Les BB Brunes reviennent avec les pièces du « Puzzle »

Photo Andrea Montano

Ils étaient (très) jeunes, ils étaient beaux, ils étaient les fers de lance de la mouvance ‘baby rockeurs’. Mais ils approchent désormais doucement de la trentaine. Les BB Brunes sont de retour avec un 4e album « Puzzle » qui prouve que leur son a évolué, tout en s’inscrivant dans la variété française.

Ce titre « Puzzle » doit en dire long sur le processus de création de cet album.

Adrien Gallo: « Oui, c’est vrai. Mais c’était aussi par rapport aux influences qui sont extrêmement variées sur cet album. En tout cas, beaucoup plus que sur les autres. Cela passe du hip-hop à la Frank Ocean, Drake, etc., à Christophe, Gainsbourg, Bashung ou Michel Berger. Mais aussi le rock anglo-saxon comme les Arctic Monkeys, Queen of the Stone age, et même de l’électro comme avec DaftPunk ou Justice. C’est vraiment un puzzle de toutes nos influences. On voulait faire quelque chose de nouveau et de moderne de tout cela. »

C’est alors un album que vous avez compris une fois qu’il était fini.

AG: « Exactement. On aimait bien le côté énigmatique du titre. C’est vrai qu’il y a une certaine cohérence même si les morceaux sont très différents. Ils s’emboîtent plus ou moins bien les uns dans les autres. »

C’est quoi la grande différence entre les BB Brunes d’aujourd’hui et vos débuts?

Félix Hemmen: « Je pense qu’il y a pas mal de différences. Au début, on aimait le rock assez brut plutôt garage. On a enregistré le premier album en une semaine et en live. Plus le temps a passé et plus on a eu envie de s’ouvrir à d’autres styles musicaux, à toucher un peu aux synthés et aux boîtes à rythmes. On s’est intéressé aux machines. Du coup, il y a eu une vraie évolution musicale. Mais on reste les quatre membres qu’il y a dix ans. »

C’est un album qui vous a demandé beaucoup de temps et d’énergie, paraît-il.

AG: « Oui parce qu’on est passé par plusieurs réalisateurs. C’était vraiment expérimental. On n’avait pas envie de refaire la même chose que le 3e album. On avait commencé avec le même réalisateur Alan O’Connell, et en fait, c’était une redite. On ne sortait pas de notre zone de confort. Il n’y avait pas d’excitation. Et je trouve que c’est très malsain. On en a essayé un second avec qui cela n’a pas marché non plus. Et puis j’ai co-réalisé le disque avec un ami. Du coup, ça coulait de source. Il y avait quelque chose d’excitant, de moderne et de nouveau pour nous. Donc, oui, ça a pris du temps. »

Et c’est un album quasiment enregistré chez soi, dans un home studio.

FH: « C’est assez génial, tu es dans ta chambre. Tu n’as pas l’impression d’être dans un grand studio. Ce n’est pas aussi cher en plus. Tu as vraiment le temps d’expérimenter. On était entre potes, sans pression. »

AG: « Au final, cela a pris près de 6 mois d’enregistrement en tout. Le courant passait. Ca a été une super-expérience. On avait aussi le temps de laisser reposer. Pour faire un album, c’est bien de ne pas tout faire d’un coup, de réfléchir, d’écouter, et de voir dix jours après si ça nous plaît toujours. »

De quoi n’aviez-vous pas envie avant d’entamer l’album?

Bérald Crambes: « En tout cas, on ne voulait pas refaire la même chose que l’album précédent. Le pire pour nous aurait été de ne pas se renouveler. Quand Adrien est arrivé avec la démo de ‘Puzzle’, on a tout de suite senti que c’était la direction qu’on voulait prendre. »

AG: « Et on ne voulait pas faire un album de ballades, parce qu’on est un groupe de scène. Moi, en écrivant les morceaux, je pense toujours ‘scène’. C’était important d’avoir des morceaux qui envoient. Maintenant, on a envie de tournées, de faire écouter l’album, d’en parler, etc. »

À vous entendre, on a l’impression que vous entamez un second chapitre.

FH: « Oui, c’est un peu çà. L’album précédent date d’il y a cinq ans. On a tourné pendant deux ans. Adrien a fait un album solo. On a chacun fait des trucs dans notre coin. On n’a jamais été séparé, mais on s’est remis à travailler ensemble. »

AG: « On a grandi malgré tout, on approche de la trentaine, on voit les choses différemment. On essaye de garder une certaine naïveté et cette même innocence, mais on a quand même un peu de métier, et on regarde les choses de manière plus sereine. On avait envie d’aller plus loin. »

Il y a un petit stress à retrouver son public, voire à le renouveler?

AG: « Oui, mais il y a toujours ce stress à chaque album. Et ici d’autant plus, cela fait longtemps que l’on n’avait plus sorti d’album. La grande partie du stress se situe surtout durant l’écriture. Un fois qu’il est terminé, on souffle déjà un bon coup. On a un album qui est bien, et on espère que le public suivra. Je sais qu’il y a des gens qui sont fan hardcore du premier album, et qui vont peut-être ne pas aimer celui-ci. L’inverse est possible également. On assume. On fait de la musique avant tout pour nous. »

Comment se passe l’écriture des morceaux?

BC: « C’est un tiraillement, une bagarre. Chacun veut mettre sa note de musique (rires). C’est Adrien qui ramène la plupart des textes et des chansons, il nous les propose, on se les joue en live, on enregistre dessus. »

AG: « Moi, je suis assez à l’écoute de ce qu’ils veulent et ce qui ne leur plaît pas. On est malgré tout un groupe. Quand j’écris une chanson, j’ai moi aussi ma vision. J’ai déjà les arrangements en tête, tout l’univers, mais je n’ai pas envie d’imposer. »

Et qu’est-ce qui vous nourri aujourd’hui dans l’écriture des textes? Ca parle souvent d’amour.

AG: « Oui mais j’ai l’impression qu’on écrit tous un peu la même chanson. Il y a juste les mots qui diffèrent. La plupart du temps, c’est l’amour, la mort ou le temps qui passe, mis à part les chansons politiques. Moi, c’est plus la forme et les sonorités des mots qui vont m’inspirer, et ensuite vient le sens qui est presque second. On est parfois proche du surréalisme. En tout cas ce n’est pas strictement figuratif. »

Pierre Jacobs

BB Brunes « Puzzle » (Warner)