«Rammstein fait du Rammstein»

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Photo D.R.

Rammstein a créé l’événement vendredi soir sur la plaine de Dessel. C’est la première fois que les Allemands rendaient visite au Graspop Meetal Meeting.

Nous en avons profité pour rencontrer le très sympathique Richard Kruspe, guitariste de ce groupe hors-norme.

C’est votre premier concert au Graspop, qui est pourtant l’un des plus grands événements metal d’Europe. Pourquoi avoir attendu aussi longtemps?

« Parce que parfois, il faut attendre longtemps avant de trouver le bon moment pour atteindre une aussi belle chose qu’est Rammstein (rires). En fait, je ne sais pas trop quoi répondre à cette question. Nous ne sommes pas toujours très impliqués dans le choix des endroits où nous jouons. Mais voilà, tout arrive, et c’est aujourd’hui notre jour. »

Est-ce devenu une habitude pour vous de jouer devant une foule aussi grande?

« En fait, avec le temps, je suis devenu de moins en moins nerveux de jouer devant autant de gens. Je le serais beaucoup plus si je devais jouer devant cinq personnes. Je suis devenu très calme face à la foule, parce que, pour moi, il y a un échange d’énergie. Nous offrons quelque chose au public, et en retour, ce public nous offre quelque chose. Et ça l’est d’autant plus quand on joue en festival ou dans des stades. Il y a toujours cet échange très fort d’énergie qui explose dans tous les sens. »

Mais vous ne voyez plus les visages.

« Bien sûr que si. Je ne vois pas les visages du dernier rang, mais je vois clairement ceux des premiers. »

Rammstein est l’un des groupes live les plus spectaculaires au monde. Comment vous préparez-vous avant le show?

« Un peu comme tout le monde. Une heure avant, je m’échauffe, je me mets dans l’esprit du concert. Je fais également du yoga, mais j’aime également me mettre à l’écart de toutes formes de bruit. J’aime vraiment le silence avant de monter sur scène. En festival, ce n’est pas toujours facile, parce qu’il y a d’autres groupes qui jouent très fort. Mais avant d’y aller, on se motive chacun, on se regarde dans les yeux, et on se dit qu’on doit jouer comme le meilleur groupe de tous les temps doit jouer. »

Dans d’autres festivals, vous jouez souvent devant des fans de rock et de pop. Est-ce différent devant des amateurs de metal?

« C’est très difficile à dire. Parce que je ne pense pas que toutes les personnes présentes ici n’écoutent exclusivement que du metal. Et un amateur de metal ne nous écoute pas nécessairement. En fait, je ne peux pas réellement dire que Rammstein est un groupe metal. Il y a tellement d’autres choses dans notre musique. Je pense que nous avons peut-être créé un style qui nous est propre. On peut trouver des éléments rock et pop dans notre musique. »

Certains parlent d’industrial metal?

« Oui, j’entends çà parfois, mais je pense que c’est réducteur. Et cela a toujours été difficile pour moi de nous cloisonner dans un style. En fait, Rammstein fait du Rammstein. »

Vous venez de sortir un live « Rammstein: Paris ». N’est-ce pas un peu compliqué de saisir l’énergie de vos concerts?

« C’est souvent impossible de le faire. Mais, pour la première fois, nous avons trouvé quelqu’un qui en était capable en la personne de Jonas Akerlund. Il avait des idées claires pour créer un film un peu fou, sur un rythme fort. Nous en étions un peu les acteurs, parce que c’était la première fois qu’on abandonnait totalement le contrôle. Je suis très content du résultat, et que cela débouche sur quelque chose de différent. »

Pourquoi avoir choisi Paris?

« Parce que les Français font partie des premières personnes qui ont compris Rammstein dès nos débuts. Il y a vraiment un lien très fort. L’un de mes concerts les plus marquants a justement été notre premier Bercy. Il y avait une énergie tout à fait unique. Et nous avions envie de la capter. »

Votre dernier album est sorti en 2009. Pourquoi cela prend-il si longtemps pour créer de nouveaux morceaux?

« D’abord, parce que l’industrie musicale a beaucoup changé. Nous ne sommes plus dans un rythme ‘studio-tournée-studio-tournée’. De plus, nous n’avons plus de contrat qui nous impose de faire de nouvelles choses. Si nous rentrons en studio, c’est que nous voulons réellement le faire, et pas parce que le label nous le demande. Et puis, faire un album de Rammstein est une chose assez douloureuse. Ça peut prendre quatre ans de labeur avant de lui donner naissance. Il nous faut toujours pas mal de temps pour récupérer. Peut-être qu’il y en aura un nouveau l’année prochaine. Il faut que l’on soit dans de bonnes dispositions pour ça. »

J’avais rencontré Till Lindemann pour son side-project « Skills in Pills ». Vous avez vous-même votre side-project. C’est important de sortir de Rammstein?

« Oui, c’est très important pour moi. C’est vraiment un pur plaisir. Créer des musiques, écrire des chansons, aller en studio. Cela me permet vraiment de croire en moi (rires). »

Pierre Jacobs

Rammstein «Rammstein: Paris» (Universal)