Emily Blaine : Comment refaire sa vie après un deuil

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Ph. D. R.

Emily Blaine, c’est l’écrivaine par excellence de la romance à la française. Dans «Si tu me le demandais», elle se met dans la peau d’un homme qui a perdu sa femme et qui ne veut plus refaire sa vie.

Vous écrivez des comédies romantiques mais c’est la première fois que vous vous mettez dans la peau d’un homme.

«Il faut avoir beaucoup d’imagination quand on écrit en ‘je’ et que le personnage est masculin. J’ai beaucoup observé les hommes autour de moi. Et puis, le sujet est mixte. Le deuil touche tout le monde de la même manière.»

Alors pourquoi choisir de relater un point de vue masculin?

«Cela faisait très longtemps que j’en avais envie. De manière générale, cela ne se fait pas trop en romance. Je trouvais pourtant cela très intéressant. J’ai besoin de me challenger sur ce que je fais. J’ai écrit plein de fois du point de vue féminin. J’avais besoin de me remettre en question et de faire autre chose.»

Vous décrivez même des scènes érotiques à travers le regard de votre personnage.

«J’ai beaucoup écrit à l’instinct. Le passage à l’acte au niveau physique parle plus de la façon dont Cooper tourne la page. Comment revit-il quelque chose avec quelqu’un d’autre alors que sa femme a disparu? Et puis, globalement, je pense que l’acte se passe de la même manière au niveau de l’émotion pour un homme comme pour une femme.»

Julianne perd un enfant, Cooper sa femme. Même si ce sont deux pertes différentes, le deuil reste le même.

«La douleur est différente. Mais le deuil persiste longtemps dans les deux cas. La reconstruction est très compliquée pour les deux. Le sujet ici, c’est ‘se donner le droit de revivre autre chose’. Les gens qui ont vécu cela s’interdisent, pour la plupart, beaucoup de choses. Il y a une forme de culpabilité latente.»

La culpabilité au bonheur?

«Exactement. À un moment, Cooper le dit. Sa thérapeute essaie de lui expliquer qu’il a le droit d’être heureux malgré tout. Il porte son drame en lui. Il a du mal à passer à autre chose.»

Contrairement à lui, Julianne tente une nouvelle vie.

«Cooper idéalise beaucoup sa femme disparue. Quand on perd quelqu’un, on a tendance à ne retenir que les bons côtés de la personne. Et puis, il vit avec sa fille dans la maison qu’il garde comme un mausolée, comme un souvenir de sa femme. Il est intimement persuadé que sa fille a besoin de cela. Alors que ce n’est pas du tout le cas. Elle a besoin, au contraire, de passer à autre chose.»

En quelques lignes

Nous ne réagissons pas tous de la même manière face au deuil. Dans son nouveau roman, Emily Blaine se met dans la peau d’un homme qui a perdu sa femme depuis huit ans et qui n’arrive toujours pas à passer à autre chose. Un soir, il rencontre par hasard Julianne. Une rencontre qui va bouleverser son quotidien. Mais sera-t-il capable de tourner la page? «Si tu me le demandais» est un roman d’amour qui pose la question de la reconstruction après le deuil. Quel sera le destin de ces deux êtres meurtris par la perte de quelqu’un qui leur est cher? 3/5

«Si tu me le demandais, d’Emily Blaine, éditions Harlequin, 15,90€

SOURCEMaïté Hamouchi
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