Monoroues, gyropodes et hoverboard : la mobilité douce séduit et inquiète

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AFP / T. A. CLARY

Véritables moyens de locomotion pour les uns, gadgets ludiques pour les autres, les nouveaux engins de déplacements divisent les Belges mais s’imposent sur leurs routes, principalement pour des déplacements domicile-travail. C’est ce qu’il ressort de la dernière étude de l’Institut pour la Sécurité routière (IBSR) qui a établi dix recommandations en la matière.

Peu importe leur utilisation, les monoroues, gyropodes, trottinettes électriques et hoverboard passionnent et foisonnent sur les routes belges. Afin d’en mesurer la popularité, l’ISBR a mené une enquête en collaboration avec AG Insurance auprès de 1.000 individus représentatifs de trois publics: les aficionados, les novices et les autres usagers de la route. L’institut a aussi équipé une série de volontaires pour recueillir leurs témoignages.

Selon ces études, les usagers réguliers -généralement de 36 à 40 ans- considèrent ces véhicules comme véritables moyens de transport, surtout pour les trajets domicile-travail. Enfourchés 3 à 6 heures par semaine pour effectuer entre 50 et 90 km, ces véhicules -dont la vitesse maximale autorisée est de 18km/h- sont surtout vantés pour leur plus-value intermodale. Seul l’hoverboard reste majoritairement considéré comme un gadget ludique destiné à un public jeune et difficile à manier, «7% des utilisateurs disant s’être blessés (contre 4% pour les monoroues).

Assurance obligatoire

Alors que le nombre d’adeptes augmente, preuve d’une acceptation croissante de ces engins motorisés, le grand public accueille de façon mitigée ces innovations. Quand un tiers des sondés se sent mal à l’aise au contact de ces engins, un quart des personnes interrogées est favorable à leur interdiction sur la voie publique.

Reste à organiser une formation adéquate mais surtout à investir dans des structures routières de qualité qui garantiront une sécurité optimale en éradiquant des obstacles trop nombreux (nid-de-poules, bordures, abruptes, etc.), pointe l’étude. Dernier détail et non moindre: la moitié des usagers de ces machines, considérés par la loi comme des «véhicules automoteurs», ne sont pas conscients qu’elles nécessitent une assurance RC (responsabilité civile). Seul un «conducteur» de ces appareils sur quatre en possède une.

Cette obligation est pourtant salvatrice, pour assumer les risques d’accidents. Un usager de la monoroue sur dix avoue avoir déjà eu un accident avec dégâts matériels. Quand on sait ces engins coûtent environ 1.000€, les réparations s’avèrent lourdes pour le portefeuille.

AFP / R. BECK

Un groupe de travail

Vu le manque de cadres entourant ces nouvelles pratiques, le ministre de la Mobilité François Bellot a annoncé la mise sur pied d’un groupe de travail réunissant commerçants, police, IBSR, SPF Mobilité et assureurs.

L’homologation des engins, la définition de catégories en fonction de la vitesse de l’appareil, la nécessité éventuelle d’instaurer un permis, l’adaptation du code de la route pour préciser notamment l’espace dévolu aux usagers et la définition d’un cadre en matière d’assurances seront leurs priorités.

Repenser la limitation de vitesse

Pour le porte-parole de l’IBSR Benoit Godart, la vitesse maximale autorisée de ces engins devrait être augmentée même si leur utilisation vise avant tout à répondre à un besoin d’intermodalité.

BELGA / B. DOPPAGNE

Nombreux sont les utilisateurs qui débrident leurs véhicules. Vous inquiétez-vous?
Je pense que cela reste un phénomène marginal. Car débrider son véhicule, c’est s’exposer à une perte d’assurance valable et donc à ce que les ennuis vous retombent dessus. De plus, ces engins ont été pensés techniquement pour supporter une certaine puissance de freinage, une certaine suspension, etc. Débrider ces véhicules, c’est aussi augmenter le risque d’accidents. De façon générale, les utilisateurs ne le font pas car ces véhicules répondent avant tout à un besoin d’intermodalité qui ne demande pas de vitesse rapide.

Devrait-on augmenter la vitesse maximale autorisée?
Nous l’envisageons. Nous militons pour passer de 18km/h à 25. Nous réfléchissons aussi à l’instauration d’une nouvelle catégorie de véhicules. Le groupe de travail annoncé par le ministre de la Mobilité François Bellot se penchera sur le sujet.

Une critique récurrente faite aux usagers de ces engins est qu’ils utilisent la circulation comme les trottoirs, quand ça les chante. Qu’encourent-ils?

C’est un problème plus large. Comme les cyclos, ces véhicules sont potentiellement dangereux. Ils frôlent parfois des piétons, qui peuvent être des personnes âgées, des mères avec des landaus ou des enfants. Dans la plupart des cas, si un conducteur est pris sur le trottoir à une vitesse excédent l’allure du pas, les sanctions se limiteront à des remontrances. Mais potentiellement, ils encourent une amende de 55€ vu que la faute est considérée comme une infraction du premier degré.


Les dix recommandations de l’IBSR

  1. Choisir un produit qui porte la norme CE avec une garantie de deux ans (obligatoire en Europe)
  2. Respecter la limitation de vitesse fixée par le code de la route à 18 km/h
  3. Privilégier les protections pour les débuts
  4. S’entraîner dans un endroit sans trafic, si possible accompagné
  5. Suivre une formation pour apprendre les bases
  6. Éviter l’utilisation de ces engins aux enfants de moins de dix ans non accompagnés, sauf s’ils sont conçus pour ce public
  7. Respecter les minima et maxima de poids pour l’utilisateur
  8. La nuit, porter une veste fluo, une lampe de poche blanche à avant et rouge à l’arrière
  9. Ne pas rouler sur les trottoirs à une vitesse excédent l’allure du pas
  10. Redoubler de vigilance face aux imperfections des chaussées

Gaëtan Gras

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