Élections Communales 2018 : les enjeux par parti

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Belga / D. Stockman

Les deux années électorales 2018 et 2019 seront politiquement tendues. Comment les partis francophones se mettent-ils en ordre de marche ? Quels sont les enjeux ?

Le poids des affaires

Écosocialisme, lutte contre le néolibéralisme,… Le manifeste fort de 170 propositions qui a été adopté en congrès récemment ne constitue pas tant un programme électoral qu’une nouvelle manne d’idées pour un parti socialiste fortement secoué par les affaires (Publifin, Samusocial,…). Même s’ils sont les symptômes de pratiques plus générales et dépassant les seules sphères socialistes, ces scandales locaux donneront le ton dans les communes où des dirigeants PS ont été particulièrement touchés (Liège, Ans, Bruxelles-Ville,…).

Le premier objectif des socialistes lors du scrutin local de 2018 sera de préserver ses places fortes et d’endiguer le repli que lui annoncent les sondages, avec le PTB qui lui souffle dans le cou. Liège, Charleroi, Mons et Bruxelles-Ville seront-elles des citadelles socialistes prenables ? Ce sera peut-être dans des localités plus moyennes, où sa majorité est moins aisée, qu’on mesurera au mieux la fragilité socialiste. Ne plus être premier parti à Bruxelles et/ou en Wallonie serait déjà une fameuse défaite. Le PS a pour lui la chance d’avoir été éclaboussé près de deux ans avec le scrutin, c’est court dans l’absolu mais aussi très long en politique. Montrer qu’il a compris et qu’une révolution de gouvernance est en marche en son sein sera vital pour le parti et la crédibilité de son président Elio Di Rupo.

Garder la forme

Au pouvoir au fédéral et au régional wallon, le MR surfe sur le haut de la vague. Le coup du cdH de mettre fin à ses alliances avec le PS devrait profiter d’ailleurs davantage aux libéraux qu’aux humanistes. Et le gouvernement wallon emmené par Willy Borsus tente de gagner des points tant qu’il peut, vu le faible délai qui lui a été donné pour qu’il marque la politique régionale de son empreinte. Et Charles Michel aurait pu craindre davantage d’impopularité pour son exécutif où le MR est la seule formation francophone. Dans cet élan positif, le Mouvement réformateur a déjà avalisé ses lignes de force pour les élections locales. Gouvernance et sécurité en sont les maîtres-mots. Le libéralisme social du clan Michel semble en effet quelque peu mis de côté.

Ses bastions bruxellois et wallons (davantage dans le Brabant wallon surtout et en province de Liège) sont bien gardés malgré quelques scandales (affaire De Decker à Uccle). Le principal enjeu : se glisser dans un maximum d’alliances. Et à ce jeu, les oppositions entre partis au fédéral et au régional n’ont pas lieu d’être. PS, cdH, Ecolo et DéFI sont tour à tour fréquentables, quand ils ne font déjà pas liste commune (Rochefort aura une liste PS-MR à Rochefort). Au rang des confirmations, on sera attentif à l’éventuel maintien au mayorat de Françoise Schepmans à Molenbeek (MR-Ecolo-cdH) ; elle sera confrontée à une nouvelle venue, Catherine Moureaux, fille de l’ancien bourgmestre.

Éviter le naufrage

« Il est minuit moins une », avertissait Joëlle Milquet, l’ex-présidente de parti aujourd’hui retirée de tout challenge électoral. Le défi sera de taille pour les troupes de Benoît Lutgen. Annoncé à moins de 10% en Wallonie et flirtant avec le seuil électoral des 5% dans la région-capitale, le cdH voit son paquebot, de plus en plus léger d’élections en élections, dangereusement sombrer. Le coup de poker du président du mois de juin mettant ses coalitions avec le PS au tapis (au final uniquement à la Région wallonne) n’a pas profité aux humanistes. Et le parti de faire bonne figure en adoptant pas moins de 400 (!) propositions « concrètes » lors du dernier congrès, tournées vers les exclus, l’éducation et le petit entrepreneuriat.

