« Appren-tissage » : L’enseignement passe en revue

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Photo Olivier Papegnies

Véritable couteau suisse à l’origine du nouveau Mook belge «Appren-Tissage», Gaël Bournonville entend offrir au tableau du journalisme un «bel objet littéraire» qui décortique l’enseignement et les apprentissages. Petit dernier de la famille grandissante du «slow journalisme» déjà composée de Médor, 24h01 ou Wilfried, le nouveau titre de presse doit réussir l’examen de passage: trouver un modèle financier pérenne et atteindre l’équilibre budgétaire. Sa force? Un public qui s’étend à toute la Francophonie.

Pouvez-vous nous expliquer la genèse du projet?

«Tout est parti d’une frustration: ‘Pourquoi le monde enseignant, les parents, les professionnels ne disposent-ils pas d’un beau magazine littéraire sur leur monde?’ Après 18 ans comme professeur de français, je voulais voir ce qui se faisait ailleurs et autrement. Et en remarquant qu’aucune revue de ce type n’existait en Belgique, en France, en Suisse ou au Canada, je me suis dit qu’il y avait quelque chose à faire. Plusieurs publications existent bel et bien sur le web mais elles se cantonnent généralement à traiter l’actualité chaude. Je voulais qu’on puisse prendre un peu de recul et je voulais surtout traiter des sujets en profondeur et dans la durée. J’ai donc contacté Philippe Meirieu, une référence dans le milieu des sciences de l’éducation. Enthousiaste, il a été séduit par la démarche et il m’a proposé son aide. Il apportera son expertise indiscutable dans ce domaine et, puisque la revue se veut francophone en sens large et veut sortir du terroir belge, il permettra aussi un relais dans le monde de la francophonie. C’est de la sorte que l’idée est devenue un projet, il y a deux ans déjà. Depuis, si la revue invite à apprendre toute au long de la vie, c’est exactement ce que je fais personnellement (rires). J’ai dû quitter ma classe, tout apprendre du monde du journalisme, de la publication, de l’entrepreneuriat. Tout!»

À qui est adressé ce nouveau Mook?

«Je pense que le public est assez large. Si l’on considère que le noyau dur, ce sont les enseignants, les directeurs d’école, les logopèdes, les psychopédagogues, etc. cela fait déjà pas mal de monde. Mais l’éducation est un enjeu sociétal qui intéresse les politiques, qui intéresse les parents et qui, au final, est susceptible d’intéresser tout le monde.»

D’autant plus que les contenus seront divers…

«Tout à fait. Il y aura des reportages qui permettront aux lecteurs de découvrir des histoires, il y a aura des outils à destination des professionnels. Il y aura également des graphiques, des reportages photographiques, des nouvelles inédites qui seront proposés par des auteurs ou des auteures. Tant les sujets que les formats seront diversifiés.»

La trésorerie est généralement le point problématique d’un nouveau titre de presse. Comment fonctionnerez-vous?

«Le fait que je sois étranger à ce monde fait que je ne vois pas les obstacles. C’est à la fois une force et une faiblesse. J’avance et parfois, je tombe des nues. Quand on veut bien faire les choses, tout coûte cher! Pour le contenu, Philippe Meirieu et moi-même sommes partis du principe de base que les personnes ‘connues’ qui y participent comme Jean-Pierre Liégeois, Boris Cyrunlik, etc., le fera pour la science, ils ne seront pas rémunérés. Par contre, les journalistes, graphistes et photographes le seront évidemment d’après les barèmes de l’Association des Journalistes Professionnels (AJP).»

Photo D. R.

Pour le moment, «Appren-tissage» est un semestriel de 160 pages. Est-il amené à se transformer en trimestriel, comme a pu le faire 24h01?

«Pour la périodicité, la question ne se pose pas pour le moment. L’avenir est incertain. Pour que la revue existe, il faut ça marche en France et il faut surtout qu’elle soit portée par des lecteurs. Un soutien qui doit se traduire en abonnements. Actuellement, même si nous avons énormément travaillé, avancé et que le premier numéro sort le 23 septembre prochain, le projet est à ses balbutiements et il ne permet pas encore de rémunérer l’équipe. Personnellement, je ne quitterai pas mon travail d’enseignant. D’autant plus que ce boulot nourrit mon expérience avec «Appren-tissage». Mais au final, notre situation ne diffère pas de celle des autres Mooks belges. Au niveau financier, ce sera un vrai défi.»

Un défi qui se fera avec ou sans publicités?

«J’ai envie d’essayer sans. Au tout début, nous avons réalisé un crowdfunding qui a bien fonctionné, nous avons bénéficié de financements publics de la Région wallonne pour une partie des frais de pré-activité. Mais pour la suite, on doit trouver notre modèle. Je pense aussi que pour être viable, nous devrons conquérir le marché français. Notre logique est d’ouvrir des portes et de s’ouvrir aux pratiques belges comme étrangères. Donc notre lectorat est plus large qu’il n’y paraît. Ce qu’il y a de marrant avec cet objectif international (dans la francophonie, NDLR), c’est qu’on doit parfois traduire certaines notions pour que les Suisses, Français, Canadiens et Belges s’y retrouvent.»

Quel est le véritable atout d’«Appren-tissage»?

«Je pense qu’il s’agit d’un véritable bol d’air pour beaucoup de personnes qui désirent nourrir leurs pratiques et leurs réflexions autour du sujet. Pour les sujets, notre seule préoccupation, c’est d’aller en profondeur. Ce qu’il y a de particulièrement attrayant avec la forme d’un Mook, c’est que, par des récits et une belle mise en page, il touchera le lecteur, lui fera vivre une véritable expérience et l’amènera à réfléchir. Ce procédé est presque cinématographique. Encore une fois, le parallèle avec ce qu’il se passe en classe est intéressant car les démarches sont similaires.»

Gaëtan Gras

Photo D. R.

Le numéro 0 (16 pages) est déjà disponible gratuitement sur le site du MOOK et il nous invite à découvrir les techniques pédagogiques d’un établissement scolaire au Bhoutan ou le parcours et les aides d’intégration d’une élève sourde, Ishane. Ce reportage sera entièrement dévoilé dans le premier numéro «Entre deux mondes» (160 pages) qui sortira, lui, le 23 novembre et qui se penchera -entre autres- sur la scolarisation des enfants roms et le quotidien d’une école dans la forêt amazonienne.

revue-apprentissages.com