La famille Souchon prend en main « Le Soldat Rose »

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Photo Lisa Roze

« Le Soldat Rose » est une affaire qui roule plutôt bien. Après Louis Chédid et Francis Cabrel, c’est à la famille Souchon, père et fils, que Pierre Dominique Burgaud a confié la musique pour ce troisième -et dernier?- épisode. L’occasion de la retrouver au grand complet, avec Renan Luce en invité.

C’était un challenge de reprendre le Soldat Rose en famille?

Alain Souchon: « On était en tout cas impressionnés par le beau travail qu’avaient fait Louis Chédid et Francis Cabrel avant nous. Et l’idée de travailler tous les trois ensemble pour écrire des musiques nous a plutôt attirés. On s’y est mis parce que les textes de Pierre-Dominique Burgaud nous ont beaucoup plus. On se montrait nos trucs. Charles me disait: ‘C’est pas très bien papa’ (rires). Alors je recommençais. »

Charles Souchon: « C’est vrai qu’on a tout de suite dit oui. Et on était très enthousiastes. On ne s’est pas mis de pression, on était vraiment contents de cette proposition. On a eu très vite 4-5 chansons en à peine une semaine. »

Pierre Souchon: « On avait envie que l’équipe du Soldat Rose aime notre travail. On a eu la chance de travailler à trois, donc on avait des oreilles extérieures et on pouvait se dire des vérités. On osait se montrer nos débuts. Il y avait quelque chose de direct qui nous a fait avancer vite. »

Alain: « Quand tu parles d’oreilles extérieures, je pense à un lapin. (rires) »

C’est un conte musical, donc les textes sont immuables. C’est à la musique de s’adapter.

Alain: « Nous sommes des auteurs-compositeurs. On sait ce que c’est de faire des textes. Et que l’on nous en apporte des ‘tout faits’, cela nous a évité du travail. On était contents, c’est une façon de travailler que l’on aime bien. »

Charles: « Pierre-Dominique était très ouvert. Il nous disait de ne pas hésiter à redécouper. Parfois, on enlevait des couplets, parce que c’était de trop par rapport à la mélodie et au tempo. »

Renan Luce: « Mais les textes de Pierre-Dominique étaient déjà très ‘chanson’ à la base, dans les rimes et les structures. »

Charles: « ‘Nous sommes un peu cassés, nous sommes un Picasso. Un œil sur le côté, le nez pas comme il faut’… Ça sonne déjà. Il y a cette musicalité. Et très vite, on imagine une musique sans problème. »

Comment s’est fait le casting, une nouvelle fois hallucinant?

Alain: « On a rêvé les gens… Pour faire le Soldat Rose, il fallait l’idéal! Et tout de suite, on a dit Renan Luce. À cause de sa beauté. On se disait ‘Il ne voudra pas. On devra prendre Patrick Bruel ou quelqu’un comme ça’. Et finalement, il a dit ‘oui’. Formidable, non? Après, la nuit, on rêvait de Laetitia Casta. Elle a dit ‘oui’. Puis on rêvait Sandrine Kiberlain, Olivia Ruiz, Zazie… Elles ont dit ‘oui’. Et Gaëtan Roussel, et Jean-Louis Aubert… »

Pierre: « Qu’est-ce qu’il a dit Jean-Louis Aubert? »

Alain: « Il a dit oui. C’est incroyable, tous ces gens qui ont dit oui. »

Et d’ailleurs, Renan Luce, pourquoi avoir dit oui?

Renan: « Pour l’affection que j’ai pour ce projet de manière générale depuis sa création. Je trouvais cela très beau, très fin, intelligent, bien fait. Pour son auteur que j’aime beaucoup. Il est malin et sensible dans sa poésie. Et bien évidemment pour les compositeurs que j’affectionne tout particulièrement. Je savais que ça allait être de belles chansons. Et puis pour la troupe aussi. Je savais qu’ils allaient fédérer du monde. »

Alain: « Est-ce que cela t’a gêné par rapport à ton travail de composition de tes chansons? »

Renan: « Non, moi j’ai besoin de m’aérer de mes chansons. Ça tombait très très bien. »

Comment choisit-on la personne pour un personnage?

Pierre: « Les chansons sont faites par rapport à un personnage, et ils nous induisent quelqu’un. Un robot, une poupée, etc. On imagine la voix, la sensibilité, un garçon ou une fille… On avait tout un cadre. Et puis on a rêvé d’artistes qu’on admire. Mais les personnages imposent quelque chose. »

Et puis, il y a aussi un narrateur, et c’est Édouard Baer.

Alain: « Édouard Baer, il est très pris, il fait 1.000 choses, un texte de Modiano sur scène, du cinéma, de la radio le matin. Ce n’était pas évident qu’il soit d’accord. Et pourtant, il l’a été tout de suite. C’est merveilleux. »

C’est facile de mettre de l’enfantin dans sa musique?

Alain: « On voulait que ce soit simple, accessible aux enfants, mais en même temps, que ce ne soit pas des comptines. Les paroles et la musique sont compréhensibles facilement, avec une petite morale derrière. »

Charles: « Quand j’avais 8 ans, certaines chansons des Beatles me parlaient. On n’est pas obligé de faire de la chanson pour enfant pour plaire aux enfants. On peut y arriver avec des mélodies pop. »

Alain: « Aujourd’hui, les enfants sont environnés de musique, ils aiment les chansons très jeunes. »

Pierre Jacobs

« Le Soldat Rose à la fabrique de jouets » (BMG)