Au Nord-Kivu, le festival Amani oeuvre pour la paix

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Ph. Festival Amani

Malgré la crise politique qui frappe la RDC, l’Est du pays continue de se reconstruire après 20 ans de guerre. Le festival Amani, ce week-end, réunit pour la 5e année consécutive de artistes de tous les horizons pour promouvoir la paix.

L’idée pouvait semblait folle : organiser un festival de musique à Goma, capitale du Nord-Kivu. La région est connue pour l’instabilité et les violences qui l’ont marquée au cours des 20 dernières années. La situation s’améliore, lentement, mais la région reste déconseillée aux touristes pour les affaires étrangères belges. «On nous a dit que c’était fou», reconnaît Guillaume Bisimwa, directeur du festival. «Mais ici, tout est possible.»

Si tout est possible, rien n’est simple. Accueillir 15.000 personnes par jour demande une logistique conséquente. Il faut faire venir du matériel sonore du Rwanda voisin. Le festival, qui fête aujourd’hui ses cinq ans, a tout connu, de l’annulation de la première édition alors qu’un groupe rebelle était aux portes de la ville à une organisation en quelques semaines l’an dernier, alors que la situation politique rendait incertain la possibilité d’organiser l’événement. Mais chaque année, le résultat est là, avec un festival complet et des festivaliers heureux. «C’est un moment qui nous fait du bien, on s’amuse, on pense à autre chose que la routine quotidienne», explique Christopher Amundala, un étudiant de la ville.

Les artistes très enthousiastes

Malgré cette situation, les artistes se montrent toujours enthousiastes à l’idée de venir à Goma. «On a reçu pas mal de têtes d’affiche internationales», reprend Guillaume Bisimwa. Cette année, le festival accueille les Français de Dub Inc, qui parcourent le monde depuis près de 20 ans. Coté valeurs montantes, les festivaliers pourront écouter les très énergiques sud-africains de BCUC. «Nous misons sur une programmation très diverse», reprennent les organisateurs. «En plus des artistes internationaux, nous invitions des pointures des scènes congolaise et africaine. Cette année, il y aura notamment Ferre Gola. A coté de cela, nous faisons la promotion des artistes locaux. Cinq groupes de la région ont été sélectionnés via un tremplin organisé par la maison des jeunes de la ville.»

Pour les jeunes artistes locaux, ces rencontres avec des artistes confirmés sont une véritable opportunité. Surtout quand ils se prêtent au jeu d’organiser une master class, comme le Belge Témé Tan cette année. «Le développement de la culture est un élément important du développement de la région», reprend Guillaume Bisimwa. Car c’est bien là l’objectif du festival : contribuer à améliorer le quotidien. A côté des activités musicales, un village associatif accueille les nombreuses ONG présentes dans le pays. Elle y font la promotion de leurs combats, qui vont d’une meilleure éducation à la réintégration des enfants soldats. Un concours de création d’entreprise est aussi organisé, avec une bourse à la clé, pour aider des jeunes à développer une production locale, et ainsi éviter que tout l’argent ne s’évapore dans de coûteuses importations. «Il n’y a pas de secret : si on veut consolider la paix, il faut donner des opportunités aux jeunes. Il n’y a que comme cela qu’on les dissuadera de rejoindre les groupes armés qui ont fait tant de mal à la région», concluent les organisateurs.

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