« Unité 42 » : une série belge « glaciale, austère et tranchante »

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Ph. Kim Sattler / Left Field Ventures

Après «La Trêve» et «Ennemi Public», c’est au tour d’«Unité 42» de débarquer sur la RTBF le 19 novembre prochain. Cette nouvelle série 100% belge qui se déroule à Bruxelles, nous plonge dans des enquêtes policières liées à la cybercriminalité. Nous avons rencontré Patrick Ridremont, l’un des deux rôles principaux, qui incarne un flic veuf et père de trois enfants.

Comment décririez-vous le ton de la série?

«Glacial, austère et tranchant. On est dans quelque chose d’assez chirurgical qui me plaît. De la réalisation à l’interprétation en passant par les personnages, ce ne sont pas des gens qui s’énervent et qui disent des mots inutiles. Ils observent, ne disent pas ce qu’ils éprouvent et vont à l’essentiel. Mais ça ne veut pas dire que le spectateur s’ennuie ou est glacé. Il y a aussi un peu de fantaisies. C’est une série très intelligente qui fait un peu penser aux anciennes séries policières mais avec des méthodes modernes et qui n’est pas cousue de fil blanc.»

Elle est aussi très réaliste…

«Oui, c’est fou. On voit beaucoup de choses, on prend le temps de tout montrer. Une femme qui se fait étrangler longuement, des corps nus, etc. Ils n’ont pas hésité à passer 4 heures au maquillage pour un plan de dix secondes d’une femme à la morgue. Il n’y a pas d’économie.»

Ph. Kim Sattler / Left Field Ventures

 

Est-ce que c’est la belgitude qui donne ce côté un peu glauque à la série?

«Ce sont les Flamands (les trois réalisateurs sont Flamands, NDLR). Ils sont plus proches des pays nordiques au niveau de la réalisation, alors que nous sommes plus proches de la France. C’est plus froid.»

C’est donc une série bilingue

«Oui, mais il n’y a pas eu de problème de communication. Les réalisateurs sont parfaitement bilingues. Et ça s’est très bien passé aussi avec Constance (Gay, l’autre rôle principal de la série, NDLR) qui est Française. On s’est rendu compte qu’on n’avait pas vraiment le besoin de trop parler. La direction d’acteur était efficace, avec moins de palabre. »

Au niveau de l’écriture, est-ce qu’il y a un style véritablement belge?

«La différence entre la Belgique et la France se situe plutôt dans la réalisation et la production. D’ailleurs, l’une des auteures de la série est française. En Belgique, il y a moins d’argent, mais tout l’argent est à l’écran. Un producteur belge hypothéquerait sa maison pour faire ce dont rêve le réalisateur.»

Ph. Kim Sattler / Left Field Ventures

C’est une équipe féminine à l’écriture. Est-ce que cela se ressent d’une certaine manière dans la série?

«Peut-être dans l’émotion. Par exemple, il y a une scène ou je dis ‘je t’aime’ à l’un de mes enfants. Je pense que les femmes ne se demandent peut-être pas si ce qu’elles écrivent sont à la limite du ridicule. Les femmes ont moins peur des sentiments que les hommes.»

Qu’est-ce qui vous a séduit dans votre rôle?

«Avant d’accepter, ce qui m’a plu, ce sont des choses égocentriques comme ‘chouette, c’est un premier rôle et enfin dans mon pays’. Ensuite, j’ai découvert le scénario et le fait d’avoir une enquête par épisode m’a plu. Je trouvais aussi les dialogues pas mal écrits. En ce qui concerne mon personnage, c’est la première fois que je regarde avec plaisir un épisode d’une série dans laquelle je joue. Parce que je me rends compte que j’ai été très bien dirigé. Le réalisme, la musique, le montage, on est presqu’au cinéma.»

Comment s’est déroulé le tournage?

«C’était mon tournage le plus long, il a duré 84 jours. C’était fatigant mais quand vous êtes fatigués, il faut toujours regarder le caméraman car il travaillera toujours davantage que vous. C’était un triple marathon.»

Ph. Kim Sattler / Left Field Ventures

Qu’est-ce que ça vous fait de participer à cet essor des séries belges?

«C’est une grande fierté. Il y a aussi une forme de pression malgré tout. Mais ce n’est pas tellement par rapport à nous mais plutôt par rapport au suivant. «La Trêve» ne venait de nulle part et après ça, les Belges se sont sentis pousser des ailes. Il y a eu un vent de patriotisme. Du coup, il y a une grande attente pour le suivant. Si le public ne regarde pas ‘Unité 42’, c’est le suivant qui va morfler. C’est un peu le ‘petit esprit’ des Belges. On est capables de vider le stade du Heysel après deux défaites des Diables Rouges.»

Avez-vous d’autres projets en vue?

«Oui, j’aimerais bien réaliser un second long-métrage. Disons au printemps 2018 car nous sommes en train de monter le budget. Ce ne sera pas du tout dans le même registre que ‘Dead Men Talking’ mais plutôt une comédie. Il n’y aura pas de meurtres (rires)

Ph. Kim Sattler / Left Field Ventures

En quelques lignes

Après la mort de sa femme, Samuel Leroy (Patrick Ridremont), un flic de la criminelle, doit s’occuper seul de ses trois enfants. Il change alors de département pour intégrer la Cyber Crime Unit de Bruxelles. Elle est spécialisée dans la résolution de crimes liés aux technologies digitales et connectées. Elle combine enquêtes de terrain et immersions dans le virtuel. Dans cette nouvelle unité, Sam va être confronté à de nouveaux codes et va devoir faire équipe avec Billie Vebber (Constance Gay), une jeune policière idéaliste experte en programmation informatique. Après le visionnage du pilote (chaque épisode raconte une enquête différente), ce qui nous frappe en premier est le côté très réaliste de la série. Mise en scène par un trio de réalisateurs flamands, «Unité 42» est assez crue, froide et sans fard. Au niveau des acteurs, le duo Ridremont-Gay fonctionne plutôt bien et l’on retrouve à leurs côtés l’excellent Tom Audenaert, que l’on avait déjà aperçu dans «La Trêve». La réalisation de ce premier épisode est accompagnée d’une musique prenante mais manque peut-être d’une véritable atmosphère pour nous plonger totalement dans les enquêtes glauques de cette unité spéciale.