Philippe Besson écrit un livre sur Macron : « On n’écrit pas sur les perdants »

Ph. Soazig de la Moissonnière

Philippe Besson n’y croyait pas. Et pourtant, il décide directement de le suivre dans l’aventure. Dans «Un personnage de roman», l’écrivain raconte cette aventure hors du commun, celle d’Emmanuel Macron qui devient président de la République française.

Finalement, c’est un pari réussi.

«(rires). C’est exactement ce qu’il (Emmanuel Macron, NDLR) m’a dit: que j’avais eu du discernement.»

Vous écrivez que quand vous commencez à suivre l’aventure Macron, vous n’êtes pas sûr qu’il deviendra président.

«Quand il se lance dans l’aventure et qu’il démissionne du ministère de l’économie en août 2016, je comprends qu’il va être candidat. Mais je m’en tiens aux fondamentaux de la politique. Les Français n’ont jamais élu un président de 38 ans, ni quelqu’un qui n’appartenait pas à un des deux grands partis du pays. J’ai pensé que c’était voué à l’échec, franchement. En même temps, je voyais qu’Emmanuel y allait avec une espèce de résolution et de détermination incroyable. Il n’y allait pas pour faire de la figuration. S’il gagnait, cette aventure serait hors du commun.»

Ph. Soazig de la Moissonnière

En termes de roman, c’est une belle aventure à raconter.

«Pour le romancier que je suis, c’est génial. S’il gagne, il aura fait l’histoire, ce qui est un matériel de roman, et il se sera inventé un destin -un autre matériel de livre.»

Et s’il avait perdu?

«Il n’y aurait pas eu de livre. On n’écrit jamais sur le perdant. On écrit que sur le vainqueur. J’imagine donc qu’il n’y aurait pas eu de livre. Il aurait fallu que cette défaite porte en elle quelque chose d’exceptionnel qui justifierait qu’on écrive sur elle. Au fond, je trouve que ce qui serait aussi intéressant d’écrire, c’est un livre sur la défaite de Fillon. Pour le coup, là, ce n’était pas prévu. Il devait gagner. C’était une chronique d’une victoire annoncée. Quand on perd une élection imperdable, ça, c’est intéressant. Comment ce crash s’est-il produit? Il y a là aussi un matériel littéraire.»

Vous avez approché de très près la politique française et le ‘tourbillon’ d’une campagne, comme vous l’écrivez. Vous en pensez quoi?

Notre avis
C’est dans un pari (pas si) fou que se lance Philippe Besson en septembre 2016. Le 30 août, il voit Emmanuel Macron au journal télévisé de 20 heures venu expliquer pourquoi il a démissionné du ministère de l’Économie. Pour l’écrivain, cette apparition est une sorte de révélation. Il se dit d’emblée qu’il veut écrire l’histoire de l’homme qui devient président. Durant la campagne électorale, il le suit partout. Il prend des notes, l’interroge. Il se lie incontestablement d’amitié avec celui qui va devenir le Président de la République française et avec celle qui deviendra la Première Dame. Sans nul doute: Emmanuel Macron devient petit à petit le personnage principal d’un passionnant roman d’aventure. Un personnage qui bouleverse sa destinée, qui écrit sa propre histoire. Le résultat tout le monde le connaît. Mais lire cette aventure à travers la plume de Philippe Besson, c’est tout simplement enivrant. (mh) 4/5
«Un personnage de roman», de Philippe Besson, éditions Julliard, 216 pages, 18

«Une campagne électorale, c’est à la fois comme on l’imagine, et à la fois pas du tout. On l’imagine comme une centrifugeuse. Ça n’arrête jamais, ça tourne tout le temps. Il y a tous les jours un meeting, une rencontre, une interview, un plateau TV, etc. Cela ne s’arrête jamais. On imagine aussi qu’il y aura des imprévus, des accidentés, des loopings, etc. Et on n’est pas déçus, surtout avec cette campagne qui a été particulièrement accidentée. Par contre, il y a ce que l’on n’imagine pas. La répétition par exemple. Il n’y a rien qui ressemble plus à un discours que celui de la veille. Il y a une espèce de lassitude. C’est parfois asséchant. On découvre aussi que la campagne électorale n’est pas le moment où le candidat s’immerge enfin dans le réel. En réalité, il voit surtout les perches de micro et les caméras de télévision. Personnellement, je voyais un homme cerné par des caméras et des micros, un homme auquel les Français n’arrivaient pas à avoir accès. D’ailleurs, les gens se tournaient plutôt vers Brigitte Macron, qui était le véritable capteur des humeurs françaises.»

Brigitte Macron est présente dans tous les déplacements de son mari. Vous lui demandez même s’il la voit comme un atout ou un handicap.

«Je pense que c’est la question qui l’a le plus agacé. Il avait raison de très mal la prendre, ma question était assez inélégante. Pour moi, elle était politique, pas pour lui. Et il a raison. Il dit: ‘Elle, c’est moi. Et moi, c’est elle’. Point. Il n’y a rien à négocier. Par ailleurs, Brigitte a été extrêmement importante dans la campagne à plus d’un titre. Il ne se serait pas présenté si elle avait dit non. Et elle a été utile. Elle a capté les humeurs du vieux pays.»

Elle dit même que le titre d’un livre la concernant serait «Vous direz à votre mari».

«Exactement. La prise directe avec le réel, c’est elle. J’ai vu aussi les femmes autour d’elle, et ça aussi, c’est impressionnant. Les femmes bourgeoises lui disaient qu’elle incarnait l’élégance bourgeoise à la française. Pour les femmes progressistes et plus jeunes, elle était l’audace, la transgression, le risque. Pour les femmes de plus de 50 ans, elle leur a rendu la visibilité.»

AFP / Angelos Tzortzinis

Elle a pourtant été très attaquée durant la campagne.

«Une violence misogyne s’est déchaînée contre elle. Elle était ramenée à son âge et à leur différence d’âge. Cela les a blessés. Mais ça a renforcé la détermination d’Emmanuel Macron. Le moment où il dément les rumeurs d’homosexualité, c’est aussi une façon de dire ‘stop’ et de faire une déclaration d’amour à sa femme. Derrière cela, il faut voir de l’homophobie -un homosexuel ne pourrait donc pas devenir président?- mais aussi de la misogynie. Si Brigitte avait 25 ans de moins, il n’y aurait pas de souci? Emmanuel a vu cette misogynie à l’œuvre, et elle lui a été insupportable.»

Aujourd’hui, vous le voyez beaucoup moins.

«Je l’ai vu tous les jours pendant neuf mois. C’est sûr que je le vois beaucoup moins. Mais on arrive encore à se voir et à se parler. Emmanuel Macron, c’est le genre d’homme qui vous envoie des textos à 1h du matin. Quand je le vois, je sais qu’il a des responsabilités et pour lui, il n’est pas question de les partager. Et c’est bien comme ça. J’aime l’idée qu’il garde la part de secret inhérent à cette fonction. On parle de littérature, de nos vies.»

Comment se comporte-t-on devant un président? On dit toujours ce que l’on pense?

«Bien sûr. Je n’ai pas de raison de changer de comportement dans la mesure où je le connaissais avant. J’ai toujours eu un rapport malicieux avec le pouvoir de manière générale. Et surtout, il ne demande pas de changement. Toutefois, je ne cache pas qu’on ne peut pas oublier que l’on est en train de parler au président de la République.»