Dans son album «Tout se passe comme prévu», Nixon assume son amour pour le chant

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Photo Romain Garcin

Rappeur chevronné qui gratte des textes depuis ses cinq ans, Nixon -Ibrahima Kalil Soumare de son vrai nom- sort son premier album «Tout se passe comme prévu» ce 8 décembre (label TopNotch/Universal). À cheval entre la pop, le rap, le Rnb, voire la variété, le Bruxellois martèle qu’il fait tout simplement «de la musique». Oscillant d’un bout à l’autre de l’éventail des genres de la scène musicale belge, Nixon ne cache pas ses ambitions: donner un coup d’accélérateur à ses projets musicaux et multiplier ses activités.

Nixon, tu rappes depuis longtemps. D’abord en solo, puis avec DJ G.A, avec Krisy et le collectif Lejeune, sur la BO de Black, tu as fait les premières de Youssoupha et de Black M… Pourquoi avoir attendu autant de temps pour sortir ton album?

«Je pense que tout arrive pour une bonne raison. Il a fallu du temps pour que je me trouve, musicalement. J’ai fait du songwriting pour d’autres artistes, j’ai envoyé des maquettes à Kendji Girac, à Tal… Et du coup, je me suis progressivement construit, ce qui m’a permis d’aiguiser ma plume et de réaliser que j’aimais d’autres styles que le rap. Avec le temps, j’ai aussi assumé le fait que j’aimais chanter et sans vocodeur, parce que je suis capable de le faire après mes années de solfège, de chant et d’exercices de voix à l’Insas. À une époque, c’était compliqué de l’assumer. Si tu chantais, on te demandait si tu allais bien, si tu étais fragile (rires). Aujourd’hui, j’assume ce que je fais.»

A une époque, si tu chantais, on te demandait si tu étais fragile

«TSPCP», c’est une référence à ton parcours personnel et/ou professionnel?

«À tout ce qui s’est passé depuis le début. D’un point de vue personnel, même si je dévoile peu ma vie privée dans mes chansons et que je suis assez pudique. Mais je veux surtout souligner un parcours professionnel qui m’a amené où je voulais être.»

La scène urbaine belge a explosé dans différentes directions. Laquelle as-tu empruntée?

«Je pense que mon rap est plus positif que d’autres. Je suis moins dans la provocation ou dans l’insulte. D’abord, parce que j’ai une famille qui m’écoute (rires). Mais aussi parce que je pense que pour faire passer un message, il vaut mieux être poli et écoutable par toutes les générations. Quand il s’agit de faire du sombre, je préfère l’amener avec la mélodie.»

Justement, d’un point de vue mélodique, il y a beaucoup d’influences. Comment définis-tu ton style?

«J’aime dire que je fais de la musique. Je ne veux pas m’enfermer dans un style particulier afin de pouvoir faire de tout. Demain, je pourrais me lancer dans des chansons rock, pop, voire de variété… Peu importe. Tant que ça me parle et ça me procure des émotions.»

Sur la scène francophone, peu de rappeurs s’essayent au «franglais». Une façon de te démarquer?

«C’est surtout une question d’influences musicales et culturelles. J’ai des grands frères qui ont beaucoup écouté du rap US comme Tupac, Biggie et d’autres. Donc, je me suis intéressé à l’anglais pour comprendre leurs histoires. Et pour l’anecdote: j’avais vu une musique d’Ophélie Winter, «Dieu m’a donné la foi». Elle chantait ce son en français avec un terrible accent anglais et, honnêtement, je trouvais ça mortel. Aujourd’hui, de plus en plus de rappeurs le font, dans les phases ou dans le refrain. Même en France. C’est cool et ça aide les Français à mieux parler anglais (rires).»

As-tu un ‘artiste-modèle’?

«J’en ai un depuis très longtemps aux Etats-Unis, c’est Jay-Z! Il est comme un excellent joueur dans Fifa: il est complet et il a les meilleures stats. En business, il est fort. Musicalement, il est impressionnant et s’est ouvert à plein de courants. Et puis, il a Beyoncé (rires). En Belgique, je pense à mon pote Tyron X, qui rappait à une époque où le genre à Bruxelles était assez rare. Pour la Belgique, je pense aussi à Gandhi et Convok qui ont figuré parmi les pionniers.»

Aujourd’hui, les artistes multiplient les activités (webséries, cinéma, industries, etc.). Alors que ton album sortira le 8 décembre, as-tu d’autres projets en tête?

«On va d’abord enchaîner les scènes et la promotion, ma partie préférée dans la conception d’un album. Je pense que le prochain album va suivre très vite. On a déjà un nom, même si je ne veux pas encore le dévoiler. Pour le reste, je voudrais encore faire du cinéma vu que j’ai fait des études de théâtre et que j’ai déjà tourné dans des courts-métrages, dans des séries pour la RTBF, pour RTL-TVi… Et j’aimerais aussi poursuivre le travail sur mon ‘nouveau’ label ‘Wall East’ qui épaule et accompagne des jeunes artistes et des jeunes sportifs dans leurs carrières. Pour le moment, on est concentré sur le football mais on aimerait faire évoluer les choses. Le but, c’est de permettre à ces jeunes talentueux de ne pas rester sur la touche, dans un club ou dans un label, et de leur éviter les arnaques du «milieu». Aujourd’hui, trop des jeunes signent avec un label pour 5.000 € alors qu’avec cette somme, tu produis à peine un clip.»

 

Gaëtan Gras

SOURCEGaëtan Gras
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