L’émission « C’est vous qui le dites » dans le viseur du CSA

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BELGA PHOTO VIRGINIE LEFOUR

Le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) a ouvert une instruction concernant l’émission « C’est vous qui le dites » sur Vivacité, animée par Benjamin Maréchal.

«Rouler au-delà de 60-70km/h quand on approche une troupe de scouts, c’est forcément un risque ou pas toujours?» Deux jours après la mort accidentelle d’un jeune scout percuté par une voiture à Pecq, l’émission «C’est vous qui le dites» posait en ces termes la question à ses auditeurs de la radio Vivacité (RTBF). Alors que des proches de la victime se sont indignés dans une lettre ouverte de «l’indécence» de cette émission animée par Benjamin Maréchal et qu’une pétition a été lancée, le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) a reçu trois plaintes. Une instruction a été ouverte, annonce jeudi l’autorité de régulation.

Pour les plaignants, l’émission diffusée le 20 novembre dernier «exploite la mort d’un enfant» pour «faire le buzz», sans aucune décence par rapport à «la douleur des parents, de la famille et des proches du jeune enfant décédé», résume le CSA.

Plaintes régulières

Son secrétariat d’instruction, soit son organe chargé de traiter les plaintes et de conduire une enquête lorsqu’il suspecte une infraction, a décidé d’ouvrir une instruction. Il a adressé à la RTBF une série de questions sur le respect de la dignité humaine.

Si, à l’issue de ses investigations, il estime qu’il y a bien infraction, il transmettra un dossier à l’instance décisionnelle du CSA qui pourra, si elle aboutit à la même conclusion, prononcer une sanction.

L’émission «C’est vous qui le dites», diffusée tous les matins sur Vivacité, existe depuis plus de 10 ans. Succès d’audience, elle est régulièrement sous le feu des critiques, ses détracteurs la qualifiant de poujadiste. «On reçoit souvent des plaintes pour cette émission», confirme d’ailleurs le CSA.

Une lettre ouverte

Après le débat du 20 novembre consacré à l’accident de la circulation qui a fauché la vie d’un garçon de 12 ans, près d’une centaine de proches des parents de la victime ont adressé une lettre ouverte au ministre francophone des Médias, Jean-Claude Marcourt, et aux parlementaires de la Commission médias du parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles. «Nous vous demandons d’agir pour qu’une telle récupération d’une tragédie pour faire le buzz à n’importe quel prix ne soit plus possible dans le cadre d’un média du service public», y implorent-ils, selon le texte publié sur le site du Soir.

Les signataires de la lettre ont également lancé une pétition, qui a recueilli plus de 4.500 soutiens à ce jour.

Benjamin Maréchal se défend

Benjamin Maréchal s’est défendu dans plusieurs médias, soutenant ne pas avoir dévié sur l’intimité de la famille en deuil et avoir axé le débat sur la sécurité routière. Sur sa page Facebook, il a lié l’étendue de la polémique qui le vise à la classe sociale à laquelle appartenait le jeune Ulysse, «dont la famille n’était pas si anonyme et pas si sans grade que cela».

Plusieurs parlementaires ainsi que le ministre Marcourt ont néanmoins demandé des explications à la RTBF. Le groupe cdH au Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles a aussi publié une carte blanche sur le site du Soir. «C’est clair, pour le cdH, l’émission ’C’est vous qui le dites!’ dessert la mission inscrite au contrat de gestion de la RTBF», y écrit-il. Le parti demande «qu’une réflexion soit engagée au sein de la RTBF».

« Une insulte au service public »

Au sein de l’entreprise publique, justement, Benjamin Maréchal divise de longue date. S’il reste jusqu’ici soutenu par sa direction, certains de ses collègues ne se privent pas pour vilipender la libre antenne matinale de Vivacité. Mercredi, le journaliste de La Première Bertrand Henne a partagé sur sa page Facebook la lettre ouverte contre l’émission de M. Maréchal, avec comme commentaire (retiré depuis): «ce type est une insulte au service public». L’épisode lui aura valu une entrevue avec l’administrateur général de la RTBF, Jean-Paul Philippot, qui lui a demandé de tenir «ce genre de débat en interne à l’avenir», d’après ce qu’en a dit Bertrand Henne lui-même sur le réseau social.

Quant à la direction de la RTBF, elle ne fera aucun commentaire sur le dossier car elle réserve ses réactions au CSA, au ministre Marcourt et aux parlementaires qui l’ont interpellée, a indiqué une porte-parole du groupe audiovisuel.