Shaka Ponk pour « Evol' »: « Notre musique est un psychopathe »

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Ph. Denis Rouvre

On l’attendait avec impatience et le voici enfin: «The Evol’», le nouvel album de Shaka Ponk. Un album abouti qui mélange plusieurs styles, qui part dans tous les sens, qui ne ressemble à aucun autre. Rencontre avec deux sympathiques «psychopathes» de la musique.

Vous êtes venus il y a quelques années aux Francofolies de Spa où vous avez joué la version originale de «My name is Stain», tout en dénonçant les politiques de programmation des radios.

Samaha: «C’est vrai qu’à la base, on a eu pas mal de conflits avec les radios. Mais heureusement, la radio n’a jamais été pour nous un but en soi. On fait de la musique qui est quasiment inaudible (rires). Dès qu’on nous oblige à avoir un format classique, on n’y arrive pas. À la base, on est un groupe de tournée.»

Frah: «Le groupe est né de gens qui nous disent de ne pas du tout faire ce qu’on fait car ça ne marchera jamais. Et ça nous plaît! Ça nous permet de dépasser les limites et de faire quelque chose de différent. On n’a jamais eu ce stress de nous demander si un titre passera en radio ou pas. Quand ‘My name is Stain’ est passé à la radio, cela nous a permis de vendre encore plus de billets de concerts et de jouer dans des salles de plus en plus grandes. C’était cool mais ce n’était pas le but. On fait du rock avec des grosses guitares, de l’anglais et de l’espagnol. On a un style musical qui n’est pas ‘cataloguable’. Les radios sont très frileuses à cause de notre format.»

S.: «On s’est un peu mis tout seuls dans la merde, quoi! (rires)»

Avec cette chanson et son passage à la radio, un autre public vous a découverts.

S. : «C’est vrai! Et on trouve cela génial! Dans le public, il y a des gamins, des mecs de 60 ans, des gothiques, des rastas… qui se mélangent. Ça me plaît. On aime mélanger les styles, ça nous fait kiffer.

F.: «Notre plus grand kiff, c’est d’aller dans un festival de métal et de faire du disco! Les mecs sont d’abord outrés mais à la fin, ils dansent tous! C’est hyper cool.»

Avez-vous l’impression que le public qui vous a découvert avec cette chanson a continué à vous suivre après?

F. :«Les gens qui nous avaient découverts en radio pensaient venir voir un concert un peu pop et reggae. Ils se sont pris un de ces trucs dans la gueule, avec du rock, du folk, du métal et des singes géants… Ils étaient hyper surpris. La majorité l’était agréablement car ils sont allés au-delà de ce qu’ils imaginaient. Ils pensaient voir un concert tranquille et ils se sont tapés des grands mecs qui se bousculaient…»

Dans ce nouvel album, vous partez également dans les extrêmes.

F. : «Notre musique est un peu psychopathe. On écoute tous des styles différents dans le groupe. On s’entend tellement bien que ça se mélange naturellement.»

Comment peut-on finalement définir votre album?

F. :«C’est du rock. La première fois qu’on a vu notre premier album dans les disquaires, en France, on était dans le rayon ‘variété française’, en Allemagne, on était dans le métal pour le même disque. Alors dans chaque ville où l’on se trouvait, on allait voir dans quel rayon on nous avait mis et on prenait des photos (rires).»

S.: «Ça nous fait kiffer de voir que les gens veulent absolument nous mettre des étiquettes.»

F.: «En fait, ce qu’on entend en radio est tellement à l’opposé de ce qu’on fait, c’est normal de ne pas y être.»

Comment écrire un album cohérent quand on a tous des influences différentes?

S.: «Il y a, au centre, le rock. On est tous d’accord avec ça. Le rock musicalement parlant mais aussi dans son état d’esprit. C’est notre grand point en commun. Et de là, ce n’est pas grave si on sort des codes. On écrit un morceau en mélangeant les styles, et nous, ça nous parle.»

F.: «Quand l’un d’entre nous écrit un morceau, il le jette aux autres et ça part dans tous les sens.»

Et ça ne frustre pas celui qui est à l’origine du morceau?

S.: «Surtout quand personne ne l’aime! Ça arrive aussi (rires). Tu arrives très fier et puis…»

F.: «Non, il n’y a pas de frustration…»

S.: «Si quand même. En tout cas de ma part, oui. Frah, c’est vrai qu’il n’est pas comme ça. Il est plus détaché que moi.»

Vous avez mis plus de trois ans pour écrire cet album. Il y a eu entre-temps une tournée phénoménale. Après celle-ci, vous aviez besoin de prendre votre temps?

F.: «En temps normal, dès la fin de la tournée, on repart. Là on s’est posés. Attention on ne s’est pas reposés. On s’est posés dans un endroit comme un groupe normal et on a voulu prendre un certain temps pour digérer et mûrir des chansons. Quand on est en tournée, tu ne vois pas le monde extérieur. On s’est dit qu’on devait aller dans la ‘vie’»

S.: «On a pris le temps d’expérimenter plein de trucs. Dans cet album, on voulait un son différent, plus large, plus nature. Et ça prend beaucoup de temps car on fait tout nous-mêmes!»

«The Evol’» PIAS

Shaka Ponk en concert le 24 mars 2018 à Forest National