Avec « Aïda » et « Casse-Noisette », Franco Dragone casse les codes de l’opéra et du ballet

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Ph. L. Romano

Courtisé dans le monde entier, Franco Dragone présente rarement ses créations en Belgique. En ces fêtes de fin d’année, le metteur en scène ne vient pas avec un mais bien deux spectacles: «Aïda» et «Casse-noisette».

L’opéra et le ballet sont deux genres très codifiés. Quand Franco Dragone s’en empare, on imagine mal que le résultat soit écrasé de classicisme. «Il faut s’appuyer sur la tradition pour construire de nouvelles choses», nous confie le metteur en scène d’origine louviéroise.

Casser les codes

C’est donc en cassant quelques codes qu’il a conçu ses spectacles «Aïda» et «Casse-noisette». «Et le premier code auquel on a touché, c’est de ne pas proposer ces spectacles dans des salles d’opéras. Toute ma carrière j’ai cherché à me rapprocher du public, d’amener des spectacles dans des salles qui d’habitude n’accueillent pas ce type de spectacle.» Franco Dragone se souvient de ses débuts dans les années 70, dans le théâtre-action, une discipline où on va chercher le public dans la rue et l’interpeller. L’aventure au Cirque du Soleil et les shows vendus à l’international ne sont venus que par la suite.

Ph. D. R.

À Forest National, salle des grands spectacles et concerts populaires, Franco Dragone présente sa version d’«Aïda» de Verdi. Créée en 2013 au Théâtre San Carlo à Naples, cette lecture se veut plus contemporaine, le metteur en scène n’hésitant pas à traiter la problématique des migrants, une question toujours très présente aujourd’hui. Dans cette histoire d’amour entre deux personnes de pays différents, à «ceux qui sont très riches», Franco Dragone a souhaité mettre en avant «ceux qui n’ont pas de moyens». «Nous ne voulions pas la pléthore de moyens, le budget était plutôt raisonnable. À la grande Histoire, j’ai voulu intégrer l’histoire de ‘vraies gens’, en introduisant de nouveaux personnages, des témoins silencieux à l’allure d’hommes gris. Tout en respectant la partition.» Dragone situe l’action dans un monde de l’après-bataille, «dans le no man’s land où se trouvent les migrants». Le résultat est à découvrir deux soirs avant Noël.

Réunir la famille

Il est rare de voir en Belgique des productions de Franco Dragone. La société de production anversoise Music-Hall, qui gère également Forest National, a saisi l’occasion de coproduire non pas un mais deux spectacles pour qu’enfin, l’enfant du pays, courtisé de Las Vegas à Macao, s’invite chez nous, «amener en Belgique ce que d’habitude je ne peux pas montrer», souligne Dragone. Son choix s’est porté pour les fêtes tout naturellement sur «Casse-noisette» de Tchaïkovsky. «Je voulais créer un moment où la famille se retrouve à l’heure où elle est de plus en plus disloquée.» Mais encore une fois, le créateur ne fait pas comme les autres. Pas question de ballet ici, mais bien d’un spectacle féerique aux multiples disciplines. «Avec le chorégraphe Giuliano Preparini (complice de longue date, NDLR), nous nous sommes permis plus de fantaisie, même musicalement. L’arrangeur musical Matt Dunkley a même introduit des touches de hip-hop. nous ne réinventons rien mais nous apportons notre expérience de par le monde.» Ce «Casse-noisette» se veut comme une féerie à découvrir en famille.

Nicolas Naizy

«Aïda» les 22 et 23 décembre et «Casse-noisette» du 27 au 30 décembre à Forest National.