Alex Vizorek: «Je m’en fiche de vexer les gens mais je ne veux pas être mal compris»

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AFP / J. Saget

Après «Chroniques en Thalys», Alex Vizorek revient une nouvelle fois avec ses meilleures chroniques. Dans «L’Échappé belge», on retrouve celles qui ont fait rire les Français mais aussi les Belges puisqu’une trentaine de pages nous sont spécialement destinées. Rendez-vous décontracté avec un compatriote… hors norme!

Pour la Belgique, vous avez édité un supplément.

«Il y a 30 pages de moins dans la version en France. C’est cadeau, c’est offert! (rires)»

Est-ce que les Belges paient plus pour ce supplément?

«Je ne crois pas! C’est vrai que ça pourrait passer pour de l’arnaque (rires). En réalité, c’était vraiment une volonté de ma part et de celle de l’éditeur. Les Français ne pigeront pas les blagues sur Laurette Onkelinx, donc on n’a pas mis les chroniques de l’Échappée belge dans la version française du livre.»

AFP / J. Saget

La chronique avec Laurette Onkelinx dont vous parliez avec fait un buzz.

«Un super buzz! Parce qu’à la fin de la chronique, quand on lui demande si elle a rigolé, elle répond ‘non’. Elle aurait pu dire quelque chose comme ‘C’est drôle mais je n’ai pas le cœur à rire’, et à ce moment-là, ça ne faisait pas le buzz que ça a fait. La violence de son ‘non’ fait que tous les médias ont repris la chronique et son ‘non’.»

Dans vos chroniques, vous pointez du doigt souvent l’absurde de nos sociétés.

«C’est un peu le taf. C’est ce que les gens attendent de nous. Il faut essayer de décaler. L’absurde est une bonne méthode. Quand tu compares le parti socialiste à un cirque, tu te marres. Une fois que tu as l’idée, le fil n’est pas très compliqué à détricoter. Avec la chronique sur les costumes de Fillon, je suis en léger décalage. Je pars du principe qu’un homme n’offre pas un costume à un autre homme… Ça n’existe pas… Sauf si tu trouves qu’il est mal habillé.»

On fait de la pommade pour les gens

Ou que tu es son père?

«(Rires) Je n’avais pas pensé à celle-là. Mais oui! Et même… à l’âge de François Fillon, normalement ton père ne t’offre plus de costume. Il y a beaucoup de choses qui sortent des médias, qui sont très premiers degrés. J’aime détricoter tout ça. Je ne demande pas mieux que sort le hashtag ‘balancetonporc’, ou tout ce qui se passe avec le Samusocial. Tout ce que vous sortez en presse, nous, on l’utilise. On fait de la pommade pour les gens.»

Dans certaines chroniques, vous mettez aussi en avant la difficulté de se retrouver devant certaines personnes. Par exemple, vous expliquez que faire rire Marine Le Pen, ce n’est pas très bien vu. Il y a aussi l’épisode avec l’ambassadrice d’Israël. Comment trouver le juste milieu?

«La pire des choses qui puisse arriver pour un humoriste, c’est d’être repris par des gens qui n’ont pas les mêmes idées. Dans le cas de l’ambassadrice, je ne voulais pas que des antisémites reprennent ma chronique mais je ne voulais pas non plus lui cirer les pompes car Israël reste un pays où on peut débattre sur pas mal de trucs. Et donc j’ai appelé un de mes meilleurs amis qui est juif pour voir comment il trouvait mes vannes et si les nuances étaient bonnes. Je m’en fiche de vexer les gens mais je ne veux pas être mal compris ou utiliser une arme que je ne maîtrise pas.»

Dans certaines de vos chroniques, on en apprend aussi beaucoup sur vous…

«Ah bon! (rires) Comme quoi?»

Vous avez, par exemple, un point commun avec Macron en matière de vie privée.

«(Rires). En radio, on se crée un personnage. Et celui que j’ai créé part, c’est vrai, de faits réels. Je trouve que le vécu est important. Une femme d’une quarantaine d’années, qui a un vécu, je trouve que ça a énormément de charme. Je suis l’anti-Jean-Luc Lahaye (rires). Je me sacrifie volontiers pour jouer ce personnage… Et c’est vrai que si je te parlais de ma vie privée, il se pourrait que je te parle de ces choses-là… Mais comme je ne le fais pas…! (rires

AFP / J. Saget

Aujourd’hui, vous êtes connu, votre carrière a bien décollé. C’est quoi la suite ?
«’Chroniques en Toscane’ où je raconte ma retraite (rires). Non, en fait, aujourd’hui, j’ai la chance d’être à un moment de ma carrière professionnelle où l’on m’écoute. Si j’écris un scénario par exemple, aujourd’hui, on le lira. Je suis prudent sur ma carrière car j’ai l’impression qu’en humour, on vieillit vite.»

Vous pensez avoir une date de péremption?

«Oui je pense… mais il faudrait que je la repère avant (rires). L’idée, c’est de ne pas la dépasser. Mais bon ça va… pour l’instant, je suis plus dans la quête d’un nouveau public.»

En quelques lignes

Alex Vizorek fait partie de ces bons humoristes belges qui nous ont malheureusement échappé. Aujourd’hui, on le voit notamment dans « Salut les Terriens » aux côtés de Thierry Ardisson ou on l’entend sur France Inter avec une autre de nos compatriotes, Charline Vanhoenacker. Il sort un nouveau livre dans lequel il reprend le meilleur de ses chroniques de ces dernières années. Et croyez-nous, il y a du bon… et du très bon ! Il faut dire que les actualités belge et française ont été une aubaine pour le chroniqueur. Les chroniques sont en outre entrecoupées de caricatures des talentueux Kroll et Vadot. « L’échappé belge » est sans aucun doute un véritable plaisir cérébral et un excellent livre de fin d’année à offrir sans modération! (mh)

« L’échappé belge », d’Alex Vizorek, édition Kero, 240 pages, 15,90 € ****

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