Rentrée littéraire : Découvrez les coups de cœur de la rédaction

Avec pas moins de 581 nouvelles parutions réparties sur août, septembre et octobre, difficile de faire un choix. Tous les romans ne se valent pas, certes. Toutefois, ils sont nombreux à avoir retenu notre attention. Voici certains de nos coups de cœur. La liste est bien entendu non exhaustive et surtout, totalement subjective.

«Le jour d’avant», de Sorj Chalandon

Ce livre fait sans aucun doute partie de nos coups de cœur de la rentrée (si ce n’est LE coup de cœur de cette saison). Sorj Chalandon nous emmène dans les régions minières des années 70, et plus exactement dans la mine de Liévin lorsqu’un coup de grisou survient dans la fosse Saint-Amé, le 27 décembre 1974. Ce jour-là, 42 mineurs sont morts. Et si en réalité, cette mine avait fait 43 victimes? Michel Flavent n’a plus qu’une idée en tête: venger son frère (le 43e homme) mort à l’hôpital quelques jours après la catastrophe. «Venge-nous de la mine», c’est le mot qu’il retrouve après le suicide de son père. Michel attendra près de 40 ans, lorsqu’il sera veuf et seul, pour mettre en place son plan de vengeance. Un roman grandiose à se procurer au plus vite.

«Le jour d’avant», de Sorj Chalandon, éditions Grasset, 336 pages, 20,90€

«Frappe-toi le cœur», d’Amélie Nothomb

Il n’y a pas de rentrée littéraire sans le traditionnel Amélie Nothomb. Dans son dernier roman, l’écrivaine belge s’interroge sur la jalousie. Le titre «Frappe-toi le cœur», fait référence à une célèbre citation d’Alfred de Musset: «Ah! frappe-toi le cœur, c’est là que le génie est». Le livre d’Amélie Notomb raconte l’histoire de Diane qui, depuis son plus jeune âge, n’a jamais été cajolée par sa mère, Marie, jalouse de la beauté de sa fille. Sauf une fois, lorsqu’elle n’était encore qu’un bébé. Un souvenir qui ne quittera pas Diane durant toute sa vie. Pourquoi sa mère est-elle jalouse d’elle? Que ressent-elle réellement? Pourquoi n’a-t-elle pas le même comportement avec ses autres enfants? Plus tard, Diane fait la connaissance d’Olivia, une enseignante en cardiologie. Elles deviennent très vite amies. Mais qu’est-ce qui se cache réellement derrière cette amitié? De la jalousie également? Un livre noir, comme le définit l’auteure elle-même, et dont nous avons apprécié la lecture.

«Frappe-toi le cœur», d’Amélie Nothomb, éditions Albin Michel, 180 pages, 16,90€

«La Vengeance du pardon», d’Eric-Emmanuel Schmitt

Le membre du jury de l’Académie Goncourt publie quatre nouvelles sur le thème du pardon et de la vengeance. Quatre histoires qui nous interrogent sur ces deux thèmes et nous interpellent de manière différente à chacun de ces récits. En réalité, est-il plus facile de pardonner ou de se venger? La vengeance est-elle toujours là où l’on croit? Et qu’en est-il du pardon? Pardonne-t-on à l’autre pour lui ou pour soi? C’est avec une grande efficacité que l’auteur nous invite à nous demander ce que l’on aurait fait à la place des différents personnages.

 

«La Vengeance du pardon», d’Eric-Emmanuel Schmitt, éditions Albin Michel, 336 pages, 21,50€. En librairie le 1er septembre

«La serpe», de Philippe Jaenada

C’est avec une grande impatience que nous attendions le nouveau Jaenada. Et nous n’avons pas été déçus. L’auteur nous a sorti un livre de… 648 pages! Après «La petite femelle» dans lequel l’auteur rendait justice à Pauline Dubuisson, une jeune fille accusée d’avoir tué son fiancé, Philippe Jaenada s’attaque à un autre fait divers: le mystère du triple assassinat du château d’Escoire. Bon, accrochez-vous car l’auteur n’a rien perdu de son art de la digression. Et il faudra attendre près de 300 pages pour comprendre (un tout petit peu) ce qu’il veut nous démontrer. Dans ce cas non élucidé, tout accusait Henri Girard, le fils du château. Mais tout ce qui paraît de prime abord trop évident ne convient pas à l’auteur de «La serpe» qui compte bien rétablir la vérité et montrer qu’Henri Girard, devenu écrivain plus tard, n’est pas l’homme ignoble dépeint par les villageois.

