Des bars et restaurants bruxellois se déclarent « allaitement bienvenu »

AFP / E. Becerra

Les établissements horeca de la capitale sont invités à se signaler «Allaitement bienvenu». Un signal lancé aux jeunes mamans qui nourrissent leur enfant au sein et une manière de rendre ce geste naturel plus visible.

Depuis aujourd’hui, quatre bars en Région bruxelloise (cf. la carte ci-dessous) sont les premiers à arborer sur leur vitrine l’autocollant «Allaitement bienvenu». Par ce sticker, ils souhaitent lancer un signal aux jeunes mères qui chercheraient un endroit pour nourrir leur enfant au sein.

Cette initiative de la VGC (la commission communautaire néerlandophone) et de sa ministre en charge des Familles Bianca Debaets vise à normaliser le fait d’allaiter dans l’espace public. Trop de regards désapprobateurs subsistent lorsque dans un lieu public, un bébé tète le sein de sa mère. Pourtant il s’agit d’un geste naturel.

L’opération lancée avec le centre d’expertise Kraamzorg Volle Maan ne propose pas que des autocollants. Les établissements reçoivent des conseils pour aménager un espace pour accueillir ce moment partagé entre la mère et son enfant ainsi qu’un équipement spécifique comme un coussin d’allaitement.

Encourager l’allaitement prolongé

Selon les statistiques, 77% des mamans allaitent leur bébé juste après la naissance. Après six jours, 65% des bébés ne se nourrissent que par l’allaitement. Après trois mois, ce chiffre tombe à seulement 32,5%. Et après six mois, on descend à 9,6% des femmes qui allaitent uniquement.

Pourtant les avantages de l’allaitement maternel sont prouvés que ce soient en termes de santé pour l’enfant et la mère qu’en termes de lien.

Des études scientifiques établissent un lien entre l’allaitement au sein et le renforcement de l’immunité du nouveau-né. À long terme, on constate aussi une diminution du risque de cancer du sein pour les femmes ayant allaité. L’Office de la Naissance et de l’Enfance préconise d’ailleurs un allaitement jusqu’à deux ans au plus.

L’autocollant «Allaitement bienvenu» devrait rendre les sorties avec bébé plus agréables.

«La question de l’allaitement concerne toute la société»

«La réputation de l’allaitement sur le plan scientifique est incontournable», déclare le Dr Liliane Gilbert. Pour la présidente du collège des pédiatres de l’ONE, il faut en finir avec le «malaise culturel» qu’il occasionne.

Pourquoi l’allaitement maternel pose-t-il encore question?

«Il n’y a pas de doute de la prépondérance de l’allaitement maternel sur l’alimentation par laits artificiels. Mais même si c’est un geste naturel, il peut y avoir des difficultés. Un accompagnement familial et par des professionnels est nécessaire.»

Pour certaines personnes, une femme allaitant son enfant dans un lieu public est mal vu. Pourquoi cette désapprobation d’un geste naturel? De la pudibonderie ?

«Ce n’est pas de la pudibonderie, il suffit de voit ce qui est parfois affiché dans les kiosques à journaux. Il s’agit plutôt d’un malaise culturel. Nous n’avons pas l’habitude de voir ça, donc ça nous dérange. L’une des actions possibles est de dire qu’il s’agit d’un geste tout à fait normal. Dans les médias et dans l’espace public, privilégions l’image d’un bébé nourri au sein plutôt qu’au biberon. Dans certaines régions du monde, en Afrique ou en Scandinavie, une femme qui allaite son enfant en public est très courant.»

Comment aider les femmes à prolonger l’allaitement ?

«Il ne faut pas crier haro sur les femmes qui n’allaitent pas, mais il faut oser être clair sur les bienfaits de l’allaitement et sa normalité. La question de l’allaitement concerne toute la société. Les pères ont une responsabilité, mais aussi les employeurs. Ils ont intérêt à permettre leurs employées de poursuivre l’allaitement de leur enfant. Certaines crèches incitent les mamans qui travaillent à proximité de venir nourri leur enfant. Les femmes qui allaitent plus longtemps sont moins souvent absentes, moins souvent malades. Tout le monde à y gagner.»