Ces Amazoniennes viennent défendre leur forêt qui se meurt

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AFP / L. Robayo

Elles ont quitté leur forêt amazonienne pour porter leur message au monde, à l’occasion de la COP23. L’exploitation de la forêt menace gravement leur environnement de vie. Mais leur message est global: protéger cette forêt est un bénéfice pour la Terre entière. Pour nos enfants, nos petits-enfants, qu’ils soient d’ailleurs ou d’ici… Les femmes du peuple Sarayaku ont fait un crochet par Bruxelles où Metro a pu les rencontrer.

Elles sont fières et magnifiques ces femmes du peuple Sarayaku. Courageuses surtout, souligne la princesse Esmeralda de Belgique, venue les soutenir, et qui précise que l’année passée, 200 activistes de défense de l’environnement ont été tués et 80% d’entre eux faisaient partie des « peuples premiers » comme celui de Sarayaku.

L’économie avant tout

Le regard grave, Mirian Cisneros, la présidente du Peuple Sarayaku, explique: « L’État équatorien privilégie l’économie au détriment du bien-être de la nature et des populations indigènes. Nous sommes officiellement propriétaires d’un territoire de 135.000 hectares mais le sous-sol appartient à l’État qui doit en théorie nous consulter pour son exploitation mais qui ne le fait jamais. Nous sommes un obstacle à son enrichissement selon lui, des ‘anti-développement’ disent-il. » Résultat: les 1200 individus de leur peuple vivent dans l’angoisse permanente. Vont-ils pouvoir continuer à vivre comme ils le font depuis des millénaires ? Vont-ils être expropriés, parqués dans des réserves ?  L’exploitation pétrolière intensive et rampante ne leur laisse pas de répit.

Rien que des mots…

En 2012, les Sarayaku obtiennent une victoire: ils gagnent contre l’État équatorien à la Cour interaméricaine des droits de l’Homme qui dicte une série de directives, comme celle de l’obligation de consulter les peuples indigènes. Mais depuis lors, rien n’a changé. « L’État continue à faire ce qu’il veut, donc nous essayons de nous fédérer avec les autres peuples comme le nôtre dans le monde », explique la Présidente qui présente ensuite leur projet « Forêt vivante », une proposition de textes qui organisent une nouvelle forme de préservation des sites naturels et des peuples indigènes du monde entier.

 

Un problème planétaire

La disparition des peuples premiers est effectivement un problème planétaire. Mais ce qui l’est aussi, c’est le réchauffement climatique et ses conséquences ainsi que l’air de plus en plus vicié de nos grandes villes. La forêt amazonienne aide grandement à limiter les quantités de CO2 dans l’atmosphère. Mais rien que l’année passée, le poumon de la Terre a perdu 8.000 km² de sa superficie. Abigail Gualinga Santi, dirigeante des jeunes Sarayaku,  nous demande: « Je voudrais comprendre ce dont vous avez si besoin au point de venir détruire notre forêt et notre vie ». Mais justement, ces conséquences qui se font sentir partout dans le monde font peut-être que les Sarayaku se sentent à présent plus écoutés qu’avant. « C’est une tendance positive, on nous écoute et on nous invite en personne, sans intermédiaire », insiste Samaï Gualinga Montalvo, qui dirige la communication du projet « Forêt vivante ». L’espoir est permis !

En Belgique, la communauté et son projet sont soutenus par l’asbl MATM (Mouvements d’actions à travers le monde), qui organise en ce moment  une campagne de sensibilisation: « L’Amazonie nous protège, protège-la ! ». Stages, pièces de théâtre, animations dans les écoles, expo photos sont à découvrir.

Lucie Hage

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