Le porc élevé sur paille comme alternative au bio et à l’intensif

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AFP

Une litière douillette plutôt qu’un sol en béton: quelques éleveurs de Bretagne, première région porcine de France, élèvent, pour des raisons éthiques, environnementales et économiques, leurs cochons sur de la paille, un compromis entre les exigences draconiennes du bio et les traditionnels caillebotis.

« Si ma préoccupation première n’est pas le bien-être animal, il faut que je change de métier », souligne Norbert Lesné en recouvrant de paille l’une des cases de sa porcherie de Plélo, dans les Côtes-d’Armor.

Une trentaine de porcelets curieux y enfouissent leur groin sous les brins frais et courent en grappes dans tous les sens. « Ils ont besoin de jouer, c’est leur instinct naturel », explique l’éleveur, qui relève un détail important à ses yeux: toutes ses bêtes arborent la fameuse queue en tire-bouchon, systématiquement coupée dans les élevages conventionnels.

Atout environnemental

Au-delà du confort animal, le modèle sur paille présente un atout environnemental. Alors que l’azote contenue dans les déjections des porcs, épandues sur des terres cultivables pour les fertiliser, contribue à la contamination en nitrates des cours d’eau et nappes phréatiques, la paille a l’avantage d’en résorber une partie et de limiter les risques de ruissellement. « C’est un moyen pour moi, qui suis sensible à l’environnement, de mettre mes valeurs en pratique », assure Norbert Lesné, dont la ferme se situe à quelques kilomètres seulement des plages costarmoricaines régulièrement recouvertes d’algues vertes.

Marque déposée 

L’élevage sur paille, largement minoritaire en France (5%), demande « de l’huile de coude et de l’argent », ne cache pas le Breton de 47 ans. Cet ancien ingénieur informatique a repris en 2010 la petite exploitation familiale, d’où 500 cochons sont aujourd’hui envoyés chaque année dans un abattoir local, un chiffre très éloigné des standards de l’élevage conventionnel intensif. « Mes parents travaillaient d’une autre façon et ont eu peur lorsque je me suis lancé », confie-t-il. « Mais j’avais envie de prendre des risques, de retourner à des fondamentaux peut-être oubliés. »

En contrepartie des coûts de production supérieurs qu’il entraîne, le « porc sur paille » se vend à 2,10€ le kilo (contre 1,15€ pour le conventionnel et autour de 3,50€ pour le bio), un prix fixe négocié chaque année avec les bouchers partenaires. « Ce prix est déconnecté des fluctuations régulières du marché classique, qui est très bas en ce moment. Il faut que tous les acteurs de cette filière courte puissent en tirer une plus-value », note Jean-Bernard Fraboulet, du Réseau Cohérence pour un développement durable et solidaire, à l’origine de ce modèle de production alternatif.

Afin de pouvoir se revendiquer de la marque « porc authentique élevé sur paille », déposée depuis cinq ans, les éleveurs doivent répondre à un cahier des charges précis interdisant notamment le recours systématique aux antibiotiques ou les OGM dans l’alimentation des bêtes.

« Viande plus saine » 

Des règles moins strictes que celles des élevages bio, contraints de disposer de bâtiments ouverts sur l’extérieur et de fournir aux animaux une alimentation entièrement produite sur la ferme, sans désherbage chimique. « C’était un peu compliqué par rapport à mes compétences en matière de culture », reconnaît Norbert Lesné, qui se dit cependant « très proche du bio sur la partie élevage », ainsi que pour la qualité de la viande.

« Le porc élevé sur paille a un goût que vous n’allez pas retrouver ailleurs », confirme le boucher-charcutier Michel Craff depuis son échoppe du centre médiéval de Moncontour, au sud-est de Saint-Brieuc. « La viande est plus saine, plus musclée. Elle rend moins d’eau que les cochons élevés dans des petites cages sans pouvoir bouger », ajoute le commerçant.

Les clients remarquent à peine l’affichage de la marque sur les murs et les étiquettes de prix. Ils font surtout confiance à leur boucher, mais se disent prêts dans l’ensemble à payer un peu plus cher pour un porc de qualité. « Quitte à manger moins de viande, autant en manger de la bonne », résume Michel Craff.