Luc Besson : «Valérian n’est pas un héros classique»

Ph. Pathé films

Près d’un demi-siècle après que le gamin de 10 ans, Luc Besson, se soit perdu dans les fabuleuses aventures spatiales du personnage de BD Valérian, le cinéaste français a pu réaliser son rêve: un film sur son héros préféré.

Dans «Valérian et la Cité des mille planètes» nous voyons comment le personnage-titre tente avec sa partenaire Lauréline de sauver la gigantesque station spatiale Alpha de la destruction. Cinquante ans, c’est très long, mais il y a une bonne raison pour laquelle le film s’est autant fait attendre.

Luc Besson: «J’avais déjà envie, au milieu des années 90, à l’époque du ‘Cinquième Élément’, d’adapter la bande dessinée, mais ce n’était tout simplement pas possible à l’époque. Ce n’était pas faisable. Pensez: ‘Valérian’ parle d’une poignée de personnages humains parmi des milliers de créatures extraterrestres. C’était impossible à réaliser avec les effets concrets et les masques que nous utilisions à l’époque. Ce n’est qu’une décennie plus tard que les effets numériques ont atteint le niveau dont j’avais besoin, et quand j’ai vu ‘Avatar’, j’ai su qu’il était temps d’entamer ‘Valérian’.»

Vous avez réuni deux grands spécialistes des effets spéciaux, le studio américain ILM («Jurassic Park») et le studio néozélandais Weta («Le Seigneur des Anneaux»), pour ce film. Y avait-il tant de travail à faire?

«Il y a plus de 2.700 plans avec effets spéciaux dans ‘Valérian’. Un seul studio n’aurait jamais pu y venir à bout. Cela aurait été beaucoup trop compliqué et aurait demandé trop de temps. À ma grande joie, ILM et Weta ont accepté de travailler main dans la main, et je dois dire que j’ai beaucoup d’admiration pour la collégialité dont ils ont fait preuve. Bien qu’ils soient de grands concurrents, ils se sont montrés très ouverts et généreux. C’est probablement dû au fait qu’ils sont tout simplement les meilleurs du monde, et qu’ils n’ont donc pas à avoir peur l’un de l’autre.»

Les rôles principaux de «Valérian et la Cité des mille planètes» sont interprétés par Dane DeHaan et Cara Delevingne. Pour une production avec un tel budget, n’était-il pas fondé de choisir des acteurs plus connus?

«Non, j’ai suivi mon intuition. Valérian n’est pas un héros comme les autres et je voulais donc sortir des sentiers battus pour le casting aussi. Dane dégage une intelligence malicieuse et un charme qui correspond au personnage. Valérian peut être un peu prétentieux et a parfois plus de chance que de sagesse. Il n’est pas un héros musclé à la Schwarzenegger, même s’il sait se défendre contre un alien de 250 kilos. Le spectateur peut s’identifier à lui. Il a des failles que vous retrouvez aussi, par exemple, chez Han Solo de ‘Star Wars’ ou Peter Quill de ‘Gardiens de la Galaxie’. J’aime ce genre de héros. Bruce Willis était aussi ce genre de personnage dans ‘Le Cinquième Elément’. Il était un simple chauffeur de taxi qui n’avait pas trop envie de sauver le monde.»

Lauréline, la collègue de Valérian, a tout d’une femme forte et moderne. Était-elle déjà comme ça dans la BD, qui en fin de compte a presque cinquante ans?

«Oui! Elle était une des raisons pour lesquelles¸ chaque semaine, j’attendais impatiemment le nouveau numéro de ‘Pilote’, le magazine de BD dans lequel il y avait ‘Valérian’. Lauréline m’a aidé dans mon éducation émotionnelle. Elle se distinguait déjà à l’époque. Dans les années 70, la plupart des femmes travaillaient à la maison et s’occupaient sagement du ménage et des enfants. Lauréline a changé ma vision des femmes. Ce n’est pas un hasard si j’ai mis un point d’honneur à créer des personnages comme Nikita, Leeloo du ‘Cinquième Elément’ ou Lucy, à chaque fois des femmes très indépendantes. Tout a commencé avec Lauréline. Elle était clairement plus intelligente et mieux organisée que Valérian. Elle était le chef.»

Et pourtant, elle est d’un rang inférieur à lui. Le sexisme est manifestement de tout temps.

«Il est major et elle est sergent, oui. Je trouvais amusant de souligner ça. (rires) Si vous faites bien attention, vous verrez que c’est tout de même souvent Lauréline qui fait le sale boulot. Dans 700 ans, rien n’aura encore changé. Les femmes sont toujours moins bien traitées et moins payées.»

Avez-vous dû beaucoup actualiser cette vieille BD?

«Ça allait, en fait. Il y avait juste la technologie dans les BD qui avait parfois quelque chose de démodé, mais ça, c’est inévitable. Toute science-fiction est dépassée tôt ou tard. Je trouvais important cependant de garder tout de même quelques éléments contemporains. Valérian et Lauréline portent toujours des ceintures de sécurité, par exemple. C’est une chose que l’on ne voit presque jamais dans ce genre de films, mais cela donne une touche réaliste à l’histoire.»

Ruben Nollet