Cigarettes after Sex, la révélation hypnotique de 2017

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Photo D.R.

Le vent peut tourner. Il y a deux ans d’ici, Greg Gonzales travaillait encore dans un cinéma à New York et aujourd’hui il émeut les gens dans le monde entier avec ses chansons incantatoires et fragiles. Cigarettes after Sex est une hype, c’est certain.

« Pour moi aussi, c’est une surprise! » Le Texan reste étonnamment modeste dans le succès. « Quand les premiers titres sont sortis, ils n’intéressaient personne. Nous les avions balancés gratuitement en ligne pour que tout le monde puisse les écouter. Puis ils se sont retrouvés sur YouTube et ont connu une seconde vie via les médias sociaux. Le plus fou, c’est que ce n’est pas nous qui l’avons fait, mais une poignée de fans. Bien entendu, c’est un beau compliment. Quand notre musique est devenue virale, nous avons reçu des demandes du monde entier pour venir jouer. C’est vraiment une histoire dingue. Je ne m’explique toujours pas comment tout cela a pu arriver. »

De quelle manière votre vie a-t-elle changé?

« Je travaillais dans un cinéma à New York et je me rendais à pied à mon travail dans la neige lors de l’hiver glacial. Et peu de temps après, je me suis retrouvé de l’autre côté de la barrière à faire le tour du monde avec ma musique. J’ai toujours rêvé de me retrouver sur une scène. Enfant déjà, je voulais écrire des chansons et les chanter. »

Et soudain tout le monde attend ce premier album. N’êtes-vous pas terriblement sous pression?

« C’est supportable, parce que je ne me suis jamais arrêté à ce que les autres pensaient de ma musique. Je suis moi tout simplement et si d’autres personnes aiment ce que je fais, c’est chouette. Si ce n’est pas le cas, c’est aussi OK. Si je devais faire un disque pour le public, ce ne serait jamais aussi personnel. Je suis tout simplement mon instinct. »

Vous avez mis du temps avant de trouver votre propre style.

« C’est vrai, croyez-le ou pas, mais j’ai été longtemps inspiré par la musique de Madonna dans les années 80, comme ‘Like A Prayer’ et ‘Borderline’. Petit à petit, j’ai évolué vers des groupes comme The Smiths. La phase suivante est comme maintenant, une musique plus lente et plus douce. Aujourd’hui, les sensations sont vraiment bonnes. J’ai dû chercher pendant des années, mais cette musique correspond parfaitement à ma personnalité. Ma vie aussi est devenue soudain plus facile. J’ai découvert ce que j’aimais faire et pas beaucoup plus tard j’ai déjà pu en vivre. »

Est-ce important pour vous que les gens écoutent votre musique?

« À franchement parler, sur le plan personnel je serais aussi heureux que maintenant. Je n’étais pas amer et malheureux avant. Je suis très content de la façon dont cela s’est passé et je suis reconnaissant pour les opportunités que j’ai reçues, mais avant j’étais aussi positif dans la vie. »

Cette année, vous avez notamment fait Rock Werchter. Est-ce difficile de jouer une musique aussi personnelle devant un public gigantesque?

« J’ai le sentiment que le public est toujours avec nous parce que les morceaux sont sincères, donc pas de problème. Je les ai écrits à la maison, seul avec ma guitare et mon ordinateur. C’est vraiment totalement différent de les jouer dans des festivals comme Rock Werchter. Mais je me sens vraiment à ma place sur scène. Je joue depuis tellement longtemps que c’est naturel. À Werchter, j’avais peur que les gens ne s’ennuient parce que c’est vraiment une musique lente, mais cela ne s’est pas produit. Parfois même le public a chanté avec nous très fort et avec enthousiasme. C’est très étrange, car on ne s’y attend pas. C’est bien évidemment une sensation fantastique quand le public est aussi enthousiaste, même si je trouve aussi chouette quand ils écoutent dans un silence tel qu’on pourrait entendre une mouche voler. Le public donne à chaque fois une autre dimension à la musique, ce qui est intéressant. »

Heleen De Bisschop

Cigarettes after Sex joue ce mardi 7 novembre à l’Ancienne Belgique à Bruxelles.