Roch Voisine: L’art de s’adapter pour plaire au public

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®Laurence Labat

Après trente ans de carrière et des succès comme «Forever gentlemen», Roch Voisine fait le pari de la pop dans son album «Devant nous» qu’il présentera au public belge le mois prochain.

Comment fait-on pour se réinventer lors d’un 22ème album?

«Le but est de faire plaisir aux gens. Le problème, c’est que s’ils n’en entendent pas parler je suis mort. La consommation de musique a beaucoup changé, tout comme les supports. La radio fait tourner les chansons qui sont courtes et formatées. Tout ça, c’est une réalité à laquelle personne n’échappe. Maintenant si vous voulez faire un album comme il vous plaît, en vendre trois copies et en donner à tous les copains, c’est autre chose. Mais moi ça fait trente ans que je suis là, j’ai un public, des enfants à nourrir. Le deuxième travail est de trouver le plaisir à le faire.

« Pour ma part, j’ai fait beaucoup de choses différentes, donc à la limite j’ai vu ça comme un challenge.»

D’où vous est venue l’inspiration?

«J’ai deux garçons de 12 et 13 ans qui écoutent de la pop, du heavy metal ou des trucs classiques. Donc j’ai les oreilles qui écoutent le top 40 américain, canadien et anglais. En faisant une synthèse de ça, vocalement je peux faire beaucoup de choses. J’ai déjà fait de la country, et du crooning. La pop, j’en faisais il y a trente ans donc je peux encore en faire aujourd’hui. En plus je suis chanceux, j’ai une voix qui reste jeune donc je peux chanter ce genre de truc, ça m’amuse. Et puis, je voulais aborder des thèmes sur la tolérance, la peur de vieillir donc c’est déjà plus dense, plus près de moi et de l’actualité. On est plus dans la chanson juvénile d’amour d’il y a trente ans. Du coup, il a juste fallu une enceinte, un ordinateur, trois paires d’oreilles, un gars qui joue de la basse et de la guitare, moi qui chante et on a fait 95% de l’album à la cave chez moi.»

C’était un choix pour concilier vie de famille et travail?

«Plus ou moins parce qu’au départ je ne savais pas trop ce que je voulais faire. Quand ça n’allait pas, on faisait un break, je retournais à ma vie, à celle des enfants, et puis d’un coup je pensais à un truc et on y retournait. Il y avait moins de pression à faire comme ça. À l’époque, on avait huit jours de studio.»

Avez-vous encore du plaisir à faire de la musique malgré la pression?

«J’ai encore beaucoup de plaisir à faire ça mais étant donné les circonstances et la réalité de notre métier, des gens qui font trente ans de carrière il n’y en a plus. Moi je suis encore de la génération où les gens s’attachaient à la chanson de leur premier baiser ou de leurs vacances. Maintenant ça passe à une vitesse folle.»

Vous avez peur que votre public vous abandonne?

«Non, le problème aujourd’hui, en tant qu’artiste, c’est de crier assez fort pour se faire entendre.»

Du coup, les thèmes abordés ont été pensés pour la radio ou ce sont des sujets qui vous touchent vraiment?

«Que j’ai accumulés, mais il y a aussi des idées que l’on m’a offertes. J’ai travaillé beaucoup plus comme un producteur, ça m’a motivé à fond.

« C’est un peu comme si je travaillais avec quelqu’un d’autre, mais que je connaissais bien l’artiste.»

‘J’veux pas vieillir’ a une résonance particulière.

«En fait c’est une chanson d’un copain que j’ai entendu il y a douze-treize ans à la radio. Elle n’a pas vraiment fait un tube chez nous mais elle m’a beaucoup touché. Je ne sais pas pourquoi parce qu’à l’époque je n’avais que quarante ans, j’étais beaucoup trop jeune pour chanter un truc pareil. Mais je m’étais dit qu’un jour j’aimerais bien la chanter en l’adaptant un peu.»

Le fait de continuer la musique, après trente ans de carrière, fait un peu reculer cette peur de vieillir?

«C’est une certitude. Les gens me disent que vieillir ce n’est pas aussi moche mais cette chanson-là c’est vraiment le coup de gueule. On a beau dire qu’on a plus d’expérience, mais honnêtement vieillir c’est chiant. Surtout quand il y a des amis qui partent, tes genoux et ton dos qui te lâchent et que tu ne peux pas jouer avec tes enfants. Il y a un côté extrêmement désagréable et viscéral et ça m’avait frappé. Cette chanson, elle fait pleurer les hommes d’âge mûr. En repassant la bande pour faire la démo et en l’entendant j’ai été scotché avec les larmes aux yeux pendant une demi-heure, je ne pouvais plus chanter. C’est une claque en pleine gueule.»

Est-ce qu’avec le temps on acquière une certaine sérénité comme vous semblez l’être dans «Trop heureux pour souffrir»?

«Cette chanson-là c’est une réponse un peu coup de gueule à quelqu’un de ma compagnie de disque qui m’avait dit que si l’on voulait marcher en France il fallait chanter des chansons tristes. Mais on n’est pas toujours que triste dans la vie, d’où l’idée de «Trop triste pour souffrir».

Vous avez adapté vos concerts pour cet album plus pop?

«Je pense que les concerts sont une résultante de ce que vous faites sur disque. Les derniers concerts étaient des grands projets avec une histoire bien définie, comme ‘Americana’ ou ‘Forever gentlemen’ par exemple. Ici, vu que c’est un truc plus pop, très différent, le concert s’adapte au projet sur cd.»

Vous laissez également le choix au public de choisir une chanson que vous allez interpréter.

«Oui, il y a une liste et les gens votent à la pause pour choisir la première chanson de la deuxième partie. J’ai fait exprès de mettre surtout des chansons que je n’ai jamais faites en concert comme ça, ça justifie l’existence de la chanson (rires).»