Un premier album pour Tim Dup, le petit prince de la chanson

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Ph. D.R.

Découvert au Botanique cette année, Tim Dup, 22 ans, débarque avec un premier album. Paradoxal dans son titre, «Mélancolie heureuse» décrit, avec l’application d’un jeune prodige des mots et des mélodies, les méandres de la post-adolescence et l’entrée dans un âge moins insouciant, plus tourmenté. Mais avec de l’espoir.

L’album est sorti. C’est un aboutissement pour toi?

«Depuis deux ans, c’était devenu un objectif en soi. Au début, ce n’est pas ce vers quoi je m’étais tourné. Au début, la musique pour moi, c’était avant tout la scène. Quand j’ai commencé à faire des chansons, je voulais les porter sur scène. Après, c’est entré dans un cadre plus professionnel qui a fait que j’ai sorti un premier EP il y a un an. Le deuxième objectif, c’était l’album.»

La musique te suit depuis longtemps. Une tradition familiale?

«Il y avait une ambiance très musicale à la maison. On écoutait de la musique tout le temps. mon père passait des disques. Pas que de la chanson française. Et même principalement de la pop anglo-saxonne avec les Beatles, Supertramp, Bob Dylan,…»

Et tu t’es senti à l’aise tout de suite avec le piano?

«Très vite, j’ai eu envie de m’amuser avec lui, de composer, de divaguer,… J’ai eu une prof qui venait à la maison. J’étais hyper flemmard. Elle l’a senti. Mais voyant que j’étais passionné et que j’avais une bonne oreille, elle s’y est faite. Elle m’a fait travailler du classique pour la technique mais aussi du contemporain: du jazz, du boogie,… Des morceaux qui me plaisent vraiment.»

Et l’écriture?

«Elle est venue bien après. Le piano, c’était dès mes sept ans. J’ai écrit ma première chanson à 13 ans. C’était pour une fille, ça commence toujours comme ça. J’avais le goût du français. J’aimais bien les écrits d’invention, les rédactions. Je n’étais pas un gros lecteur. Pourtant au début, je chantais en anglais dans un groupe de pop. Et puis en français, où le sens est tellement important.»

« La musique ne fonctionne que si elle est partagée »

Tu es seul sur scène et le sera encore lors des prochains concerts. Penses-tu avoir une certaine audace pour faire ça?

«En tout cas, les artistes dont j’ai fait les premières parties étaient assez interpellés par le fait que je vienne seul pour faire mon truc. Ils m’ont dit que c’était assez courageux. Mais je trouve que trouver une cohésion de groupe à cinq par exemple, ce n’est pas simple aussi.»

Tu intitules ton album «Mélancolie heureuse» Est-ce un état d’esprit?

«Pendant l’écriture de l’album, certainement. Quand j’étais petit, j’étais surtout touché par des chansons un peu tristes. Mais je ne suis pas quelqu’un de triste du tout. C’est le paradoxe. C’est l’ambiance du disque: des arrangements mineurs tout en ayant des notes lumineuses et d’espoir.»

«Vers les ourses polaires» est une chanson de voyage imaginaire, l’envie d’aller vers les autres…

«Je devais être au collège quand j’ai vu le film ‘Into the wild’. Sa morale m’a marqué: ‘Il n’y a de bonheur vrai que quand il est partagé’. Et la musique fait partie de ça. Elle ne fonctionne que si elle est partagée. La personne qui envoie dépend de celle qui la reçoit, et réciproquement. C’est hyper chouette. J’ai envie d’être sincère mais sans être pathos non plus. Il n’y a qu’un piano et une voix, les thèmes ne pouvaient être, selon moi, que très personnel. J’essaie d’inclure ce que je vis et vois: mon époque et ma jeunesse.»

«Mortelle Habanera» ou «Une envie méchante» sont des textes assez durs. Voir quelqu’un nous échapper peut-être parfois violent?

«Les chansons sont des plaisirs, mais aussi des passions, des défouloirs, des envies. C’est aussi un endroit où l’on force les traits. Je n’ai pas forcément vécu ce qui se passe dans ‘Mortelle Habanera’, mais ce sentiment de possession de l’autre, je l’ai ressenti à un moment donné. ‘Une envie méchante’ est un message à mes proches qui s’inquiètent par rapport au milieu musical. On a vu de jeunes artistes se brûler les ailes avec les notoriété. Mais je leur dis que ça ne sera pas le cas pour moi.»

Nicolas Naizy

Tim Dup, «Mélancolie heureuse»

En concert le 13 décembre au Palace (Central) à La Louvière.