Vivre sans frigo, un style de vie réaliste et responsable

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Ph. Olivier Cochard

Auteure du blog «La cabane Anti-gaspi», la journaliste Marie Cochard a pour maître-mot de partager ses découvertes et initiatives durables. Après son premier ouvrage «Les épluchures, tout ce que vous pouvez en faire», c’est tout naturellement que cette dernière a tenté l’expérience de vivre une année sans frigo. Une démarche dont elle livre les conseils, ainsi que les astuces des personnes qui l’ont inspirée, à travers son nouveau livre «Notre aventure sans frigo ou presque…»

Comment vous est venue cette prise de conscience écologique?

«C’est un retour aux sources. J’ai aussi travaillé pour différents médias avec cette volonté de partager des initiatives positives ou des découvertes écologiques que je faisais à titre personnel. Parallèlement à ça, nous avons également fait l’acquisition d’une petite maison et donc d’un jardin. C’est en mettant la main à la terre que j’ai découvert tout un tas de choses. Le sujet m’est apparu comme une évidence.»

On parle beaucoup de mode de consommation mais pas véritablement de conservation. Cela ne semble pas interpeller la population. Pourquoi ce sujet?

«Une chose en amène une autre. Le fait d’encourager au maximum les circuits courts, d’avoir cette volonté d’être le plus locavore possible, a fait qu’on a fini par s’interroger sur notre mode de conservation. En allant plus chez les producteurs que les grandes surfaces et en boycottant les produits tout faits, je voyais bien que mon réfrigérateur était clairement vide en permanence et que ce n’était pas utile de le laisser branché. La question de la conservation se fait aussi par rapport au gaspillage alimentaire, qui reste mon cheval de bataille depuis le départ. Si vous voulez ne rien jeter à la fin de la semaine alors la question de la conservation se pose et le frigo n’est pas toujours la bonne option.»

Ph. Olivier Cochard

Que répondez-vous à ceux qui ont peur de briser la chaîne du froid?

«J’ai vécu cette expérience-là parce que j’avais un mode de consommation qui me le permettait. Mais la maman qui va faire ses pots de bébé le week-end et qui va les conserver toute la semaine c’est différent. C’est une expérience personnelle que j’ai eu envie de partager. Le fait d’avoir cette contrainte au quotidien m’a incitée à redécouvrir des choses que l’on a oubliées comme la fermentation ou le séchage qui ont de multiples vertus.»

D’où le titre «Notre aventure sans frigo ou presque…»?

«Oui, le but n’est absolument pas de demander aux gens de débrancher leur frigo mais de redonner de la valeur aux ingrédients qu’ils achètent, d’essayer d’en jeter le moins possible et d’avoir les clés qui permettent d’éviter le gaspillage. Pour nous, c’était une manière de nous pousser dans nos retranchements. C’est de là que naissent la créativité et l’envie de s’en sortir et donc de redécouvrir des choses qui sont tombées dans les oubliettes.»

Ph. Olivier Cochard

Quelles sont les difficultés que vous avez rencontrées durant cette aventure?

«Finalement il y a eu très peu de difficultés car il y avait toujours une alternative. S’il fait très chaud, je ne suis pas obligée de manger du beurre au petit-déjeuner par exemple. Nous, on a l’impression de manger mieux, de reprendre le temps de cuisiner. C’est devenu un vrai moment de reconnexion à soi-même, d’envie de partager, sans pour autant passer une heure en cuisine non plus. En plus, on a l’impression de soutenir les petits paysans et d’être «consom’acteurs».

Ph. Olivier Cochard

Une solution écologique et économique en somme.

«La résultante c’est qu’on ne jette rien et que je fais toujours mes courses une fois par semaine. J’ai énormément réduit mon budget alors que je ne mange que du bio et du frais. Je n’ai pas de gâteaux apéritifs, de boissons gazeuses et tout un tas de choses qui ne sont pas nécessaires et nocives. Du coup, c’est un effet boule de neige, je ne produis plus de déchet non plus.»

Est-il vraiment possible de concilier une aventure sans frigo avec une vie active? Vous évoquez d’ailleurs la conservation du beurre qui, après avoir été placé dans un bol ou un ravier en grès, doit être recouvert d’eau salée et changée à chaque utilisation.

«J’ai une vie très active, je suis journaliste, j’ai deux enfants, un chien et des poules. À chacun de s’organiser comme il le peut, le veut, en sachant qu’il y a des économies derrière. Pour ce qui est du beurre ou du garde-manger, ce n’est pas du tout chronophage. Le beurre je l’attrape à côté de l’évier, j’enlève l’eau et j’en remets dedans. Ça me prend une seconde donc pas plus que d’avoir un réfrigérateur. D’autant que moi je suis débarrassée de la corvée de devoir le nettoyer.»

Ph. Olivier Cochard

Concernant l’espace de vie, est-ce possible quand l’on vit en appartement?

«Je n’entrepose rien ni dans un garage ni dans un grenier, donc tout est dans ma cuisine. Le garde-manger a pris la place de l’ancien frigo et ma cuisine n’est pas plus grande que celle que l’on peut avoir dans un appartement. C’est vraiment une question de réorganisation comme le fait d’acheter en vrac en fait. Le plus long, c’est de changer ses habitudes.»

Vous évoquez le frigo du désert (celui-ci consiste à conserver les aliments à l’intérieur de deux pots en terre cuite entre lesquels on place du sable imbibé d’eau). C’est une méthode qui est utilisée dans les pays plus pauvres (notamment pour aider les familles soudanaises) mais qui semble également efficace en appartement.

«C’est vrai que pour eux ça a été une méthode presque vitale. Pour l’avoir expérimentée avec de la poterie achetée en France, c’est beaucoup moins efficace parce qu’on n’a pas du tout la même qualité de pot en terre cuite que ceux produits là-bas même si le système est très ingénieux.»

Que conseillez-vous à ceux qui souhaitent tenter l’expérience?

«D’abord s’interroger sur la motivation. L’idée du livre n’est pas tant de se lancer et de débrancher mais plutôt d’aller picorer ce qui peut vous intéresser. Il ne faut pas s’imaginer que l’on peut tout faire du jour au lendemain. C’est vraiment le plaisir qui donne la motivation. Du coup il faut d’abord expérimenter une chose, comme essayer de faire des confitures pour la première fois.»

Ph. Olivier Cochard

Vous n’avez pas totalement arrêté l’expérience puisque vous expliquez qu’à l’heure actuelle vous n’avez toujours pas de frigo.

«Oui, pour l’instant on s’y retrouve sur plein d’aspects. En fait, ça nous motive à acheter des produits qui ne sont pas passés par le froid. J’ai envie de continuer certaines méthodes comme le séchage, la fermentation, les confitures.»

Vous avez gardé un congélateur et vous donnez d’ailleurs plusieurs conseils pour l’utiliser. C’est un appareil qui est encore indispensable selon vous?

«On a un mini-congélateur. L’objectif n’était pas de se passer du froid. On n’a pas réussi à solutionner les petits restes. Et puis on n’est pas des extrémistes. Mon mari aime trop ses bières fraîches; et les enfants leur petite glace en été. L’idée n’est donc pas de se passer totalement du froid mais de changer de méthode de conservation.»

 

Ph. D.R

«Notre aventure sans frigo ou presque…», Marie Cochard, éditions Eyrolles, 144 pages, 19,90€

 

SOURCELaura Sengler
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