Moquettes, smoothies, température…: tout ce qui est fait pour rendre la COP23 « durable »

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AFP

Avec quelque 25.000 participants venus du monde entier, réunis pendant près de deux semaines, la 23e Conférence de l’Onu sur les changements climatiques à Bonn génère inévitablement son lot de déchets, pollution, gaz à effet de serre… Un comble pour une conférence sur le climat mais une kyrielle de mesures ont été prises pour faire de la COP23 « une conférence aussi durable que possible », selon ses organisateurs.

Les transports publics de Bonn, dont des bus électriques et hybrides, sont disponibles gratuitement pour les participants à la COP23 et des véhicules électriques, dont les batteries fonctionnent à l’énergie renouvelable, relient les deux sites officiels (les zones « Bula » et « Bonn ») de la grand-messe climatique mondiale. Sans oublier 600 vélos également mis gratuitement à disposition des participants.

Réutilisation

Certains bâtiments temporaires ont dû être érigés pour accueillir les quelque 200 délégations. « Mais temporaire ne signifie pas à usage unique », assurent les organisateurs de la COP23, co-organisée par les autorités allemandes qui apportent un soutien logistique et financier considérable à la présidence fidjienne. La plupart des matériaux utilisés pour les bâtiments éphémères de la COP seront réutilisés pour d’autres projets.

Même la moquette recouvrant le sol de ces lieux provisoires a fait l’objet d’une attention particulière. Elle se compose de dalles d’environ un mètre carré chacune, qui peuvent être remplacées en cas de besoin (taches, dégradations) sans devoir changer tout un pan de moquette. Ces dalles seront réemployées après l’événement onusien, nous assure-t-on. Quant aux panneaux, affiches et autres supports informatifs utilisés pour la COP, ils seront recyclés en bouteilles de plastiques réutilisables… pour la COP24, prévue en décembre 2018 à Katowice (Pologne).

Pour éviter tant que faire se peut les déchets, des tasses, gobelets, bouteilles, mais aussi de la vaisselle et des couverts à « usage multiple » sont utilisés. Et différentes sortes de poubelles permettent un tri des déchets, pour autant que l’on s’y retrouve dans les codes de couleur.

Gaspillage alimentaire

Autre point important: la nourriture. Celle servie aux quelque 25.000 estomacs participants à la Conférence climat est majoritairement végétarienne (à 60%), dans un souci environnemental. A la COP21 en 2015 à Paris, 30% de la nourriture servie était végétarienne. On trouve donc cette année au menu de la goulasch ou de la paella végétariennes mais aussi des versions « veggies » de plats traditionnels allemands comme des ravioles appelées « Maultaschen ».

Une attention particulière est portée au gaspillage alimentaire, véritable fléau des temps modernes quand on sait que 1,3 milliard de tonnes d’aliments sont gaspillés dans le monde chaque année, selon la FAO, soit un tiers de la production alimentaire destinée à la consommation humaine. « Si le gâchis alimentaire était un pays, il serait le troisième plus gros émetteur de gaz à effet de serre », illustre Nick Nuttall, le responsable communication de l’UNFCCC, l’organe onusien sous l’égide duquel sont organisées les négociations mondiales sur le climat.

Au lieu d’être jetés sans autre forme de procès, certains restes alimentaires, comme des fruits et légumes un peu trop mûrs, sont dès lors transformés en smoothies. Quant aux déchets organiques qui ne pourront être transformés, ils seront valorisés en biogaz et biocarburant, promet-on.

Emissions de gaz

Par ailleurs, l’énergie alimentant les différents bâtiments de la COP est d’origine renouvelable, avec pour objectif d’atteindre une part de 80% d’énergies renouvelables durant la conférence. Mais des ONG ne se gênent pas pour rappeler qu’à une cinquantaine de kilomètres à peine de Bonn, quelque 40 millions de tonnes de lignite sont extraites chaque année de la mine à ciel ouvert de Hambach. Du lignite utilisé dans les centrales au charbon allemandes. Enfin, dans un souci d’utilisation rationnelle de l’énergie, les organisateurs de la COP23 conservent tous les espaces intérieurs à une température moyenne de 21°C. Pas un degré de plus.

Tous ces efforts louables n’éviteront toutefois pas un certain niveau d’émission de gaz à effet de serre. C’est pourquoi le gouvernement allemand a annoncé qu’il compensera les émissions inévitables de la COP23, de préférence via des projets menés dans des petits États insulaires en développement, « en signe de reconnaissance » de la présidence fidjienne de la COP23. Et les ONG, entreprises et particuliers participants ont toujours la possibilité de compenser leurs propres émissions de gaz à effet de serre en achetant des compensations certifiées par l’Onu.