Quand la conférence gesticule, le savoir circule

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Julie Tessuta et sa conférence "Ma petite robe rose et mes nibards : culture du viol, sexualité et féminisme" samedi à 19h - Ph. D. R.

Allier une expérience de vie à un savoir scientifique. En faire une conférence mise en scène. C’est le but des conférences gesticulées à découvrir au Théâtre National… et ailleurs.

D’un côté, il y a les savoirs chauds : une expérience, une passage de vie, un épisode heureux ou malheureux que l’on souhaite partager. Ce n’est pas de la fiction mais bien un récit du réel.

De l’autre, les savoirs froids : la théorie, ce que contient les livres, le discours des experts.

« Obtenir un orage »

Mêlez-les ensemble et vous obtiendrez  « non pas un savoir tiède. L’idée est plutôt d’obtenir un orage ». Thomas Prédour reprend ici la métaphore créée par le Français Franck Lepage pour définir le concept de « conférence gesticulée », une prise de parole publique qu’un ou deux individus délivre pour partager un savoir. « C’est un outil d’éducation populaire », précise notre interlocuteur, militant de l’éducation permanente, qu’il a tenté de promouvoir dans ses différentes carrières (co-fondateur du Musée itinérant du Capitalisme, directeur du centre culturel de Watermael-Boitsfort, conseiller arts de la scène de la ministre de la Culture Joëlle Milquet).

Intéressé par la philosophie de Lepage et de sa volonté de partager les savoirs entre citoyens, il a souhaité propager la méthode en Belgique et a lancé il y a quelques mois un processus de formation collectif où des personnes volontaires se sont retrouvées pour faire se rencontrer ces « savoirs chauds » et « savoirs froids ». Une parole citoyenne et anonyme se confond avec le discours d’un expert: « Le but est de mélanger ces deux savoirs, ces deux mondes qui ne se parlaient plus. Les voilà réconciliés. » En plus de contenu, il y est question de forme, de mise en scène.

Une mise en forme pour partager

Si le savoir est, lui, connu, comment passera-t-il le mieux dans l’audience ? « On ne reste pas assis à une table comme lors d’une conférence habituelle. On reste toutefois devant un objet simple: le travail consiste à trouver une manière de faire passer les choses, de créer un outil simple qu’on peut porter partout. »

Thomas Prédour et Olivier Vermeulen pour « À nos choix! » ce jeudi soir à 19h – Ph. D. R.

Le résultat est à voir jusqu’à ce samedi 9 décembre au Théâtre National à Bruxelles. « Il important d’ailleurs qu’une telle institution, accueille ce qui se passe encore dans des milieux plus alternatifs  Trois conférences gesticulées aux thèmes variés y sont présentées devant un public. Celle de Thomas Prédour s’intitule « À nos choix! » et concerne ces carrefours de vie personnels ou professionnels qui nous construisent. « J’utilise le chant et mon collègue, Olivier Vermeulen, utilise le diabolo. » Deux méthodes, l’une sonore, l’autre visuelle, pour faire passer le message.

L’apprentissage se fait à plusieurs niveaux. D’abord entre les intervenants, « on s’enrichit de l’expérience des autres ». Leurs liens se sont forgés lors de la formation où participaient une vingtaine de personnes. Ensuite avec le public: « La volonté est de partager avec le public mais que celui-ci puisse également partager. » L’équipe des conférences gesticulées aimeraient mettre en place des ateliers construits, moments de rencontre après le spectacle, pour approfondir la réflexion initiée dans la conférence.

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Cédric Tolley et Juliette Béghin pour « Taule, Errances, de la critique carcérale à l’action en détention » vendredi à 19h.

Ce vendredi, Cédric Tolley et Juliette Béghin nous parleront de l’univers carcéral et de son devenir. Samedi, Julie Tessuto déconstruira en musiques et en chansons la culture patriarcale et exprimera son ras-le-bol d’être une femme aujourd’hui. À voir ce programme, on a vraiment l’impression qu’aucune question ne résiste au concept de la conférence gesticulée. « Le tout est de partir d’une colère avec une envie d’avancer après l’avoir partagée. Par exemple, une autre conférence parle du burn out. On a tendance à mettre la faute sur les individus alors que dans ce cas il s’agit aussi d’une responsabilité collective, de notre rapport au travail. La conférence est donc un point de départ »

S’inscrivant dans la mouvance de l’Université populaire et de l’éducation citoyenne, la conférence se veut accessible à toutes et tous. En plus de cette session de décembre, le Théâtre National accueillera d’autres « conférenciers-gesticulateurs » du 4 au 6 mai 2018. On peut retrouver aussi les conférences gesticulées une fois par mois au Garcia Lorca, un centre socio-culturel aussi à Bruxelles. Enfin, le collectif La Volte organise des formations en éducation populaire qui peuvent s’avérer intéressantes si l’on veut se lancer sur cette voie. Une expérience à partager ? Allez-y !

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