Antoine Guillaume nous raconte Broadway

1354
Ph. Gaël Maleux

Vous l’avez peut-être découvert dans les capsules «Go for Zero» sur RTL-TVi. Antoine Guillaume est avant tout un acteur de théâtre. Au Théâtre Le Public, il déclare en ce moment sa flamme à la comédie musicale.

Silence en coulisses! L’expression bien connue, le personnage de «Vous avez dit Broadway?» n’en a cure. C’est toutefois en chuchotant qu’il va nous raconter une belle histoire pendant une heure trente: celle de la comédie musicale. Ce genre théâtral créé comme opéra du peuple, trouvant son origine dans l’opérette française. Engagé pour faire les annonces d’avant-spectacle dans un théâtre, il s’est construit dans les coulisses un petit univers, fait d’affiches collées au mur et de vieux costumes posés sur une tringle. Quand ce rêveur des feux de la rampe de Broadway élève la voix, c’est pour entonner quelques-uns des plus grands succès du genre, voire des perles méconnues: «Porgy & Bess», «The Sound of Music», «Cats», «Grease», presque deux siècles de spectacle chanté y passent.

Dans les rêves d’un gamin

Ph. Gaël Maleux

On se retrouve un peu dans la chambre d’ado d’Antoine Guillaume, l’interprète de ce jeune homme. L’acteur y a mis beaucoup de lui: «Le metteur en scène Michel Kacenelenbogen voulait qu’on soit dans l’histoire intime de ce gamin de 17 ans. Oui, c’est un peu mon histoire mais je ne pense pas être aussi taré», nous lance-t-il sourire aux lèvres. «Je ne dis rien», réplique Julie Delbart, sa complice de scène et pianiste. Elle sait très bien qu’Antoine a vu 13 fois «Les Misérables» et 11 fois «Le Fantôme de l’opéra» à Londres ou à New York. Un spectacle figure toujours au programme de ces voyages d’ailleurs.

C’est avec elle qu’il a conçu une première ébauche du spectacle présentée l’année dernière au Théâtre le Public. L’idée leur est venue après leur rencontre dans le spectacle «Cabaret», monument du ‘musical’ mis en scène par le même Michel Kacenelenbogen (prochainement à Louvain-la-Neuve et à Liège).

Un art complet parfois engagé

À trois, ils l’ont étoffé en une véritable ligne du temps musicale. Didactique, documenté, mais sans ennui et touchant lors des moments de confession plus intimes. «Nous voulions être factuels. Mais nous voulions aussi que les gens se souviennent des musiques. À l’écoute de ‘Memories’, ils peuvent se dire: ‘Tiens, j’ai déjà entendu ça’.» Antoine Guillaume y va aussi avec l’intention de réhabiliter quelque peu le genre qui trouve si peu grâce aux yeux continentaux. «That’s entertainment!», chantait Fred Astaire dans «Tous en scène» en 1953. «Mais pas seulement», réplique Antoine Guillaume qui tout au long du spectacle rappelle comment la comédie musicale a suivi l’histoire musicale et a précédé les bouleversements sociaux, culturels et raciaux aux États-Unis. «Hair» n’était-il pas un réquisitoire contre la guerre du Viêt Nam?

Le comédien ne comprend pas la frilosité francophone. La faute en partie aux comédies musicales françaises des années 90. «Ce n’est pas un truc mièvre. Chez nous, on a un drôle de rapport au divertissement. On a déjà du mal à envisager l’artistique comme un métier.»

Antoine Guillaume et Julie Delbart rendent justice aux compositeurs (Gershwin, Rodgers & Hammerstein…) de vrais classiques du répertoire et à un art complet (jeu, danse et chant). Une part de culture populaire en somme.

Jusqu’au 21 octobre au Théâtre Le Public

SHARE