Aux Etats-Unis, les centres commerciaux sont de plus en plus désertés par les consommateurs

2385
Scott Olson/Getty Images/AFP

Abandonnés par les grandes marques, désertés par les jeunes, les « malls » américains, autrefois temples du shopping, sont devenus des zones fantômes, victimes de l’explosion du commerce en ligne et des nouveaux modes de consommation.

Macy’s, Sears, JC Penney, trois des grandes chaînes de magasins ont annoncé récemment la fermeture de centaines de boutiques, souvent situées dans les « malls », privant de facto ces centres commerciaux géants de locomotives naturelles pour attirer les acheteurs. Aujourd’hui, le visiteur est accueilli par des locaux vides et des parkings désertés.

A Bloomsburg, au centre de l’Etat de Pennsylvanie (est), la récente défection du magasin JC Penney est tombée comme un couperet pour le Columbia Mall, ouvert en 1988. Les marques de baskets, qui drainent souvent des jeunes en grand nombre, sont absentes des galeries marchandes. La griffe de lingerie Victoria’s Secret est l’une des rares têtes d’affiche.

« C’est un lieu déprimant »

« C’est un lieu déprimant », raconte Nakul Kumar, professeur d’économie à l’université de Bloomsburg, venu faire du sport dans une salle de la chaîne Planet Fitness, qui vient d’ouvrir dans un local laissé vacant par le distributeur des biens d’équipements pour la maison Sears.

Dans un coin de l’ex-magasin JC Penney, quelques articles traînent encore ci et là, tandis que des mannequins sont entassés à même le sol. Les propriétaires des murs ont recruté une agence immobilière pour trouver un nouveau locataire. Si jadis la priorité était donnée à un commerçant, ce n’est plus le cas. L’espace « pourrait être loué à un commerçant ou destiné à tout type d’usage », déclare à l’AFP un responsable.

L’espoir ici est que l’arrivée récente de Planet Fitness pourrait intéresser un commerce ciblant un public de sportifs.

 

Victimes du commerce en ligne

Sur 1.070 malls passés à la loupe en janvier par le cabinet de conseils en immobilier Green Street Advisors, seuls 200 sont situés dans des zones géographiques jugées attractives pour les grandes marques. Environ 330 en revanche sont dans des endroits où la fréquentation a fortement décliné, ce qui indique qu’il y a une forte probabilité qu’ils ferment à court terme, selon le cabinet.

Les malls, qui ont contribué au développement des « suburbia » (banlieues blanches américaines), sont une victime du développement du commerce de proximité et de l’explosion du commerce en ligne, explique Fred Hurvitz, enseignant à l’école de commerce de la Penn University, car les enseignes sont obligées de se replier vers internet pour espérer rivaliser avec Amazon.

Un grand nombre d’entre elles comme Nordstrom et Macy’s s’attachent à étoffer leur présence en ligne afin de capter la jeune clientèle des « Millenials », qui fait ses achats sur les smartphones, tablettes numériques et ordinateurs portables. « Il y a un mouvement (général) visant à faire tout son possible pour faire des économies », indique M. Hurvitz.

Des services gratuits

La plupart des malls, dont la superficie atteint 100.000 m2 pour certains, ont été construits dans les années 60 et 70 et sont devenus très vite le symbole du mode de vie américain. Emblématiques de la consommation de masse, ils ont commencé à péricliter au moment de la crise financière de 2008, incapables de s’aligner sur les bas prix du commerce en ligne.

Pour survivre, certains malls envisagent de se transformer en parcs d’attractions tandis que d’autres s’ouvrent à des secteurs comme l’immobilier de bureau et le sport. Dans ce dernier cas, ils font d’importantes concessions, assouplissent les termes des baux et proposent des services gratuits comme la sécurité 24h/24.

Et ça fonctionne: les centres commerciaux « sont devenus la priorité dans notre recherche de nouveaux emplacements », raconte Josh Beyer, vice-président de l’immobilier de Planet Fitness. « Quand ils étaient pleins, les propriétaires dictaient leurs termes. Maintenant c’est nous qui leur dictons nos termes », déclare-t-il.

SOURCEAFP
SHARE