Cosmik Roger, le beau(f) héros de l’espace

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Sa mission: trouver une planète habitable pour soulager une Terre surpeuplée. Mais il préfère descendre des mousses dans un bistro satellitaire. Personnage emblématique de Fluide Glacial, Cosmik Roger connaît un premier tome d’intégrale. Rencontre avec Julien/CDM, son créateur.

Faire de l’humour avec de la science-fiction, cela se faisait peu au moment de la création de ce personnage.

«En tout cas, il n’y en avait pas ou peu dans Fluide Glacial. Il y avait eu ‘Stan Pulsar’ de Vatine. J’ai toujours pensé qu’on pouvait déconner avec la SF. Avant Cosmik Roger, j’avais déjà fait un bouquin avec Larcenet ‘À l’ouest de l’infini’, mon premier livre. Mais c’était des histoires courtes sans univers récurrent. J’ai voulu formaliser ça et j’ai créé Cosmik Roger seul. Pour le premier album en tout cas. J’ai fait la suiteavec Mo.»

Que vouliez-vous raconter?

«J’avais envie de tordre le cou aux codes de la SF. Le space opera se prend au sérieux. Des civilisations se battent avec des enjeux incroyables. Ici, le personnage doit sauver l’humanité agonisante sur notre planète – par ailleurs, c’est ce qui va arriver, on est vraiment dans l’anticipation-, et La Terre l’envoie pour trouver un monde habitable. Mais il préfère aller boire des coups.»

Est-ce que ce personnage croit vraiment en sa mission?

« Oui, je crois. Et cette mission est un tel poids angoissant, qu’il préfère aller se noyer dans la bière… »

…et le fantasme des femmes?

«Il est seul. il aimerait bien trouver quelqu’un. Mais les seules femmes qu’il rencontre sont des extraterrestres avec des tentacules, des difformités ou des paradoxes corporels, comme dans le dernier tome paru. »

Avec ce poil d’humour beauf, axé surtout sur le caractère du mâle looser, y avait-il l’envie de s’inscrire dans une école Fluide qui en regorge?

« Bien sûr. Quand je suis rentré à Fluide Glacial, j’admirais Goossens, Gotlib, etc. Fluide c’est le décalage de l’inattendu dans des atmosphères connues. Dans Cosmik Roger, on ramène tout un univers de batailles et de héros à une petit quotidien de pilier de bar un peu beauf et misogyne. On l’appelle comme au veut: ‘Roger’ à la française ou ‘Rodgeur’ à l’anglaise, qui semble plus héroïque. »

Quel plaisir dans le dessin ? Celui d’imaginer un nouveau monde ?

« Oui. J’adore le cinéma de genre. Ou les films d’Ed Wood dans les années 50, ces gars qui fabriquaient des monstres dans leur garage. Je suis d’une génération qui a pris Star Wars dans la face quand elle avait 8 ans. Cela m’a marqué, très certainement.»

Tout en parlant des enjeux d’aujourd’hui…

«Oui est on se rend compte que des sujets des débuts de Cosmik Roger deviennent d’actualité, comme l’environnement. Cette série colle à une réalité politique et scientifique. C’est drôle de dire ça, parce qu’on déconne quand même beaucoup. »

Nicolas Naizy

 

En quelques lignes

Sa mission: trouver une nouvelle planète habitable pour soulager la Terre surpeuplée. Pas de chance pour l’humanité, un bar sur la trajectoire a fortement revu à la baisse les ambitions de notre héros. Fort de sept albums, Cosmik Roger est devenu un des héros-phare de Fluide Glacial en s’amusant des codes de la science-fiction, tout en surfant sur l’humour de procimité mais pas si lourdingue du journal mythique. On peut même dire que les productions de Julien et Mo/CDM sont parmi les meilleures de la revue, tant les auteurs surprennent tant par le dessin que par le verbe humoristique. Un hommage de Jean-Claude Mézières et un dossier reprenant archives et inédits complètent la compilation des trois premiers albums. Vivement le deuxième tome.

« Cosmik Roger – L’intégrale t. 1», de Julien et Mo/CDM, éditions FLuide Glacial, 208 pages, 25€ ****

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