Aurélien Ducoudray clôt «À coucher dehors»

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Il est l’un des scénaristes les plus prolifiques du moment. Aurélien Ducoudray est à l’aise dans le polar, l’aventure et l’humour. Avec «À coucher dehors», il signe la comédie à l’italienne qu’il rêvait d’écrire depuis longtemps.

Des SDF, une personne trisomique, un moine… Dans «À coucher dehors», y avait-il une volonté de donner la parole à ces personnes que notre société garde à la marge?

Aurélien Ducoudray

«Ce qui m’intéressait, c’était d’écrire une comédie à l’italienne. ‘Affreux, sales et méchants’ (d’Ettore Scola sorti en 1976, NDLR) est vraiment mon film de chevet. Je le regarde plusieurs fois par an. Je voulais des personnages aussi forts avec des noms qui parlent pour eux. Un personnage qui s’appelle ‘La Merguez’, c’est bon. Je peux faire 50 pages muettes avec ce type. Son nom, c’est son identité. Je ne sais pas si le côté marginal était conscient. J’aime bien la méchanceté dans la comédie. On dit qu’il ne faut pas se moquer des pauvres. Je ne crois pas me moquer d’eux mais plutôt de rire avec eux. J’aime bine les gens qui rient un peu d’eux-mêmes.»

Le personnage central d’Amédée n’est pas net, mais on sent qu’il a un bon fond…

«Il est comme tout le monde, il a raté des trucs dans sa vie. Il tente de recoller les morceaux. Le problème, c’est que tout est basé sur un mensonge. Lui, il les empile les mensonges et à la fin il n’arrive plus à s’en sortir. Il arrive à un point où il est obligé de dire la vérité, qui peut s’avérer un peu décevante.»

«J’aime bien la méchanceté dans la comédie»

Malgré cela, une amitié très forte le relie à Prie-Dieu et à la Merguez…

«Plus personne ne les aime, donc il faut bien qu’ils s’aiment entre eux. Mais ce ne sont pas des tendres, ils s’engueulent souvent. Mais si on ne s’engueule pas, on ne s’entend pas. Il me fallait un petit clan, qui parle fort et mal. Ce qui m’intéresse dans les histoires ce sont surtout les dialogues. Amédée a du vocabulaire…»

Quand vous écrivez les dialogues, entendez-vous les personnages parler?

«Je les entends me parler. Je définis un personnage par la manière qu’il a de s’exprimer. À Anlor (la dessinatrice, NDLR), je ne lui fais pas de description physique des personnages. Je m’en fous de savoir à quoi ils ressemblent ou comment ils sont habillés. J’introduis toujours un personnage par un dialogue. C’est la parole qui motive l’action. Du coup, c’est un bouquin bavard!»

Dans son monde, le personnage trisomique, Nicolas, permettait-il d’apporter un peu de rêverie?

«Je ne crois pas qu’il soit tant que cela dans la rêverie. Pour lui, tout est très concret. Il veut être cosmonaute? C’est clair pour lui qu’il l’est déjà. Je voulais surtout une personne qui n’a pas conscience de ses actes. C’est à nous de nous débrouiller avec son ‘problème’. Il n’y a d’ailleurs que nous qui voyons ça comme un problème. Pour moi c’est le personnage le plus cohérent de l’album.»

Nicolas Naizy

En quelques lignes

Au début de cette deuxième partie, on retrouve Amédée parti sur les traces de Nicolas, le grand gamin trisomique de sa tante dont il a hérité la maison. S’il ne le retrouve pas, plus de toit pour lui et ses camarades SDF. Mais où peut bien se cacher ce rêveur cosmonaute ? La tête dans les étoiles ? Avec ces grandes gueules qui composent la galerie de personnages de ce diptyque, Ducoudray signe une comédie de caractères succulentes et rythmées. Ses dialogues font mouche. Et le dessin vif et dynamique d’Anlor accentuent l’énergie de cette comédie truculente, parfois acide, mais au grand cœur.

«À coucher dehors», d’Aurélien Ducoudray et Anlor, éditions Grand Angle, 2 tomes de 48 pages, 13,90 € le volume ****

SOURCENicolas Naizy
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