Des seniors défavorisés invités à passer Noël dans un hôtel de luxe

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AFP

« Vous avez vu comme je danse? », rigole Simone, canne à la main et chapeau tricolore sur la tête. Comme tous les ans, la vieille dame a partagé un repas de Noël avec une centaine de convives réunis par les Petits frères des pauvres, dans un luxueux hôtel parisien, pour « casser un peu la solitude ».

Ici, « je connais tout le monde et tout le monde me connaît », dit cette « fille de la rue » en entrant dans l’établissement trois étoiles de la gare de l’Est, en partie privatisé par l’association.

Derrière elle, l’orchestre enchaîne des classiques de Noël et du rock, pour le plus grand plaisir des invités, accueillis avec des petits fours et, surtout, par les sourires et les petits mots personnalisés (« Ça va? Les enfants vont bien? ») des bénévoles.

« Moment très fort »

À l’entrée, Mustapha Djellouli se réjouit de revivre ce « moment très fort » qu’il partage depuis huit ans avec les bénéficiaires de l’association pour laquelle il travaille à Paris. La fête se tient dans « un cadre agréable, à la fois populaire et classieux », et « c’est fait exprès », dit celui qui accompagne au quotidien des gens en grande précarité : « Le luxe doit aussi être accessible à ces personnes qui n’ont rien », considère-t-il. Âgés de plus de 50 ans, ils ont connu la rue après avoir été « victimes de ruptures multiples » dans leur vie familiale ou professionnelle, décrit-il.

« Fête de famille » 

Les Petits frères des pauvres, organisation fondée après la Seconde Guerre mondiale, s’emploie à leur trouver un logement pérenne et à rompre leur solitude. Selon une étude réalisée en 2017 avec l’institut CSA, 300.000 personnes de plus de 60 ans connaissent un isolement total (aucun lien familial, amical, de voisinage…) en France.

Pour empêcher cette mort sociale », les quelque 600 salariés et 11.500 bénévoles de l’association mettent les bouchées doubles lors des fêtes de fin d’année. « Noël, c’est une fête de famille. Et notre famille, c’est les Petits frères des pauvres! », s’amuse Fatouma, un bonnet rouge de Noël sur la tête.

« Casser la solitude »

Dans ce riche décor, où les fauteuils en velours rouge rivalisent avec le blanc immaculé des nappes, « on n’a pas l’air de pauvres », sourit-elle. Avant de poursuivre: « Vous voyez quelqu’un en difficultés ici ? Non, vous ne voyez pas ça! ».

Un peu plus loin, Jean-Michel profite de « l’ambiance » qui « casse un peu la solitude » vécue au quotidien. Mais dans l’immédiat, il hésite face au menu : « C’est tellement bien que c’est compliqué » de choisir, dit-il, avant d’opter pour le feuilleté de ris de veau aux girolles, puis le dos de cabillaud rôti, accompagné d’un émincé de poireaux et d’un risotto.« C’est mieux qu’à McDo, y’a pas photo! », glisse-t-il avec humour.

Dignité

Pendant ce temps, Mustapha se faufile de table en table, pose devant le sapin de Noël pour quelques photos et vérifie que tout va bien. Il sait l’importance de l’événement du jour. « Il y a beaucoup de personnes qui gardent le menu de Noël constamment dans leur poche, tout au long de l’année », relève-t-il.

Le repas du 25 décembre « leur donne de la joie, ils viennent tout beaux, en costume, parfumés », renchérit Nora, une ancienne salariée de l’association reconvertie en bénévole. « Scotchée par la dignité de ces gens qui n’ont rien », Thuy-Ha, une autre bénévole, n’en oublie pas pour autant que, passé ce « temps de partage », « ils retrouvent leur vie ».

SOURCEAFP
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