Un nouveau scénariste pour Largo Winch

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C’est sans doute le héros auquel tenait le plus Jean Van Hamme. Mais le scénariste a décidé de passer Largo Winch à un autre. Le romancier français Éric Giacometti reprend le destin du milliardaire playboy et rebelle, et y ajoute sa patte. Rencontre avec un romancier qui imagine un Largo renouvelé.

Quand on reprend un personnage comme Largo Winch, à quoi ne doit-on surtout pas toucher ?

Ph. Chloe Vollmer-Lo

Éric Giacometti : « À son ADN certainement. Il repose sur une ambiguïté fondamentale: un milliardaire rebelle. On ne touche pas à l’empire ou au héros. Largo Winch n’est pas un loser, mais il y a peut-être une part sombre à exploiter.»

On n’y touche pas mais on peut jouer avec cette ambiguïté.

« Tout à fait. mais Jean Van Hamme avait déjà construit cette mécanique. J’ai de la chance par rapport à ceux qui ont repris XIII par exemple. Ce héros est déjà riche psychologiquement. Il est éminemment moderne. Créé en 1976, il parle en 2017 de délocalisations, de paradis fiscaux et d’altermondialisme. Largo Winch a toute sa place aujourd’hui. Concrètement, je savais que je ne voulais pas retourner pour ce nouvel album dans une atmosphère confinée. Le dernier diptyque était un formidable huis-clos que Philippe Francq parvient à dessiner à merveille. »

Du coup, vous le faites voyager…

« Je voulais de l’évasion. Ce sont des trucs d’enfant que j’assume complètement. Quand j’habitais enfant en banlieue parisienne, la BD me donnait l’occasion de m’évader de mon ciel gris.»

Vous vous amusez aussi à ternir son image de séducteur parce qu’il se fait remballer…

« C’est sa première veste ! Peut-être qu’inconsciemment, je voulais que le héros que j’admire en connaisse une comme j’en ai connu dans ma vie. Mais plus largement dans son rapport aux femmes, je me suis plus à exploiter une veine peut-être nouvelle. La femme tueuse, on connaissait. Mais j’arrive après le diptyque où il tombe amoureux d’une jeune femme Saïdée. Elle lui a tenu tête, elle a été tuée. Il veut la venger. C’est une veine intéressante.»

Reprendre une telle série, ça ne se refuse pas?

«Quand Philippe me l’a proposé, j’ai eu un moment de joie avant une petite frayeur. Mais ça ne se refuse pas. J’ai fait toute ma carrière sur le thriller que je connais bien (il co-écrit avec Jacques Ravenne les enquêts d’Antoine Marcas éditée chez JC Lattès, NDLR). Je n’ai donc pas besoin de Largo pour me faire un nom. Et deuxièmement, je suis novice en BD, je n’ai pas à me comparer à Jean Van Hamme. Je réalise un rêve d’enfant.»

Y a-t-il une difficulté à expliquer en BD les questions financières auxquelles est confronté Largo ?

«Dans l’absolu c’est compliqué. Mais j’ai d’abord travaillé comme journaliste au Parisien. Quand j’étais chef de service, je devais relire les papiers de certains confrères parfois très spécialisés. Comme je devais les comprendre, je savais où placer la barre de la difficulté. Pourtant on parlait parfois de sujets très complexes. En plus, il faut trouver l’équilibre avec les scènes d’action. L’idée n’est pas d’aller dans le détail absolu des aspects financiers, mais veiller à ce que cela reste crédible.»

Nicolas Naizy

En quelques lignes

Depuis la mort de la belle Saïdée, Largo Winch cherche à savoir qui est derrière son exécution. Le milliardaire devra totuefois revenir aux affaires lorsque son empire est confronté à de fausses informations, accusant son entreprise d’avoir orchestré un flash krach financier. Mais l’informaticienne accusée de hacking est peut-être elle-même victime de manipulation. Cette reprise d’une série-phare de la BD franco-belge ne manque pas de souffle. Éric Giacometti tire parfaitement les ficelles du récit à suspense, ne ménageant pas l’aventure. Notre héros transpire même d’angoisse par moments, de quoi casser son image d’homme à qui rien ni personne ne résiste. On n’a qu’une seule envie, découvrir la suite au plus vite, tant le cliffhanger est insoutenable. Avec ce nouveau scénariste, le dessin de Philippe Francq trouve l’espace à son talent, nous offrant des planches de courses-poursuites parfois vertigineuses dans un décor de rêve mexicain. Largo Winch connaît de nouveaux tourments personnels, promettant de belles pages à venir. Haletant !

«Largo Winch – t. 21 : L’étoile du matin», d’Éric Giacometti et Philippe Francq, éditions Dupuis, 48 pages, 13,95€****