous découvrons petit à petit ce qui s’est passé à l’époque, mais en réalité les yeux tristes de Stanton racontent déjà toute l’histoire depuis le début du film. “J’aurais très bien pu vivre avec l’idée que ce serait mon dernier film,” déclara-t-il plus tard, satisfait.

Tamasa Distribution

Repo Man (1984)

Stanton était non seulement un acteur dramatique plein de talent, il possédait aussi un excellent timing comique. Si un réalisateur lui offrait une occasion de s’éclater, il ne la laissait pas passer. Dans le futuriste ‘Repo Man’, par exemple, il incarne un agent chargé de saisir les véhicules des mauvais payeurs, qui apprend au jeune personnage principal les ficelles du métier. Au départ, le rôle était destiné à Dennis Hopper, et on peut parfaitement imaginer quel genre de personnage celui-ci aurait campé. Aux mains de Stanton cependant, le personnage devient un homme non seulement capable de dire et de faire les choses les plus timbrées, mais doté aussi d’un petit côté étonnamment tragique.

 

Pretty in Pink (1986) (Rose bonbon)

Le réalisateur américain John Hughes est devenu mondialement célèbre avec ses histoires tragicomiques sur les problèmes sentimentaux et les problèmes de la vie auxquels sont confrontés les adolescents (‘The Breakfast Club’, ‘Sixteen Candles’). ‘Pretty in Pink’, par exemple, parle d’une jeune fille, Samantha, qui ne parvient pas à choisir entre un garçon sensible et un beau gosse fortuné. Mais le vrai cœur du film est à chercher auprès de Jack (Stanton), le père de Samantha, qui se reproche d’avoir complètement échoué dans son rôle d’adulte. Il voudrait tout donner à sa fille et être un véritable roc pour elle, mais il a toutes les difficultés du monde à rester debout. Et Stanton joue ce rôle de second couteau avec une telle émotion déchirante qu’on a hâte qu’il revienne à chaque fois qu’il disparaît de l’écran.

 

The Straight Story (1999) (Une histoire vraie)

Harry Dean Stanton et David Lynch ont travaillé ensemble à sept reprises, quelques fois pour la télévision (dont la suite récente de ‘Twin Peaks’) et quatre fois pour le grand écran. Lynch a toujours été un grand fan de l’acteur, dont il vantait l’authenticité et le caractère cordial. Stanton était par conséquent le choix idéal pour un rôle crucial dans ‘The Straight Story’: le frère qui traverse tout l’état Iowa sur une tondeuse à gazon pour rendre visite au vieux personnage principal. A nouveau, Stanton n’a qu’une poignée de minutes pour apporter sa contribution au film, et à nouveau il atteint minutieusement son but. Un exemple époustouflant de crédibilité. Un détail sympa à noter: Lynch joue lui-même dans le dernier film de Stanton, ‘Lucky’.

 

Big Love (2007-2009)

Stanton a alterné cinéma et télévision tout au long de sa vie. Une de ses interprétations les plus frappantes pour la télévision ces dernières années était dans ‘Big Love’, une série d’HBO sur le monde des mormons et de la polygamie. Le personnage de Stanton, Roman Grant, était le grand méchant de l’histoire, le leader manipulateur d’un clan polygame. Autoritaire sans élever la voix, menaçant sans devenir agressif, un parfait mélange d’intelligence et d’obscurantisme, ce Harry Dean Stanton-là, nous ne l’avons pas vu souvent au cours de sa longue carrière. Mais il n’en était pas moins convaincant pour autant.

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