L’ancrage local de l’ex-PSC pourra sans doute le sauver en 2018. Namur restera-t-elle la capitale cdH avec à sa tête Maxime Prévot qui n’a pas souhaité poursuivre au niveau régional ? La province de Luxembourg se teintera-t-elle toujours autant d’orange ? Le parti s’y organise même un conflit interne : à Marche-en-Famenne, l’indéboulonnable bourgmestre (depuis 1986) André Bouchat n’a pas dit son dernier mot alors qu’un autre humaniste, le ministre wallon René Collin, souhaite conquérir l’écharpe mayorale et ne laisser aucune chance à son propre ministre-président Willy Borsus (MR). Pour le cdH, le verdict devrait tomber véritablement en 2019. Benoît Lutgen pourra-t-il toujours faire valoir l’adage : « Même en perdant, le cdH se retrouve toujours au pouvoir »? Il devra dans les chiffres se rendre indispensable, rien n’est moins certain.

Des mayorats dans le viseur

Les dernières élections communales et la législature ont plutôt bien réussi aux écologistes en nombre de bourgmestres. En Wallonie, le parti en compte cinq (Ottignies-LLN, Mont-Saint-Guibert, Enghien, Fauvillers et Amay). Les deux mayeurs brabançons, Jean-Luc Roland ne sont pas candidats à leur succession. On verra s’ils auront suffisamment veillé à la préparer. À Bruxelles, Ecolo avait réussi l’exploit à décrocher sa première écharpe. Olivier Deleuze se met en marche pour un second mandat à Watermael-Boitsfort. Sa prédécesseur Martine Payfa (Défi) se remet dans la course également.

À Ixelles, où il est souvent solide deuxième, le parti lance cette fois Christos Doulkeridis pour la première fois en tête de liste. Le parti n’a pas encore fait connaître ses lignes de force pour le prochain scrutin. Ecolo doit démontrer son ancrage local, qui lui a été difficile de construire en raison de sa jeunesse par rapport aux autres partis. Ces bases lui seront nécessaires pour donner raison aux sondages qui lui prêtent une légère progression dans les Régions. Aux 47 participations communales en Belgique francophone, Ecolo aimerait en voir davantage. le parti misera sur la participation citoyenne pour le scrutin local.

Troisième à Bruxelles

Les baromètres politiques successifs placent les ex-FDF en troisième force incontournable en région-capitale où ils semblent damer le pion au cdH au centre de l’échiquier politique, en concurrence parfois avec Ecolo. Le libéralisme social insufflé par son président Olivier Maingain semble porter ses fruits dans l’électorat. À Bruxelles, DéFI défendra ses mayorats : Woluwé-Saint-Lambert, Schaerbeek et Auderghem. Sans oublier la périphérie, un combat d’origine en union avec les autres partis francophones. En Wallonie, le parti y est encore jeune et ne décolle pas vraiment dans les sondages. C’est par le jeu d’alliances au niveau local que le parti tentera de se faire une place. il espère toutefois acquérir davantage d’élus au niveau provincial.

Confirmer les sondages

La grande inconnue à l’échelon local sera certainement le score des grandes sections du PTB. Le parti de gauche radicale est porté par le climat européen favorable à son discours même s’il n’est pas synonyme de montée au pouvoir. Coup de tonnerre il y a deux mois à Liège, où le parti emmené par Raoul Hedebouw était crédité de 28 % dans la Cité ardente. Au niveau régional, les différents coups de sonde l’inscrivent entre 10 et 15 % généralement. Est-il prêt à monter au pouvoir quel que soit le niveau de décision ? Cela voudrait dire troquer sa radicalité et jouer le jeu de la coalition, au risque de décevoir ses premiers électeurs. En 2018, les regards seront donc surtout tournés dans le bassin industriel liégeois où son ancrage local est de plus en plus fort. À Bruxelles, c’est plus incertain.

Nicolas Naizy