«La serpe», de Philippe Jaenada, éditions Julliard, 648 pages, 23€

«La disparition de Josef Mengele», d’Olivier Guez

La lecture de «La disparition de Josef Mengele» n’a rien d’un moment de détente. Le travail historique d’Olivier Guez nous emmène sur les pas du boucher d’Auschwitz en fuite. En 1949, l’ancien médecin SS a discrètement quitté l’Europe, pour trouver refuge en Argentine. Le lecteur y découvre, avec stupéfaction ou écœurement, la vie tranquille qu’y mènent les anciens dignitaires nazis. Au fil des années, la traque reprend pourtant. Les soutiens de Mengele se font moins nombreux, alors que l’Europe découvre l’ampleur de ses crimes. L’ancien tortionnaire, qui regrette encore ses «belles années» dans le trop célèbre camp de concentration, devient un vieillard aigri et angoissé. Le lecteur pourrait presque, pour un instant, plaindre l’ancien bourreau, si le rappel de ses crimes ne venait pas ponctuer le récit d’horreur. En toile de fond à ce récit, subsistent deux questions: comment pardonner, et que faire de ceux qui ont commis l’impardonnable?

«La disparition de Josef Mengele», d’Olivier Guez, éditions Grasset, 240 pages, 18,50€.

«Sa mère», de Saphia Azzeddine

Marie-Adélaïde est née sous X, ce qui la rend très amer. Elle pense qu’elle ne veut pas remonter à ses origines. Et pourtant, les aléas de la vie l’amèneront à tomber sur un indice qui lui permettrait de retrouver sa mère. À 28 ans, elle travaille à La Miche Dorée et devient ensuite nounou des enfants de celle qu’elle surnomme la Sublime. «Sa mère» est à la fois un livre plein de colère et de lumière. Saphia Azzeddine nous raconte avec beaucoup de justesse l’histoire d’une héroïne de notre époque qui devient au fil des pages de plus en plus attachante. Cette histoire sur l’abandon est également un superbe récit sur le pardon. Un livre à découvrir au plus vite.

«Sa mère», de Saphia Azzeddine, éditions Stock, 234 pages, 19€

«Summer», de Monica Sabolo

Prix de Flore en 2013 avec «Tout cela n’a rien avec moi», nous avions quitté Monica Sabolo en 2015 avec un jouissif «Crans-Montana». Désormais bien établie dans le cénacle littéraire et dans l’agenda des sorties, elle sort aujourd’hui «Summer», un livre à mi-chemin entre thriller et récit poétique. Au cœur de l’intrigue, Summer, jeune et jolie blonde de 19 ans, disparaît aux abords du Lac Léman. S’est-elle enfouie? A-t-elle été tuée? Près de 24 ans plus tard, son frère reste hanté par l’image évanescente de cette sœur. Les souvenirs, les odeurs, les bribes d’enfance… Tout cela le submerge et le pousse à partir à sa recherche. Mais il est parfois troublant de se replonger dans des impressions fugaces d’adolescent. Et d’autant plus lorsque l’on vient d’un milieu familial à la fois bourgeois et névrosé.

«Summer» de Monica Sabolo, éditions JC Lattès, 316 pages, 19€

«La vie sauvage», de Thomas Gunzig

On ne manquera pas d’en reparler prochainement avec son auteur. «La vie sauvage», dernier roman de Thomas Gunzig, porte la marque cynique de celui qui raconte sans concession le retour «à la civilisation» d’un jeune rescapé d’un crash d’avion. Retrouvé au fin fond de la RDC, Charles retrouve une société occidentale qui le croit attardé mais qui se révèle apathique et déconnectée. Pourtant le jeune homme, abreuvé de littérature française pendant son exil forcé mais regretté, porte un regard beaucoup plus désabusé sur son nouvel entourage. C’est parfois trash, drôle et cruel, mais comme toujours l’auteur belge rappelle que l’amour et la carence de celui-ci nous rendent humain, que l’on soit con ou crapule, naïf ou omniscient.

«La vie sauvage», de Thomas Gunzig, éditions Au diable vauvert, 325 pages, 18 €

Mais aussi…

« Réveiller les lions », d’Ayelet Gundar-Goshen, Presses de la Cité, 416 pages

« Vous connaissez peut-être », de Joann Sfar, Albin Michel, 272 pages, 18,50€

« Toutes les familles heureuses », d’Hervé Le Tellier, JC Lattès, 224 pages, 17€

« Zabor ou Les Psaumes », de Kamel Daoud, Actes Sud, 336 pages, 21€

« L’insoumise de la Porte de Flandre », de Fouad Laroui, Julliard, 144 pages, 17€

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