L’exotisme décomplexé de Fúgú Mango

Photo Olivier Donnet

On les compare déjà à The XX ou The Knife, et même à Fleetwood Mac qu’ils ne connaissaient pas vraiment. Mais Fúgú Mango a créé un son propre, un univers qui allie le sud et le nord, la pop et l’exotisme, le synthétique et les rythmes chauds.

Leur premier album «Alien Love» est un condensé de pop mondiale qui nous emmène à la fois ici et ailleurs dans une transe frénétique.

Un EP sorti en 2016, une flopée de concerts, et enfin un premier album qui sort aujourd’hui. Tout va très vite pour vous.

Jean-Yves Lontie: « On a énormément bossé depuis deux ans pour développer notre univers sonore et l’imagerie du groupe. De plus, on ne peut pas se passer de faire de live. On est obligé d’être tout le temps sur scène. On ne voulait pas s’arrêter un an pour faire un album comme beaucoup d’autres groupes. On fait entre 50 et 80 dates par an en Belgique et à l’étranger (Allemagne, Suisse, France, Croatie, etc.). On a vraiment l’occasion de découvrir plein d’endroits, d’autres gens, d’autres cultures, et en même temps travailler sur notre album. »

Comment fait-on pour booker 80 concerts sans avoir d’album?

« Ce qui est fou c’est que tout est parti d’une première vidéo qu’on a filmée dans notre cave en 2013. Le morceau s’appelait ‘Mango Chicks’. On a vraiment montré aux gens un autre univers. Si les gens nous font venir d’aussi loin, c’est parce qu’on propose une musique différente. Pour l’instant, en tout cas. Par exemple, on n’a pas un set de batterie classique, mais plutôt des congas et des bongos imbriqués dans une batterie. Le batteur ne joue pas comme de la soul ou du funk, mais plutôt des ‘patterns’ rythmiques afro-latino. Mon frère joue également sur plein de percussions, tandis qu’Anne et moi, on s’occupe de tout ce qui est harmonique: basses, guitares, claviers. Quand les gens nous voient en live, je crois qu’ils ressentent une expérience très particulière. Le bouche-à-oreille a bien fonctionné puisqu’on nous contacte depuis trois ans pour jouer dans divers festivals un peu partout. »

L’idée de base de Fúgú Mango était donc de créer un nouveau son.

« En fait, on avait des projets musicaux beaucoup plus classiques à la base, comme le groupe Bikinians dans lequel on a joué 4-5 ans. Mais il y a dans le rock un truc très codifié et très carré dans lequel on ne se reconnaissait plus. On avait surtout envie d’expérimenter. On a commencé à composer des riffs, des rythmiques, à poser des voix dessus. On a travaillé pendant un an et demi avant de proposer les premiers résultats. On a composé deux morceaux que l’on a mis en ligne, et c’est alors que l’on a été contacté par le Botanique, Dour, et ainsi de suite. »

Vous ne vous refusez aucune influence. On pourrait même parler de ‘pop mondiale’.

« On a vraiment plein d’influences différentes. Anne a vraiment une culture musicale années 80. Moi, je suis plutôt dans le travail de guitare, la production de sons, Vince est dans la production rythmique et l’expérimentation. On a aussi voyagé au Cap Vert, au Rwanda et au Maroc. On y a découvert pleins de percussions différentes. En tout cas, on ne se refuse rien. On essaye de voir ce qui peut apporter une énergie. On voulait une musique qui pouvait être pop, mais qui, en live, t’emmène dans une transe. »

Passer de l’afro-beat à la synth-pop. Comment arrive-t-on à canaliser cela?

« Luuk Cox (alias Shameboy, ndr), qui a produit l’album, nous a aidés à aiguiller nos influences. On avait parfois trop d’idées, et on se retrouvait avec des trucs trop chargés. Il fallait élaguer et voir ce qui était essentiel. L’album donne l’impression que c’est très varié en termes de sonorités et d’influences, mais il a réussi à donner des lignes directrices à chaque morceau. »

Il y a beaucoup de couleur dans votre musique mais aussi une certaine langueur.

« On voulait à la fois ce côté dansant mais toujours avec une harmonie un peu mélancolique et des accords un peu mineurs. Moi, je viens de la musique classique. Je suis beaucoup influencé par Brahms, Chopin et Bach qui écrivaient souvent en mode mineur. J’y viens naturellement. Vince et Anne posent ensuite leurs voix et trouvent d’autres mélodies à insérer. Mais toujours en gardant une énergie très percussive et exotique. »

Pierre Jacobs

Fugu Mango « Alien Love »