Une grève pour le climat

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Sascha Schuermann / AFP

Et si on faisait grève pour le climat? C’est l’appel lancé par le mouvement «Demain». Signé par des chercheurs sur la question climatique et plusieurs représentants syndicaux, le texte rassemble déjà plusieurs centaines de citoyens. Pierre Eyben, co-signataire du manifeste, entend réunir le combat climatique et le combat social.

Ce n’est un secret pour personne, l’année 2017 n’a pas été l’année du climat. L’annonce du retrait des accords de Paris de Donald Trump et les difficultés affichées par la plupart des États à remplir leurs engagements inquiètent le monde scientifique. C’est dans ce contexte que le mouvement ‘Demain’ a décidé de lancer un appel à la grève pour le climat. Le manifeste, publié il y a quelques semaines, entend mobiliser les syndicats, les associations climatiques et les citoyens autour des questions climatiques. Pour les signataires, une grève pour le climat prend tout son sens: arrêter de travailler 24h pour demander de ralentir la machine. «Le but ce n’est pas juste de faire une manifestation entre la gare du Nord et la gare du Midi. Les associations pour le climat font du lobbying mais manifestement cela ne marche pas. On veut se mobiliser avec ces associations en reprenant ce moyen d’action classique du mouvement», explique Pierre Eyben, co-rédacteur du manifeste. Pour lui, l’occasion serait aussi de redonner du sens au concept de grève et de lui rendre ses lettres de noblesse.

Climat et société, même combat

Car pour le mouvement «Demain», les combats climatiques et sociaux sont indissociables. «Pour prendre un exemple actuel, il y a la question des réfugiés climatiques. Le défi climatique demande un engagement politique fort» insiste Pierre. «On est dans cette logique de libre marché et de laisser faire. On surproduit donc on surconsomme et donc on surpollue. Ce n’est pas les entreprises qui vont se limiter, c’est dans leur nature de produire. C’est à l’État d’intervenir», continue-t-il. Et il est vrai que les chiffres sont alarmants. Selon une étude reprise par le mouvement, pour limiter le réchauffement climatique en dessous de 2 degrés, il faudrait laisser 80% de toutes les énergies fossiles connues à ce jour dans le sol. Et si le chercheur admet que la Belgique n’est pas un gros pays extracteur, il rappelle que l’état subsidie toujours plus la recherche dans les énergies fossiles que dans les énergies vertes. «Notre pays subsidie plus les recherches en pétrochimie et sur le nucléaire que les énergies vertes. C’est au gouvernement de savoir comment orienter les subsides», s’exclame Pierre.

Interpeller le gouvernement

En parallèle de la grève, le mouvement planche actuellement sur toute une série de revendications à adresser aux pouvoirs publics. «Pour réduire les émissions de CO2, il faut investir dans les transports en commun, acheter du matériel plus performant et plus économe mais aussi investir dans les moyens humains. Autre exemple, la Belgique est l’un des pays avec la pire isolation de bâtiment d’Europe. Clairement, il y a quelque chose qui manque à ce niveau-là», renchérit le chercheur. Les signataires voudraient faire coïncider la grève avec la COP24 en Pologne. Ils se donnent un an pour convaincre les syndicats de participer activement et pour rassembler un maximum de participants.